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Radars : du zigzag dans la conduite
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EDITORIAL

Radars : du zigzag dans la conduite

La question de la suppression des panneaux indicateurs de radars n'est toujours pas réglée. La cohésion du gouvernement autour de cette question est en train de s'effriter. François Fillon, Premier Ministre et Claude Guéant, Ministre de l'intérieur, ne sont pas sur la même ligne et se contredisent. Les premières victimes sont les conducteurs qui entre toutes ces déclarations n'arrivent plus à trouver leur chemin.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Et si la victoire des députés UMP sur le retrait des panneaux de signalisation des radars n’était qu’un écran de fumée ? Les déclarations contradictoires qui se sont multipliées jusque tard dans la soirée de mardi, montrent bien que l’affaire n’est pas définitivement réglée et que le répit que les députés se vantent d’avoir obtenu risque d’être de durée limitée. Il apparait en effet assez clairement que Matignon et l’Intérieur ne sont pas sur la même ligne. Bien sûr, on peut se demander si au final cette confusion n’arrange pas tout le monde, tant elle permet de brouiller les cartes, laissant aux députés la possibilité de crier victoire et à l’exécutif d’affirmer qu’il n’a rien cédé sur le fond. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on reconstitue le film de cette affaire…

Confronté à la fronde des députés de sa majorité depuis la présentation des nouvelles mesures de sécurité, le gouvernement recherchait l’apaisement. Dimanche, au « Grand Rendez-Vous d’Europe 1 », Claude Guéant a annoncé la mise en place de « radars pédagogiques » pour pallier l’enlèvement programmé de panneaux de signalisation des radars fixes. Mais la divulgation de la lettre de protestation au Premier ministre signée par plus de soixante dix députés UMP exprimant leur exaspération, a fait monter la pression. En fait, les députés de la majorité manifestaient leur mécontentement depuis la tenue du Comité Interministériel sur la Sécurité Routière, mais l’affaire DSK occupait alors tous les esprits. François Fillon s’était fait chahuter à la réunion du groupe UMP le mardi précédent (le 17 mai). Il s’était montré inflexible, relayant les propos de Nicolas Sarkozy au petit déjeuner de la majorité. Et c’est face à cette inflexibilité que les députés membres de « la Droite Populaire » qui se sentent pousser des ailes, ont décidé d’envoyer une lettre et l’ont fait circuler auprès de leurs collègues. Ils ont recueilli 76 signatures et ont perdu une de leur membre au passage : la députée du Haut-Rhin, Arlette Grosskost vient d’envoyer sa lettre der démission, expliquant qu’elle refuse « le populisme primaire » déjà constaté au moment de la récente polémique sur les minimas sociaux. L’élue alsacienne qui se revendique du gaullisme social, a rejoint le petit groupe de députés qui se retrouvent tous les lundi soir chez le Premier ministre… Et lundi soir on a beaucoup cogité dans les salons de Matignon sur la recherche du bon équilibre entre concessions aux élus, donc aux électeurs automobilistes, et la fermeté à afficher contre les chauffards responsables d’accidents mortels. (Le nombre de morts sur les routes françaises a augmenté de près de 20 % en avril par rapport au même mois en 2010, avec 355 décès.) Le Porte-parole du gouvernement, François Baroin, a pourtant essayer de rassurer sur cette question en déclarant : « le gouvernement ne reculera en rien, ni sur les objectifs, ni sur les panneaux. Les panneaux avertisseurs de radars continueront d’être supprimés dans les jours qui viennent. Il y a des objectifs intangibles de réduction du nombre de morts, il y a eu un relâchement, ce relâchement n’est pas acceptable et la position du gouvernement est sans faiblesse et sans faille. »

Les panneaux indicateurs seront bel et bien supprimés et des radars pédagogiques seront installés

Mardi matin, on a commencé par appliquer une bonne vieille recette : la création, en Conférence des Présidents de l’Assemblée Nationale d’une « Mission d’Information relative à l’évolution des causes des accidents et à la prévention routière ». Son rapporteur en sera un éminent juriste, l’ancien président de la Commission des Lois, Philippe Houillon, excusez du peu ! Deuxième acte, un peu plus tard, dans le huis clos de la réunion du groupe UMP, François Fillon déclarait que « la concertation permettrait de revoir certaines mesures mais que le gouvernement ne reviendra pas sur la suppression des panneaux de signalisation des radars... qu’il n’est pas à Matignon pour se faire plaisir mais pour faire son devoir …» Fin du premier tableau. Claude Guéant, qui lui a succédé, a renouvelé les annonces qu’il avait déjà faites à la délégation reçue un peu plus tôt, à savoir qu’il n’y aurait pas de suppression de panneaux indicateurs de radars avant concertation entre les préfets et les élus, et que ces panneaux seront remplacés par des radars pédagogiques indiquant aux automobilistes la vitesse à laquelle ils circulent. Les députés protestataires avaient de quoi exulter : « C’est une victoire de la droite Populaire », affirmait l’élu de Gironde Jean-Paul Garraud, tandis que Richard Mallié, élu des Bouches-du-Rhône abondait dans ce sens et se félicitait également de « l’instauration d’un dialogue avec les fabricants de détecteurs de radars ». Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, d’autant que l’on apprenait par la même occasion que 36 panneaux seulement avaient été retirés jusqu’à présent !

Face aux mines renfrognées des défenseurs d’une sévérité accrue, on pouvait se douter que les choses n’en resteraient pas là et elles n’ont pas traîne ; dans le journal de 20H de France 2, le Ministre de l’Intérieur a déclaré que les panneaux indicateurs seront bel et bien supprimés et que des radars pédagogiques seront installés, mais pas forcément au même emplacement. Le même discours a été tenu à l’ensemble des députés, dont la réception Place Beauvau était prévue de longue date. Et pour « montrer qu’on ne lâchera rien » selon les termes de l’entourage du Ministre de l’Intérieur, une circulaire va être envoyée dare dare aux préfets leur demandant de convoquer rapidement les commissions départementales en vue de concertation… Pour quels résultats ? Souplesse ici, mesures draconiennes là ?

En attendant le prochain épisode, c'est-à-dire les conclusions de la mission d’information, on pourra méditer ou médire sur la modification inopinée de l’architecture gouvernementale : au moment du remplacement de Jean-Louis Borloo par Nathalie Kosciusko-Morizet, le Ministère des Transports est passé sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur. Mais l’administration n’a pas suivi pour autant. Apparemment il manque de l’huile dans les rouages, et les députés ont beau jeu de s’en prendre « aux technocrates qui n’y comprennent rien ». Mais ce sont surtout les messages contradictoires envoyés aux conducteurs qui produisent un effet désastreux, car on aura beau d’ironiser sur l’Elysée qui se veut « intraitable » et un gouvernement chargé à la fois de procéder au tour de vis et de faire preuve de souplesse, écartelé entre les lobbies pro et anti-vitesse. Tout le monde en joue et pour filer la métaphore routière, cela provoque de gros problèmes de visibilité... 

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