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Racisme ou pas racisme : le match PSG/ Basaksehir se fracasse sur les écueils de l’époque
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PSG/ Basaksehir

Racisme ou pas racisme : le match PSG/ Basaksehir se fracasse sur les écueils de l’époque

Chers lecteurs, croyez-le-bien, la soirée fera date... Car ce n'est pas à un match de football mais à un véritable séisme dont les images feront le tour du monde auquel nous avons assisté.

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis. 
 
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Quelques fois, ce qui ne se passe pas est aussi important que ce qui advient. Hier soir, ce qui ne s'est pas passé, c'est le match décisif qui devait opposer le Paris Saint Germain à Basaksehir dans le cadre du dernier match de poules de la Ligue des champions. Ce qui s'est passé, c'est qu'après un petit quart d'heure de jeu, la rencontre a été interrompue par les joueurs des deux équipes après que le quatrième arbitre ait, prétendument, désigné par la couleur de sa peau l'un des membres du staff Turc qu'il voulait sanctionner pour un comportement antisportif. Vous avez bien lu. Inutile de vous dire que le ton est alors très rapidement monté entre les protagonistes et que l'altercation a immédiatement attiré l'attention des 22 joueurs... Lesquels ont décidé, dans une réaction aussi solidaire que salutaire, de quitter le terrain en signe de protestation. Saluons ici leur attitude honorable et non violente qui a rappelé leur volonté de faire changer les choses, indépendamment de l'immobilisme récurrent des instances dites compétentes à la résolution de ce type de problème. Par cet acte hautement symbolique, les joueurs ont prouvé qu'ils possèdent parfois un pouvoir supérieur à ceux qui sont censés les diriger. Bravo Messieurs, sincèrement.

Maintenant que ces évidences ont été écrites (défoncer des portes ouvertes ne m'a jamais fait mal à l'épaule), attaquons-nous au problème...

Évidemment, une bourde pareille, ça fait tâche. Une tache indélébile, vous vous en doutez. Si l'enquête déterminait la responsabilité du préposé, l'affaire ferait la plus mauvaise des publicités à l'UEFA, cette institution mondiale qui prône la tolérance et qui prétend combattre l'homophobie et le racisme dans les grandes largeurs depuis des lustres. Bien entendu, ce ne serait pas la première fois que le racisme gangrènerait un terrain de sport, le racisme des supporters, on connait bien, merci... Là où réside la nouveauté, c'est que l'affaire survient à huis clos et que cette fois, c'est un officiel qui est visé ! Nous parlons-là de celui pour lequel la vérité et l'impartialité sont des moyens d'existence, nous parlons du garant de l'équité, du respect des règles et de l'esprit sportif. Rien que ça. 

Rentrons un peu plus dans les détails, si vous le voulez bien, en prenant toutefois les précautions qui doivent prévaloir lorsqu'il s'agit d'évoquer une affaire concernant un sujet aussi sensible (en écrivant ces lignes, j'ai l'impression de manipuler, à mains nues et sans antidote, un reptile extrêmement venimeux)... Il ne s'agirait pas d'oublier la présomption d'innocence... Ceci étant fait, nous pouvons tout de même déjà tirer quelques enseignements d'une triste affaire qui catalyse des problèmes présents et futurs autant que des défaillances à tous les niveaux. 

En commençant d'abord par évoquer l'époque, donc le contexte, dans laquelle elle s'insère. Une époque de tous les excès qui convoque les comportements les plus extrêmes - même sur les terrains de sport - et qui va donner, via les réseaux sociaux, une résonnance planétaire à cette douloureuse soirée. Du fait de la médiatisation à outrance, nul doute que ceux-ci vomiront, des jours durant, les pensées malveillantes proférées par ceux qui n'ont rien à dire mais qui l'écrivent. Je les lis déjà : " Je n'ai rien entendu, rien compris, mais je le jure ! Il faut le pendre !". Le tout dans une incontinence de tweets composée de haine et de bien-pensance dans des proportions difficilement déterminables. C'est certainement ça, qu'on appelle l'air du temps. Vous pouvez déjà parier que la vie de cet homme est déjà foutue, quel que soit le degré de sa culpabilité. Si vous voulez mon avis, le fameux "Époque, voit ta honte !" de Shakespeare n'a peut-être jamais été aussi approprié.

