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Réconciliée avec Sarkozy ? Pourquoi Nadine Morano a entrepris de séduire les électeurs FN
©Reuters

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Réconciliée avec Sarkozy ? Pourquoi Nadine Morano a entrepris de séduire les électeurs FN

Nadine Morano semble réconciliée avec Nicolas Sarkozy. Elle espère, grâce à sa candidature, attirer des électeurs du FN à participer à la primaire des LR. Et en effet, il y en avait un certain nombre dans la salle lors de la réunion publique qu’elle a tenu jeudi soir à Lyon.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Elles ne se quittent plus. Que ce soit pour boire un verre avec des militants, déambuler dans la rue ou animer une réunion publique, elles ne sortent jamais l'une sans l'autre. S'épaulent, se complètent. De Perpignan à Lyon, en passant par Londres, depuis qu'elle a rendu publique cette relation, Nadine Morano ne fait pas un pas, sans évoquer son amie noire.

Ce 18 mai, alors qu'elle présente son programme à une poignée de lyonnais, l'ancienne ministre la pousse à nouveau au devant de la scène alors qu'un monsieur, dans la salle, se présente comme "black"."Mon amie ne dit pas black, mais noire". Plus noire qu'une arabe, avait précisé Nadine Morano en juin 2012, créant la polémique. L'homme sourit et poursuit avec un fort accent africain : "madame Morano, il n'y en a qu'une qui peut faire le job, c'est Marine Le Pen"... Il parle des femmes voilée à la piscine, approuve un monsieur qui vient de traiter les sans-papier de racailles et lance à la candidate, "tenez bon, ayez le courage". La salle applaudit bravo, bravo... Ce monsieur, Nadine Morano l'aime déjà. Elle lui lance bravache : "ne vous inquiétez pas, le courage, je l'aurai !"...

Depuis le 7 janvier, date de déclaration de sa candidature, Nadine Morano est en campagne. Elle sillonne la France avec de petits moyens, de tout petits moyens, mais une énergie qui vaut quelques valises de billets. Ce mercredi matin, dans le TGV qui la mène à Lyon, elle rayonne, et avec ce franc-parler qui fait son succès, lance : "ils ont tenté de me mettre la tête sous l'eau mais je fais de l'apnée, c’est pas de bol !". Elle raconte qu'après son éviction des listes régionales, pour avoir affirmé que la France était "un pays à majorité de race blanche", les lettres de soutien ont afflué à sa permanence et les dons aussi, entre 5 et 5 000 euros par personne. "Paradoxalement, c'est ça qui m'a permis de lancer ma candidature", sourit-elle. Et lorsqu'on lui demande ce qu'en pense Nicolas Sarkozy, elle ne cache pas que leurs rapports se sont grandement améliorés depuis cet épisode : "on a déjeuné ensemble, il m'a dit : vas y, fais ton truc, fais ta campagne !" et elle ajoute "je l'aime beaucoup, même s'il peut faire des erreurs par réaction intempestive". Un peu plus tard dans la journée, face à des étudiants venus la rencontrer, elle reconnaît : "avec Nicolas, nous n'avons pas vraiment de différence idéologique de fond, on partage beaucoup de choses".

Nadine Morano est en campagne avec la bénédiction du président des Républicains donc. Il faut dire qu'elle s'est fixé une mission du plus grand intérêt pour l'ex chef de l’État : ramener dans le giron du parti des électeurs du FN égarés. Elle espère les faire participer à la future primaire. "Marine le Pen a bien compris que si j'arrive à être candidate à la primaire, je ramènerais des gens partis chez elle", explique l'ancienne ministre qui ajoute à demi-mot qu'il en va aussi de l’intérêt de Nicolas Sarkozy sur qui ces voix pourraient se reporter au second tour. Et c'est pour ça qu'elle regarde le monsieur noir avec gourmandise. Il est sa cible par excellence. Et il n'est pas le seul, un quinquagénaire assis un peu plus loin nous explique, en sortant sa carte d’adhérent aux LR : " j'ai déjà voté FN et je le referai mais si elle se présente j'irais voter pour elle parce qu'elle ne se dégonfle pas". Une autre dame un peu plus loin, qui dirige un cabinet de recrutement, explique "lorsqu'on vous a renvoyé pour avoir parlé de race blanche, j'ai rendu ma carte". Dans cette petite salle de théâtre de Lyon, le public est maigre, cinquante personnes tout au plus, mais tous ou presque, sont prêts à voter Nadine Morano. Elle n'a nullement besoin de les convaincre, juste à être elle-même.

