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Rencontre Juncker - Trump : beaucoup de bruit pour rien
©SAUL LOEB / AFP

Guerre commerciale

Rencontre Juncker - Trump : beaucoup de bruit pour rien

Juncker et Trump seraient parvenus à un accord pour mettre fin à la guerre commerciale entre l'UE et les Etats-Unis. Quelle est la teneur de l'accord présenté par les deux parties à l'issue de la rencontre ?

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est titulaire d'un doctorat obtenu à Sorbonne Université en collaboration avec l’INSEAD - Campus de Fontainebleau (décembre 2016). Son analyse au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) porte sur la psychologie politique et les acteurs de la politique étrangère de la Chine et des États-Unis en Eurasie.

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Atlantico : Juncker et Trump seraient parvenus à un accord pour mettre fin à la guerre commerciale que l'UE et les Etats-Unis se mènent depuis quelques années. Quelle est la teneur de l'accord présenté par les deux parties à l'issue de la rencontre ?

 
Michael Eric Lambert : Les États-Unis sont le premier partenaire des États d’Europe de l’Ouest - par extension de l’Union européenne - en matière de commerce, d’échanges de biens et de services et ce depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une coopération renforcée pendant la Guerre froide mais qui n’a de cesse de s’éroder en raison de la montée en puissance de la Chine. 
 
Dans la logique du Président américain, renouer la dynamique économique euro-américaine en stimulant les échanges Transatlantiques - malgré un souhait de protectionnisme (“America First!” de Trump) - relève de l’ambition et surtout de l’appréhension géopolitique pour contrebalancer l’influence chinoise et à moindre mesure celle de la Russie. Il n’est donc pas question ici de “partenariat” mais d’éviter un rapprochement sino-européen tout en donnant une marque d’intérêt à ses alliés à un moment ou les États-Unis se désengagent progressivement de la défense en Europe. 
Dans la pratique, l’objectif d’accroitre les échanges est bénéfique tant pour les États-Unis que l’UE mais avec des retombées environnementale conséquentes qui ternissent naturellement ces ambitions. L’approbation en Europe pour un rapprochement US-UE se fait pays par pays, ce qui prend donc un certain temps, il n’est dès lors pas question d’espérer une mise en place dans les prochaines années mais de témoigner de l’importance des liens qui unissent les deux partenaires.
 
Pour Juncker, l’enjeu est de taille car il est question de montrer que son parti politique (l’EPP), libéral et plutôt favorable a un renforcement des relations entre les États-Unis et l’Europe, n’a pas mené des négociations couteuses pendant plusieurs années et ce sans parvenir à aucun résultat (le partenariat Transatlantique est un débat qui remonte à plus d’une décennie). 
Juncker tente d’afficher ses ambitions et ce alors même que l’euro-scepticisme et la structure juridique ne lui permettront aucune mise en oeuvre concrete. Ce dialogue USA-Europe pour les échange commerciaux témoigne dès lors du manque de réalisme vis-à-vis de la Chine qui est en train de supplanter les investissements des pays d’Europe de l’Ouest et des États-Unis en Europe de l’Est. Il atteste de l’attachement profond des institutions européenne et des leaders européens à leur relation avec les États-Unis alors même que ces derniers n’ont que peu à offrir par comparaison aux puissances émergentes. 
 
Pour résumer, l’accord témoigne du manque de capacité è se projeter et à anticiper le monde de demain tant pour les États-Unis que pour l’Union européenne. 
 
 

A qui profite principalement cet accord ? 

 
En théorie aux États-Unis plutôt qu’à l’Union européenne. C’est à dire que les États-Unis gagneront plus en moyenne que l’Union européenne, mais la répartition des bénéfices sera moindre aux États-Unis qu’en Europe. Cependant, les États-Unis, en se tournant vers l’Union européenne plutôt que la Chine, manquent une opportunité de se préparer à vivre dans un monde avec plusieurs sphères d’influence. Cela montre que Washington pense encore en terme bipolaire (Est contre Ouest) plutôt que de manière régionale en ce début de XXIème siècle.
 
Pour l’Europe, celle-ci est la grande perdante car la Chine permettrait d’éviter de dépendre des États-Unis ou encore de la Russie (pays membre de l’UE en mer Noire). Un rapprochement sino-européen permettrait de débuter une collaboration avec de nouveaux partenaires qui respectent l’autonomie et ne s’ingèrent pas dans la politique et les affaires militaires contrairement aux États-Unis.  
 

 

Pour quelles raisons peut-on envisager que la discussion n'a pas dégénéré comme on pouvait s'y attendre ?

 
Trump et Juncker sont tous les deux des libéraux, avec une conception idéologique qui remote aux 60’s et peinent donc à évaluer et anticiper les problématiques contemporaines. Les deux, à l’image de nombreux occidentaux, ne parviennent pas à concevoir les enjeux de demain - régionalisme locale et international, importance du GINI, environnement, etc. - et se livrent donc à un exercice rhétorique. Cette réunion était également un examen de rattrapage pour compenser celle de l’OTAN qui montre un détachement progressif des États-Unis qui laisse l’Europe progressivement s’isoler en matière de défense.
 
La réunion pourrait également s’interpreter comme une marque amicale de coopération entre deux anciennes puissances qui savent que le monde ne gravitera plus autour du pôle occidental d’ici la prochaine décennie. Nul besoin de s’affronter dans un tel contexte.
 

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