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Rapport sur une police au bord de la crise de nerf : ces lâchetés politiques qui nous ont amenées là
©Thomas SAMSON / AFP

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Rapport sur une police au bord de la crise de nerf : ces lâchetés politiques qui nous ont amenées là

Un rapport d'une commission d'enquête sénatoriale pointe du doigt les difficiles conditions d'exercice des forces de l'Intérieur. Le constat est alarmant.

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize est universitaire, spécialiste de l’immigration. 

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Atlantico : Ce rapport édifiant fait mention d'un taux de suicide de 36% supérieure à la moyenne nationale. Pouvez-vous nous décrire les conditions de travail qui font qu'aujourd'hui la police n'en peut plus ? Comment en est-on arrivé là ?

Arnaud Lachaize : La police française connaît un malaise extrêmement profond, qui est ancien mais ne cesse de s'aggraver. Il ne tient pas pour l'essentiel à des questions de salaires, de temps de travail ou de statut. Ce qui est à l'origine de ce malaise, c'est la condition de travail des policiers dans les quartiers sensibles. Les policiers sont directement exposés à la violence et à la criminalité. Dans la région parisienne, un policier sur dix est blessé chaque année. Les jets de pierre, les dégradations sur les véhicules, les agressions physiques y sont monnaie courante. Quand aux insultes, elles font partie du quotidien. Les policiers travaillent souvent dans la peur. D'ailleurs, ce sont souvent les plus jeunes, sortis des écoles qui sont affectés dans les cités. Dès qu'il le peuvent, ils quittent la région parisienne pour obtenir une affectation dans leur région d'origine. Il faut bien voir que certains policiers, pas tous, vivent un enfer quotidien et ils ont le sentiment de n'être pas soutenus ni par la justice, ni par les dirigeants politiques.

Rythme de travail effréné, un accès aux munitions déficitaire, matériel vieillissant et bien sûr un manque cruel d'effectif. Face à la menace terroriste, la vague migratoire et une violence exacerbée, comment expliquer ce manque de moyens dans un tel climat ? Peut-on parler de laxisme de la part du gouvernement ?

Les questions de moyens ne me paraissent pas les plus essentielles dans ce malaise. Des efforts importants ont été accomplis, le budget du ministère de l'Intérieur a été sanctuarisé depuis plusieurs années. Ainsi, l'immobilier de la police s'est amélioré avec de nombreuses inaugurations de nouveaux commissariats ou postes de police. Quant au "manque cruel d'effectif", les effectifs des forces de l'odre en France , nombre de policiers et gendarmes par habitants, sont à peu près équivalents à ceux des grandes démocraties européennes (Allemagne, Grande-Bretagne). La vérité, c'est que le malaise des policiers provient de leur sentiment d'être démunis face à la montée de la délinquance et de la violence. Ils ont le sentiment classique chez eux, d'arrêter des délinquants qui sont aussitôt relâchés par les juges. Ils considèrent que la réponse pénale à leur action est inadaptée. Ils ont l'impression d'écoper la mer avec une petite cuiller. Chacun est dans sa logique, les policiers qui désespèrent du sentiment d'impuissance, notamment face à la délinquance des mineurs, et les magistrats confrontés à la question des places de prison: tous les records sont battus avec 80 000 incarcérations. Pire, les policiers n'ont pas le sentiment d'être suffisamment soutenus par le pouvoir politique.

Au-delà du budget et des moyens, la difficulté à obtenir des « résultats » judiciaires, les mauvaises relations avec la population et la politique du chiffre restent des points de préoccupations majeurs. Pensez-vous que le déploiement de la police de sécurité du quotidien puisse améliorer cette situation ?

Non, en aucun cas et les policiers le savent bien. L’un des échecs les plus retentissants en matière de sécurité fut la police de proximité du gouvernement Jospin, de 1997 à 2002. Cette période fut marquée par une explosion de la délinquance et de la criminalité. Le principe de cette politique était de créer des postes de police dans les cités les plus sensibles, et d’y organiser des patrouilles pédestres. Lionel Jospin est le seul premier ministre de l’histoire qui ait déclaré, à l’issue de son passage à Matignon et de son échec à la présidentielle de 2002 : « Nous avons été naïfs en matière de sécurité. » De 2012 à 2017, sous l’impulsion de Manuel Valls, la notion de proximité est revenue à l’honneur sous d’autres formes. Une trentaine de zones de sécurité prioritaires (ZSP) ont été définies dans les secteurs les plus difficiles. Là non plus, ces mesures n’ont débouché sur aucun effet probant. La nouvelle politique annoncée par M. Colomb, sous l’intitulé de « police de la sécurité au quotidien » (PSQ) semble  se réduire à un slogan. Sa logique n’est pas si différente de la méthode qui avait atteint son paroxysme sous Jospin : rassurer la population par une formule en donnant l’impression que la police se rapproche du citoyen pour le protéger. « La PSQ, souligne le ministre dans une interview au Monde du 9 février 2018, c’est surtout une méthode de travail , un nouvel état d’esprit pour l’ensemble des forces". Une fois de plus, la politique se réduit à la communication. Ce n'est pas ce qu'attendent les policiers mais le fond du problème tient bien davantage à la question de la réponse pénale, un sujet absolument tabou et d'une infinie complexité.  

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