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Révolution de la périurbanisation : pourquoi la France n’est pas franchement prête à la nouvelle manière qu’ont les Français de l’habiter
©Sean O'Flaherty aka Seano1 / wikipedia

Le Rat de ville et le Rat des champs

Révolution de la périurbanisation : pourquoi la France n’est pas franchement prête à la nouvelle manière qu’ont les Français de l’habiter

Malgré les nombreuses politiques qui visent à limiter l'étalement urbain, les Français s'installent de plus en plus dans des petites communes périurbaines. Ce phénomène change profondément les habitudes des commune, modifiant ainsi la dynamique de notre territoire.

Atlantico : L’INSEE, dans ses dernières statistiques démographiques, montre que depuis 2009 la croissance démographique des grandes villes est moindre que la moyenne nationale, la population se tournant vers des communes plus petites. Quelles sont les causes de cet exode urbain français ?

Laurent Chalard : Tout d’abord, il convient de rappeler que les données de l’Insee sont issues du recensement rénové, recensement qui repose désormais sur un sondage annuel pour les communes de plus de 10 000 habitants, ce qui sous-entend que la fiabilité des données est moindre que pour les communes de moins de 10 000 habitants, recensées de manière exhaustive tous les cinq ans. Il est donc possible que la population de certaines communes de plus de 10 000 habitants soit sous-estimée.

Cependant, la tendance générale constatée, qui est la même que dans les décennies précédentes, est incontestable. En effet, depuis le recensement de 1975, se constate sur l’ensemble du territoire national un phénomène de périurbanisation, c’est-à-dire de croissance démographique maximum constatée dans les communes rurales se situant à proximité des villes, qui bénéficient de l’afflux d’actifs urbains préférant vivre à la campagne tout en continuant à travailler à la ville. Le phénomène a été consécutif de la démocratisation de l’automobile, du « retour vers la nature » et des facilités d’accession à la propriété en logement individuel.

Cette tendance est donc structurelle et, pour l’instant, rien n’indique qu’elle va prendre fin, les différents sondages, de ces dernières années, sur la question témoignant du fait que les français continuent de plébisciter la maison individuelle. Il existe néanmoins des variations conjoncturelles, la périurbanisation étant plus importante en période de croissance économique (début des années 2000) qu’en période de crise (milieu des années 1990), où les gens ont moins d’argent pour acheter un logement individuel, retardant dans le temps leur départ de la ville.

Ce phénomène de départ de la population vers l’espace périurbain modifie le paysage démographique français. Concrètement quelles sont les conséquences de ces départs sur le territoire ? Budgets territoriaux, infrastructures... Quels enjeux est-ce que ce phénomène soulève ?

La première conséquence est l’étalement urbain. Les campagnes proches des villes se couvrent de lotissements groupés (en Alsace) ou diffus (en Provence-Alpes-Côte-d’Azur) selon les régions. Parallèlement, des centres commerciaux périphériques se multiplient. La ville change d’échelle, les campagnes s’urbanisent progressivement, créant un espace  semi-urbanisé.  Cela est source d’embouteillages et de pollution, la voiture étant le seul moyen de locomotion, avec une pression croissante sur les infrastructures routières.

La deuxième conséquence est  la désertification commerciale des centre-villes, qui perdent de leur attractivité car les habitants de l’espace périurbain fréquentent désormais en préférence les centres commerciaux ainsi que les lieux de loisirs périphériques. Le phénomène est particulièrement marquant dans les villes moyennes, dont l’offre en services anomaux est beaucoup moins importante que dans les grandes métropoles.

La troisième conséquence est le renforcement de la fragmentation de la société, avec d’un côté des villes de plus de 10 000 habitants de plus en plus multiculturelles, étant le réceptacle de l’immigration internationale, alors que les communes de moins de 10 000 habitants demeurent peuplées d’autochtones. L’espace périurbain, hétérogène socialement, avec un périurbain « subi » et « choisi », n’en est pas moins homogène ethniquement, avec un rejet de l’immigration certain.

Le principal enjeu est de réussir à canaliser le phénomène de périurbanisation, dans le sens qu’il est illusoire de le contrecarrer, étant donné la persistance du désir de maison individuelle dans la population française. Il s’agit d’éviter la dilution de l’habitat sur toutes les communes, qui rend très difficile l’émergence de transports en commun et d’équipement collectifs.  

Les petites communes rencontrent une nouvelle affluence démographique sur leur territoire, comment selon-vous peuvent-elles s’adapter à ce changement ? Qu’est-ce que les collectivités territoriales doivent faire pour faire face à ce redéploiement de la population française ?

Les petites communes ont déjà tenté de s’adapter depuis plusieurs années à ces changements car ce n’est pas un phénomène nouveau. Elles s’efforcent de développer les équipements nécessaires pour permettre à ces nouveaux habitants de disposer d’une qualité de vie urbaine. Cependant, elles ont des difficultés car elles n’ont pas des moyens financiers très importants, la plupart étant des communes exclusivement résidentielles, sans activité économique notable.

L’intercommunalité constitue la principale réponse pour résoudre les problèmes liés à la périurbanisation, qui passe par la canalisation du phénomène. Il s’agit de concentrer le développement de l’habitat dans seulement quelques communes, bien reliées au centre-ville et disposant déjà de quelques équipements collectifs, au lieu de poursuivre le laisser-faire actuel. Cependant, cela doit passer par des législations coercitives, limitant les possibilités de développement de certaines communes peu argentées, mal desservies et peu équipées.

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