En évoquant ensuite les difficultés globales liées au racisme "habituel" dans la société en général, dans le football en particulier et en les comparant à ce qui pourrait plus ressembler à une maladresse (certes impardonnable) qu'à un véritable acte raciste. Pour le dire autrement, peut-on décemment comparer les chants racistes de supporters, les jets de bananes et les cris de singes de certains supporters avec ce qui s'est passé hier soir ? Le fait que la question se pose est déjà significatif, me semble-t-il... La barrière de la langue, des usages culturels, (l'arbitre incriminé a parlé dans sa langue natale, le Roumain, même si les officiels sont tenus de s'exprimer en anglais), la tension liée à l'enjeu, le fait que l'être humain est pour ainsi dire "consubstantiel de l'erreur", tous ces éléments ne devraient pas être balayés d'un revers de la main. Pourtant, ils compteront peu dans un siècle où la vérité ne pèse pas grand-chose contre le soupçon.

En parlant ensuite des difficultés rencontrées par l'arbitrage de façon beaucoup plus large. Une corporation qui confond un peu trop souvent l'autorité avec l'autoritarisme (les records de cartons distribués sont battus régulièrement), et qui, en "sursanctionnant", génère inévitablement une "surexemplarité" quasiment ingérable. 

En pointant également l'activisme plus ou moins choisi des joueurs qui ne manquera pas de fleurir dans les jours qui viennent. Autrement dit, bien que la conscience politique des joueurs de foot ne soit certainement pas une nouveauté (depuis Socrates, déjà), je pose la question : pour un Colin Kaepernick, combien d'Antoine Griezmann ?

En insistant ensuite sur le manque de réactivité de l'UEFA (incapable de résoudre ou de communiquer sur le problème dans des délais raisonnables) et qui exhibe des limites inconcevables à ce niveau de responsabilités. 

En enfin en n'éludant pas les conséquences politiques et géopolitiques de cette affaire. Depuis Vlad Tepes, dit "L'Empaleur", dit Dracula, on connait bien le contentieux qui oppose les Turcs aux Roumains... Et il y a fort à parier qu'Erdogan, dirigeant de fait du club Stambouliote, profite de cette affaire pour souffler sur les braises nécessaires à l'expression de sa politique nationaliste.

À la lecture de ces lignes et pour toutes ces raisons, vous comprenez que l'histoire est loin d'être terminée et qu'il y aura un avant et un après... 

En attendant que l'enquête diligentée par l'UEFA livre ses conclusions et en essayant de prendre un peu de recul, souhaitons qu'un vrai pas en avant soit accompli et que des mesures soient ENFIN prises... 

- Pour que le racisme puisse être traité de la meilleure des manières, c'est-à-dire avec justesse et justice, et qu'un sportif ne soit PLUS JAMAIS stigmatisé selon la couleur de sa peau.

- Pour que la société et que les responsables sportifs regardent le problème en face en développant des actions fortes qui impliquent les joueurs.

Et le sport dans tout ça ? Sachez que les instances ont décidé de reporter le match à aujourd'hui 18h55, à condition que l'équipe Turque accepte d'y participer, bien entendu. Souhaitons-le. Pourquoi ? Parce que le sport doit reprendre ses droits... et parce qu'il serait extrêmement délicat de donner match perdu à une équipe victime d'un acte raciste venant d'un des représentants du corps arbitral... Quoi qu'il en soit, du fait de la victoire de Leipzig sur Manchester United (3/2), la qualification est d'ores et déjà acquise pour des Parisiens pour lesquels il n'y a décidemment pas d'aventure sans mésaventures. 

Je vous quitterai en insistant sur les multiples conséquences de cette affaire sans précédent (nous ne sommes pas sortis de l'auberge !) et en vous livrant ce paradoxe : il est rare que la justice contente tout le monde, surtout quand il s'agit de faire le procès du tribunal.

À demain.

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