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Responsables, eux ? Jamais ! L’affaire Benalla et les spécificités si peu démocratiques de la culture politique française
©PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

République pas très exemplaire

Responsables, eux ? Jamais ! L’affaire Benalla et les spécificités si peu démocratiques de la culture politique française

La complaisance dont a bénéficié Alexandre Benalla révèle une forme de dérive clanique dans les plus hautes sphères de l’État, où les connivences permettent aux uns et aux autres d’échapper à leurs responsabilités tout en s’octroyant des privilèges indus.

Ferghane Azihari

Ferghane Azihari

Ferghane Azihari est journaliste et analyste indépendant spécialisé dans les politiques publiques. Il est membre du réseau European students for Liberty et Young Voices, et collabore régulièrement avec divers médias et think tanks libéraux français et américains.

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Atlantico : Selon vous, la réaction de l’exécutif et de la préfecture de police ont-elles été en-dessous de la gravité du scandale Benalla, dont on ne cesse d’apprendre les nouveaux rebondissements ?

Ferghane Azihari : La communication du gouvernement, si bien huilée jusqu’à maintenant, a pris du plomb dans l’aile. L’exécutif s’est comporté comme si l’opinion publique n’allait pas intensément s’émouvoir du scandale révélé par la vidéo qui montre Alexandre Benalla s’adonner à des actes de violence gratuite en usurpant les insignes de la police et en jouant au milicien non habilité. À tel point que le porte-parole de la Présidence, Bruno Roger-Petit, se félicitait de manière décomplexée de la sanction « la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée », pour une simple procédure disciplinaire, alors que tout le monde sait bien qu’il est difficile de trouver des précédents analogues. Les sanctions des collaborateurs dans les hautes sphères de l’État sont généralement non-conventionnelles. À titre d’exemple, Aquilino Morelle, ex-conseiller de François Hollande avait été poussé à la démission pour un cas de conflit d’intérêts et une histoire de chaussures cirées au mauvais endroit. Les faits reprochés à Alexandre Benalla méritaient une réaction au moins aussi énergique. Au vu des informations rapportées, personne ne pourra s’abriter derrière l’ignorance. D’autant qu’en effet, on a appris par la suite que l’homme avait déjà été condamné en 2006 pour des faits de violence, et que contrairement à ce qui a été affirmé, il a continué d’assurer la sécurité du couple Macron après que l’Elysée ait eu connaissance des faits du 1er mai.

Cette affaire révèle-t-elle en creux l’irresponsabilité et l’impunité des plus hauts dirigeants et de leurs cercles proches ?

N’importe quel citoyen « ordinaire » qui se serait adonné à des actes de violence gratuite, en usurpant les insignes de la police, aurait été sévèrement puni. La complaisance dont a bénéficié Alexandre Benalla révèle une forme de dérive clanique dans les plus hautes sphères de l’État où les connivences permettent aux uns et aux autres d’échapper à leurs responsabilités tout en s’octroyant des privilèges indus, comme le fait pour Benalla de se procurer les enregistrement auprès de la préfecture de police. Non seulement la Présidence de la République s’est montrée laxiste avec son collaborateur, mais ses agissements laissent penser qu’elle a tenté de le protéger. Comment ne pas y voir une forme de complicité ? C’est ce deux-poids-deux-mesures qui révolte le plus l’opinion publique. Les sanctions ont été jusqu’ici inversement proportionnelles à ce qui est attendu dans un État de droit, où les titulaires d’une mission de service public - plus que quiconque - sont supposés rendre des comptes. Quand on voit comment les plus hauts dirigeants de l’État parviennent sans complexe à s’affranchir des principes élémentaires de justice, de responsabilité et d’égalité devant la loi, il ne faut pas s’étonner de la défiance grandissante à l’égard des institutions officielles.

L’affaire Benalla signe-t-elle l’acte de décès de la République exemplaire dont rêvait Emmanuel Macron ? L’ancien monde est-il déjà de retour ?

Nous réalisons petit à petit que nous n’avions véritablement jamais quitté l’ancien monde et la vielle politique. C’est vrai sur le terrain des réformes inexistantes sur le plan économique et c’est visiblement le cas des affaires et autres petits arrangements entre amis. Que l’Élysée ait attendu que ce scandale retentisse pleinement pour engager une procédure de licenciement en dit long sur l’importance accordée à l’exemplarité, tant vantée par Emmanuel Macron. De toute évidence, on priait dans les hautes sphères du pouvoir que l’affaire se tasse et qu’elle ne sorte pas. L’exemplarité n’est visiblement pas prise au sérieux par le personnel politique et administratif impliqué dans cette affaire. Elle n’est qu’une caution qu’on fait valoir auprès de l’opinion et dont on se sépare aussi longtemps qu’on n’en paie pas le prix. D’où l’importance des médias et de la société civile pour faire pression en permanence sur ceux qui nous gouvernent, à défaut de compter sur un Parlement qui, en raison de la nature de notre régime, est peu utile en la matière. Il reste bien évidemment à savoir à quel point Emmanuel Macron était lui-même impliqué. Celui qui aime s’afficher dans les médias à la moindre occasion serait donc bien avisé de prendre la parole pour s’expliquer.

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