L'ancienne ministre laboure ainsi les terres du FN tout en marquant sa différence grâce... à son amie noire. Lorsqu'elle parle de l’évolution de son ancien quartier, elle dit, "vous allez au marché vous avez l'impression d'être au bled, on a l'impression de ne plus être en France mais ça, on ne peut pas le dire. Avant, l'intégration se faisait bien. Dans mon quartier, il y avait 4 familles africaines, dont celle de mon amie d'enfance qui est tchadienne. Quand j'allais chez elle, j'avais l'impression de changer de continent, c'était extraordinaire et j'ai gardé ça comme une expérience culturelle phénoménale".

Grâce à son amie noire, Nadine Morano veut marquer sa différence avec la présidente du FN : ce qu'elle critique c’est la vague d'immigration actuelle, pas l'immigration en général. Ce qu'elle accuse ça n’est pas l’Europe qui "est notre bien le plus précieux" et nous permet "de vivre en paix depuis 50 ans" mais les décisions d'Angela Merkel et la passivité de François Hollande face à cette vague migratoire. Ce qu'elle souhaite, ça n'est pas la fermeture des frontières, elle la frontalière, mais une immigration régulée, faite de quotas en fonction des besoins en main d’œuvre et des pays d'origines.

Des différences, elle en a aussi avec Nicolas Sarkozy et se plaît à les souligner car elle sent bien que son public a rompu avec l'ancien Président."Sur l'histoire du karcher, lance-t-elle, je vous donne raison, il n'a pas été passé, il n'a même pas été acheté". Un peu plus tôt dans l'après midi alors qu'elle visite une agence de communication et d’événementiel, elle demande à la fondatrice

- Grâce à quel site internet recrutez vous ?

- Indeed

- Ça aussi il va falloir l'expliquer à Sarko », sourit l'ancienne ministre en référence à la polémique sur le Bon Coin.

Rien de méchant cependant, de même les critiques à l'égard d'Alain Juppé restent ténues. Lors d'une rencontre dans un bar du 6ème arrondissement lyonnais avec quelques étudiants dont des soutiens du maire de Bordeaux, elle souligne son désaccord sur la Russie et l'identité heureuse, rien de plus. Elle ne doit, en effet, fâcher personne si elle veut ses parrainages.

De ce point de vue là, Nadine Morano dit avoir réuni les 2500 parrainages de militants. Elle pense aussi avoir les 250 élus locaux mais c'est plus difficile. "On n'a pas les fichiers, seul le président du parti les a. Moi j'en ai quelques morceaux, mais ça complique les choses", explique-t-elle. Le plus difficile, reconnaît Nadine Morano, sera de rassembler les parrainages des 20 parlementaires nécessaires pour être candidat. Elle dit en avoir 10 pour l'instant. L'un de ses amis lyonnais, l'ancien député Marc Fraysse, explique : "beaucoup de députés ont peur pour leur réélection, ça se décantera après le mois de juin, quand tout le monde sera investi". Nadine Morano, elle, se dit que certains, dont l'ancien Président de Républicains, pourraient avoir intérêt à l'aider.

L'argent est aussi un problème. Alors que certains, qui lèvent des fond depuis 2012, disposent de sommes considérables, Nadine Morano fait campagne avec les moyens du bord : fond de scène minimaliste qu'elle monte elle-même, salles peu chères et parfois bien peu pratiques comme celle de Londres, il y a quelques jours, où la moitié des militants se sont perdus avant d'arriver. Les dons qui ont afflué ne suffisent pas, c'est pourquoi la candidate, ce jeudi à Lyon, a déjeuné avec des chefs d’entreprise espérant quelques retombées. Et à eux aussi, elle a reparlé de son amie noire afin de préciser ses convictions : "la communauté nationale est faite de toutes les couleurs de peau, ma meilleure amie est noire, entre nous, c'est l'amitié en noir et blanc". Le public reste plus nuancé que les militants."Dans son discours il y a des choses à prendre et à ne pas prendre", juge une patronne pourtant conquise par l'énergie et le courage de l'ancienne ministre qui va poursuivre ainsi son tour de France. Compiègne à la fin du mois puis les Alpes-Maritime, le Var, la Moselle. Ainsi va Nadine Morano, toujours fidèle à elle-même.

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