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Qui est la France 
qui a voté François Hollande ?
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Géographie électorale

Qui est la France qui a voté François Hollande ?

Bastions de droite, bastions de gauche, montée du Front national : chaque zone géographique a ses habitudes de vote. Aux partis d'adapter leur stratégie pour réussir à attirer les électeurs des territoires ruraux et la France des grandes couronnes périurbaines.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Atlantico : Comment se compose la géographie électorale du vote pour l’élection présidentielle de 2012 ? Concrètement, qui a voté quoi où ?

David Valence : Sur les cinquante villes les plus peuplées de France métropolitaine, seules six ont placé en tête Nicolas Sarkozy : il s'agit de Nice, de Toulon, d'Aix-en-Provence, de Boulogne-Billancourt, de Courbevoie et de Versailles. A l'inverse, sept de ces cinquante villes ont placé François Hollande en tête à plus de 65% des voix, ce qui représente une avance considérable à Rennes, Clermont-Ferrand, Saint-Denis, Montreuil, Roubaix, Nanterre et Vitry-sur-Seine.

L’originalité de la victoire de François Hollande tient dans sa capacité à faire le lien entre l’électorat urbain très diplômé et un électorat rural de la France du Sud et de l'Ouest du Massif central, un électorat très sensible a la question du maintien des services publics. Il s’agit certes de territoires peu peuplés, mais le candidat PS l’a par exemple emporté dans les départements du Cantal, de la Haute-Loire, de l’Aveyron, qui votent traditionnellement à droite. Il fait jeu égal avec Nicolas Sarkozy en Lozère et l'emporte dans les Hautes-Alpes et la Loire : pour un candidat de gauche, c'est une vraie performance! 

Il y a donc une alliance objective, dans l'électorat de François Hollande, entre des départements ruraux traditionnellement a gauche, comme l'Ariège, le Lot ou la Nièvre, des départements ruraux autrefois a droite, et un électorat urbain, acquis au "libéralisme culturel". On avait déjà commencé à observer ce phénomène avec Ségolène Royal en 2007. Il faut ajouter à cela des dynamiques régionales de long terme favorables à la gauche, comme en Bretagne.

Où se situent les bastions de droite ?

La droite est accrochée a la France des frontières avec l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, et plus largement a ce qu'on appelait autrefois les "marches de l'Est". Nicolas Sarkozy fait de bons résultats en Alsace, en Moselle, dans l’Ain, dans les Alpes-Maritimes, il l'emporte dans le Doubs, le Jura, la Haute Savoie et la Savoie,… Contrairement à certains lieux communs, cette France-la est directement ouverte sur l'étranger. C'est aussi une France ou l'immigration est traditionnellement importante, contrairement au Sud-ouest rural ou à la Bretagne, territoires très peu métissés et qui votent Hollande.

Quid de l’extrême droite ?

Le FN a fait ses meilleurs résultats dans la France de l’Est menacée par la désindustrialisation (Moselle et Vosges par exemple) et dans le Sud (Gard, Alpes-Maritimes). Mais les endroits où il a le plus progressé ne sont pas ceux où il réalise ses meilleurs résultats aujourd’hui. Depuis 1995, le FN a beaucoup progressé dans la France de l’Ouest et du Sud Ouest, une France ou l'immigration est faible, alors que jusque-là – même si ce n’est pas très politiquement correct de le dire – la carte de son électorat se superposait assez bien a celle de la France de l’immigration, banlieue parisienne à part.

Quand, vu de Paris, on moque un électorat FN qui n'aurait de la diversité française qu'une expérience réduite, c'est a la fois faux et vrai. Si on y regarde de plus prés, on constate que ce parti enregistre des résultats exceptionnels dans les communes qui sont proches de secteurs ou l'immigration est ou a été importante, mais qui ne croisent pas tous les matins des immigrés ou des Français issus de l'immigration en bas de chez eux. Comme l'a récemment expliqué le démographe Hervé Le Bras, ils sont suffisamment proches de la "diversité française" pour la craindre, mais pas assez pour l'aimer.

Comment expliquer ce rapport entre le critère géographique et le vote des électeurs ?

Au cours des vingt dernières années, les personnes qui faisaient de la géographie électorale étaient un peu marginalisées dans le monde des sciences politiques. On considérait que la mobilité des individus mettait à mal ces analyses traditionnelles en termes de territoires électoraux. On en est revenu, pour la simple et bonne raison qu’en général les gens votent en fonction de leurs entourages, de leur quotidien, des conversations qu’ils ont, etc. La sociologie est bien sûr un élément important, mais ce qui reste déterminant c’est le bassin de vie, la communauté de vie, l'expérience quotidienne.

En quoi la géographie du vote a-t-elle évolué ? Existe-t-il, au-delà du vote pour François Hollande, une fracture entre les grandes agglomérations et la France rurale ?

Un candidat ne gagne une élection présidentielle que lorsqu’il sait porter les revendications de zones et d’espaces différents. Vous devez faire le lien entre plusieurs catégories d’électorats pour espérer l'emporter.  Ce fut l’une des clés du succès de Nicolas Sarkozy en 2007 : il avait fait le lien entre des territoires ruraux traditionnellement acquis à la droite et la France des grandes couronnes périurbaines.

Il est peut-être excessif de parler de "fractures" au sein du territoire français, mais je pense que la droite doit maintenant s’interroger sur le basculement des grandes agglomérations vers la gauche. Est-ce un phénomène irréversible ? Cela ressemble a une tendance européenne, mais qui souffre des exceptions : en Espagne, la plupart des grandes villes, sauf Barcelone, votent a droite, par exemple. La droite doit en tout cas essayer de reconquérir des 2014 des villes comme Lyon, Metz, Dijon ou Reims, par exemple, qui n'ont pas définitivement bascule a gauche. Mais pour ce faire, la réduction de la droite a l'UMP n’est peut-être pas la meilleure solution…

Que voulez-vous dire ?

Les grandes villes ont une préférence pour les valeurs du libéralisme culturel, qui ne sont aujourd’hui pas véritablement représentées à l’UMP. Si la droite souhaite regagner de l’électorat auprès des grandes villes, sans doute doit elle permettre à plus de diversité politiques de s’exprimer en son sein.

La gauche l’a emporté grâce à sa capacité à séduire à la fois l’électorat des catégories sociales favorisées mais libérales sur le plan de la société et les catégories populaires peu libérales sur le plan social mais qui aspirent à plus de justice et d’égalité. Il sera intéressant de voir dans quelle mesure le libéralisme culturel des élites de gauche arrive à emporter la conviction de l’électorat populaire, qui n’est pas lui libéral culturellement.

Propos recueillis par Aymeric Goetschy

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