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Les Américains ne sont plus les gendarmes du monde
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Révolutions arabes

Les Américains ne sont plus les gendarmes du monde

Le réveil arabe remet sur le tapis les thèses des néoconservateurs, qui visent à soutenir les mouvements démocratiques en contournant les Nations Unies. En effet face à l'hésitation de Barack Obama, les révolutions arabes auraient préféré trouver un prédisent défendant cette politique à la Maison Blanche

Fabio Rafael Fiallo

Fabio Rafael Fiallo

Fabio Rafael Fiallo est économiste et écrivain, ancien fonctionnaire à la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). Il est diplômé d’économie politique de l’université Johns Hopkins (Baltimore).  Son dernier ouvrage, Ternes Eclats - Dans les coulisses de la Genève internationale (L'Harmattan) présente une critique de la diplomatie multilatérale.

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Il est devenu de bon ton dans une certaine presse européenne de dire et marteler que le réveil des peuples arabes sonne le glas des thèses des néoconservateurs américains – selon lesquelles la promotion de la démocratie dans le monde devrait être une des priorités de la politique extérieure des Etats-Unis.

Les Arabes ne voulaient pas « d’une démocratie importée par les armes comme le prônaient les néo-conservateurs », s’écrie un journal genevois[1]. Un hebdomadaire parisien n’avait pas dit autre chose : « Les révoltes arabes sont purement endogènes »[2]. Et ce ne sont que deux échantillons d’une opinion qui tient lieu de dogme dans certains milieux journalistiques européens.

Précisons d’emblée que pour le néoconservatisme, et contrairement à une opinion savamment entretenue, il ne s’agit pas d’« exporter » la démocratie mais de favoriser et soutenir les mouvements démocratiques – y compris par des moyens musclés – au lieu de privilégier les alliances avec des régimes autoritaires. Et en cela, les événements récents, loin de démentir ces thèses, tendent à les corroborer.

En effet, les centaines de milliers d’Iraniens qui en 2009 scandaient « Obama ! Obama ! Es-tu avec eux, ou es-tu avec nous ? », ne demandaient-ils pas un coup de pouce, en l’occurrence militaire, au président des Etats-Unis ? Et les Libyens qui se battent à armes inégales contre les troupes et les chars de Kadhafi, ne réclament-ils pas une coopération militaire accrue à l’Amérique et à l’OTAN ? Est-ce un démenti aux thèses néoconservatrices qu’apporte le dirigeant d’opposition syrien Maamoun al-Homsi quand il déclare que « le monde doit intervenir » en Syrie[3] ?

Barack Obama reste de marbre face aux autocraties 

Les Iraniens qui se sont vus obligés de cesser leur mouvement de protestation faute d’un appui ferme des puissances démocratiques, et les Syriens qui, tout porte à craindre, devront faire de même en raison du même manque d’appui, auraient bien aimé trouver à la Maison Blanche un président néoconservateur plutôt qu’un Barack Obama qui reste de marbre face à des autocraties n’ayant aucun scrupule à charger contre des foules sans défense.

Pour anéantir les thèses néoconservatrices on prend souvent comme argument la guerre d’Irak de George W. Bush et le chaos qui s’y était ensuivi.

Il convient tout de même de rappeler que le but déclaré de cette guerre ne fut pas l'exportation de la démocratie mais le renversement d'un régime censé représenter - à tort ou à raison, c'est une autre question - une menace pour les Etats-Unis. La promotion de la démocratie n'est venue que par voie de conséquence, car, à la fin de la guerre, il fallait instaurer un nouveau régime en Irak.

La période qui succéda au renversement de Saddam fut sans doute chaotique. Mais la cause de pareil cafouillage, il faudra la chercher, non pas dans la promotion de la démocratie, mais dans l’époustouflante impréparation de l’administration Bush à gérer l’après-Saddam Hussein. Pour preuve : la violence sectaire et l’anarchie des premières années reculèrent considérablement dès que le général Petraeus, sans renoncer à l’instauration de la démocratie en Irak, mit en place une stratégie cohérente en vue du redressement institutionnel de ce pays.

L'ONU leur confère la capacité de bloquer toute intervention humanitaire

La presse européenne semble également fascinée par le penchant du président Obama pour le « multilatéralisme » (entendez : l’usage des voies onusiennes) – en contraste avec la réticence des néoconservateurs de mettre la politique extérieure américaine à la merci d’un veto chinois ou russe au Conseil de sécurité. Or, les réussites de ce « multilatéralisme » semblent minces : la résolution 1973, autorisant l’usage de la force contre le régime de Kadhafi, impose des contraintes si draconiennes que les forces de l’OTAN ont vite dû sortir du cadre strict de la résolution afin de pouvoir répondre aux besoins de survie de la rébellion libyenne. Qui plus est, il est difficilement envisageable que le Conseil de sécurité de l’ONU soit prêt à voter un jour une action de la même nature à l’encontre de la Syrie ou de l'Iran.

Quoi qu’il en soit, la vie et le destin d’hommes et de femmes vivant sous l’oppression ne peuvent pas être laissés à la discrétion de dictatures dont le pouvoir de veto à l’ONU leur confère la capacité de bloquer toute intervention humanitaire qui ne leur conviendrait pas politiquement.

La promotion de la démocratie chère aux néoconservateurs – avec l’aide des armes et en contournant l’ONU si besoin est – peut avoir une signification et une valeur tout à fait différentes selon qu’on soit installé confortablement dans une salle de presse donnant sur la Seine ou le lac Léman, ou, au contraire, aux prises avec une répression impitoyable.

[1]« L’ère post-Ben Laden et post-Bush », Le Temps, 7 mai 2011.

[2]« Printemps arabe, une victoire de George Bush ? », Le Point, 4 mars 2011.

[3]« La contestation prend de l’ampleur en Syrie », Journal du dimanche, 8 avril 2011

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