Raspoutine, empoisonné puis exécuté | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Raspoutine, empoisonné puis exécuté
©

Coriace

Raspoutine, empoisonné puis exécuté

Légende de l'histoire russe, Raspoutine a été à la fois gourou, mystique et homme d'état. Dans son dernier roman, Vladimir Fédorovski revient sur la vie de celui qui avait été surnommé le "saint diable". Extraits (2/2)

Vladimir Fédorovski

Vladimir Fédorovski

Vladimir Fédorovski est un ancien diplomate russe, porte-parole du mouvement des réformes démocratiques pendant la résistance au putsch de Moscou, d'août 1991. Il est aujourd'hui écrivain. Ses derniers ouvrages s'intitulent : Le Roman des espionnes ; Poutine, l’itinéraire secret et La Magie de Moscou, publiés aux Éditions du Rocher.

Voir la bio »

Le prince Ioussoupov se présenta à la porte du domicile de Raspoutine juste après minuit. Un autre des membres du complot, le Dr Lazovert, lui tenait lieu de chauffeur. Auparavant, ce dernier avait fourni le cyanure de potassium qui devait être incorporé aux gâteaux et au vin. Les conspirateurs avaient élaboré un plan : Raspoutine serait introduit dans la pièce tandis qu’un Gramophone jouerait dans les salons d’apparat situés au-dessus, afin de donner l’impression que la princesse Irène était l’hôtesse d’une réception battant encore son plein. En attendant qu’elle vienne les rejoindre (en réalité, elle se trouvait en Crimée), ils espéraient que Raspoutine accepterait de goûter les mets auxquels était mêlé le poison. Selon le Dr Lazovert, chaque pâtisserie contenait assez de cyanure pour tuer un éléphant…(...)

Raspoutine avait fait un effort de toilette tout particulier en vue de sa présentation à la princesse. Il portait une chemise en soie brodée de bleuets par la tsarine, un pantalon de velours noir et ses bottes bien cirées avaient l’air toutes neuves. Ses cheveux et sa barbe, lavés et peignés avec soin, gardaient toutefois une odeur de savon bon marché. Il paraissait très nerveux. De son côté, le prince se trouvait dans un état de grande anxiété ; aussi la conversation fut-elle un peu contrainte au début. Le Gramophone jouait Yankee Doodle Dandy au-dessus de leurs têtes, et Félix expliqua que sa femme descendrait aussitôt que ses invités se seraient retirés.

Ioussoupov proposa à Raspoutine un biscuit empoisonné. Ce dernier le refusa, et le prince, déjà mal à l’aise, sentit la sueur perler sur son front. C’est alors que le sibérien, sans paraître y prêter attention, absorba un gâteau, puis un autre… Son hôte était à la fois plein d’appréhension et comme hypnotisé. Assurément, le poison n’allait pas tarder à faire son effet : deux pâtisseries devaient suffire à tuer une demi-douzaine d’hommes…

Pourtant, le paysan continuait à parler comme si de rien n’était. Alors, le prince décida de passer à la seconde étape : il disposait de deux verres enduits de poison… Mais le sibérien aperçut la guitare du prince, posée dans un coin, et lui demanda de lui chanter une romance tzigane – c’était l’un de ses talents de société.

Il fit ainsi jouer son assassin jusqu’à 2 heures et demie du matin, bien que le désarroi de Ioussoupov ait été plus grand que celui de sa victime : « Sous le lourd regard de Raspoutine, je sentais mon assurance disparaître. Puis une paralysie étrange me saisit, j’eus le vertige et ne vis plus rien devant moi. Je ne sais combien de temps cela dura. »

S’étant excusé sous le prétexte d’aller voir si sa femme était enfin prête, Ioussoupov monta à pas chancelants demander conseil à ses complices. Ces derniers étaient aussi bouleversés que lui. Ils s’engagèrent dans l’escalier, mais Félix revint le premier, souhaitant peut-être porter seul le coup historique.

Raspoutine inclinait à présent la tête sur sa poitrine et se plaignait de se sentir mal. Mais ce n’est qu’à l’instant où le prince lui montra un crucifix qu’il comprit ce qui l’attendait. Plusieurs coups de pistolet furent tirés, provenant de trois armes. Les deux premiers tireurs, maladroits, ne l’auraient que blessé ; le troisième, plus expérimenté, le toucha précisément au centre du front. un coup fatal, a priori…

 

Extraits de Le Roman de Raspoutine, Editions du Rocher (1er décembre 2011)

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !