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Et si un rachat de la dette des pays en difficulté et un nouvel LTRO de la BCE nous sauvaient de l’explosion de l’euro ?
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Solutions miracles ?

Et si un rachat de la dette des pays en difficulté et un nouvel LTRO de la BCE nous sauvaient de l’explosion de l’euro ?

Avec le soutien des pays du Sud, la France doit défendre l'idée du rachat de la dette des pays en difficulté par la BCE, assortie d'un moratoire de 6 ans sur l'intérêt de la dette. Le tout évidemment accompagné d’investissements rentables pour créer plus de richesses. (Part 5/5)

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement bleu Marine. 

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La solution que doit porter la France avec le soutien des pays du Sud n'est autre que le rachat de la dette des pays en très grande difficulté - avec un moratoire de 6 ans sur l’intérêt de la dette - accompagné d’investissements rentables pour créer plus de richesses.

Racheter la dette des pays en réelle difficulté

Pour refinancer les banques, qui ne se prêtent plus entre elles - plus particulièrement les banques du Nord qui ne prêtent plus aux banques du Sud -, la BCE a accepté des non marketable asset pour plus de 1 000 milliards en contrepartie d’argent frais. Autrement dit la BCE, après avoir appliqué une décote à des actifs qui n’ont pas de valeur de marché (autrement dit qui sont invendables), a créé de la monnaie, 1 000 milliards d'euros en l'occurrence.

En agissant de la sorte, le président de la BCE Mario Draghi souhaitait régler un problème immédiat, celui du besoin de liquidités des banques. On le comprend, la Banque centrale était dans son rôle. Mais il espérait également diminuer la tension sur les taux d’intérêt de l’Espagne et de l’Italie. Reste que les montants prêtés - et il le reconnaît - n'ont pas suffisamment servi au rachat de la dette des pays en difficulté, ou seulement en très faible quantité par le biais des banques nationales des pays en difficulté. Ce qui est insuffisant pour faire face aux échéances par un supplément d’offre, empêchant les taux de continuer à monter. Rien de très surprenant, avec la corrélation du risque bancaire et du risque souverain, ainsi que l’expérience du ‘’défaut’’ négocié grec, les banques n’allaient pas se précipiter vers l’achat de titre public des pays en difficulté, même si cette opération paraît extrêmement rentable : prendre l’argent de la Banque des États à 1% pour le reprêter aux États entre et 2 et 6% selon l’échéance. Chat échaudé - depuis la Grèce - craint l’eau froide !

En pure théorie économique, le rachat de la dette de la Grèce et du Portugal - soit 500 milliards - (si cette dette est rachetée à sa valeur de marché, le montant en est bien inférieur et se situe autour de 250 milliards) - eût été bien plus rigoureux, car en face de la création monétaire, il y aurait un actif, réel, ayant une valeur négociable, plus sûre car une dette d’État, même en difficulté, reste malgré tout plus sûre qu’un non marketable asset, en particulier si la BCE est garante quoi qu’il advienne du rachat de cette dette, ou sinon le FESF-MES (Mécanisme européen de stabilité).

Par cette opération, on aurait montré - sans que cela coûte 1 euro - la véritable solidarité de la zone euro. On aurait arrêté de pratiquer la politique de l’autruche en entretenant la langue de bois sur la solvabilité réelle de ces pays. Dans les conditions actuelles, sans un refinancement de leur dette et la création nouvelle de richesses – accompagnée évidemment d’une rigueur dans la gestion publique qui demande aussi un contrôle des transferts financiers des riches qui échappent à l’impôt et mettent en plus leur épargne au Nord – ces pays sont en faillite et nous n’avons fait que gagner du temps avec une rigueur apparente et un coût énorme de solidarité. Avec cette rigueur comptable imposée brutalement, ni la Grèce ni le Portugal ne pourront rembourser leur dette même si le Portugal va mieux : le malade mourra socialement même s’il est en voie de guérison financière . Les marchés le savent bien ; c’est la raison pour laquelle ils ne veulent plus prêter à ces pays.

Mais plus grave, le FESF-MES ne règlera rien, comme nous l’avons déjà expliqué dans nos rubriques. Il faudrait revenir au projet initial français qui faisait de ces instruments une banque qui pouvait se fournir directement à la BCE. La propagation de la crise à l’Espagne, à l’Italie et demain à la France, avec les montants nécessaires pour y faire face, rend en effet ce mécanisme de solidarité - s’il va emprunter sur le marché - illusoire. La solidarité dans la faiblesse ne rend pas plus fort. Les marchés feront payer à l’institut émetteur quasiment le taux actuel de l’intérêt sur la dette espagnole ou italienne, et sans doute davantage avec la propagation de la crise. L’Allemagne ou les pays du Nord ne peuvent garantir, seuls, la montée des taux sur toute la zone euro, car le Nord est aussi dépendant du Sud, et ne peut s’en sortir seul. Les marchés le savent aussi !


Pour arrêter cette propagation de la crise qui mettra en faillite la zone euro, il faut d’abord remettre à flot de manière crédible l’économie des pays les plus fragiles, et montrer ainsi qu’on prend à bras le corps les problèmes sans vouloir se faire illusion. Pour que la Grèce et le Portugal puissent à nouveau trouver une solvabilité structurelle, il faut que la BCE (ou le FESF-MES revu comme banque se fournissant à la BCE) rachète toute les dettes de ces pays à la valeur de marché, et leur demande momentanément un taux zéro. Si cette option est contestée, pourquoi pas le même taux qu’aux banques auprès de la BCE, soit seulement 1%.

Le moratoire de l’intérêt de la dette des pays les plus faibles - pour une période par exemple de 6 ans - est absolument indispensable pour arrêter la chaîne de la propagation de la crise à toute la zone du Sud, et in fine à toute la zone euro. Cette mesure est indispensable : ne pas la faire, c’est inéluctablement l’éclatement de la zone euro.

Promouvoir une nouvelle politique de refinancement à long terme par la BCE

Ensuite, il faut promouvoir un LTRO (politique de refinancement à long terme conduite par la BCE) nouveau de 200 milliards pour l’économie réelle et les projets, 100% traçable, en affichant une ambition de 1 000 milliards de projets au Sud.

Pourquoi un LTRO ou un financement par création monétaire de 200 milliards de projets et pas plus, par exemple, 1 000 milliards, comme pour sauver les banques ? Cette somme de 1 000 milliards est, en effet, nécessaire pour équilibrer le Sud par rapport au Nord comme nous l’avions expliqué ! Cette politique doit absolument se faire en associant des structures privées de financement - avec des effets de levier des fonds publics par des mécanismes de garantie -, mais aussi par la mise en œuvre d’une canalisation de l’épargne du Nord pour ce New Deal au Sud. Il s’agit en réalité d’utiliser une partie des 19 000 milliards actuels d’épargne financière de la zone euro.

Ainsi l’épargne du Nord - et plus particulièrement l’excédent d’épargne de l’Allemagne - servira à renforcer les productions locales et les exportations performantes du Sud. Même la Grèce a augmenté ses exportations de 30% depuis sa rentrée dans la zone euro, mais évidemment avec des importations qui ont explosé, ce qui explique les déficits.

Nous pourrions utiliser ce premier montant de 200 milliards dans les économies d’énergie et les énergies nouvelles, ainsi que pour favoriser les fonds propres des entreprises déjà performantes à l’export. En effet, la facture énergétique représente entre 3 à 4 points de PIB dans nos pays. Sans cette facture, le Sud n’aurait pas de problème de déficit structurel de sa balance de paiement, et serait donc en excédent. La Grèce, le pays qui est le plus en difficulté, sans les intérêts de la dette et la facture énergétique, serait donc quasiment déjà à l'équilibre avec, cependant, une balance des paiements déficitaire de 10%.

Toutes les études montrent qu’on peut économiser assez facilement 1 point de PIB par les économies d’énergie. Aujourd’hui, nous savons aussi que l’énergie électrique solaire est devenue quasiment aussi rentable - 15 cents du kWh - que l’électricité produite par le gaz ou le pétrole. Certes, en pure théorie, il faudrait investir 10 points de PIB avec un rendement de 10% pour obtenir 1% annuel du PIB d’économies - soit 500 milliards investis pour économiser annuellement 50 milliards dans le Sud -, mais la création monétaire n’est là que pour lancer le processus et donner confiance au marché sur les réponses structurelles apportées au manque d’offre du Sud.

Contrairement aux observations faites par les tenants du fédéralisme européen, ainsi que par ceux qui refusent le fédéralisme intrinsèque, d’après eux, à l’euro - ce qui les amène à être opposés à la monnaie unique -, la question des transferts financiers du Nord vers le Sud ne demande pas plus de fédéralisme budgétaire ou des transferts de fonds publics pour combler les déficits dus aux offres manquantes de production au Sud. Il ne faut pas plus d’argent public national ou fédéral pour combler les pertes de création de richesses au Sud, il n’est pas nécessaire également de sortir de l’euro pour pratiquer les dévaluations compétitives qui rétabliraient illusoirement les comptes jusqu’à la prochaine dévaluation. Ces dernières seraient un jeu à somme nulle avec l’éclatement de la zone euro, car chacun ira de sa dévaluation comme chacun va actuellement de sa politique récessive pour essayer de prendre des parts de marché sur son voisin, avec un jeu à somme plus que négative. Il faut plus de politiques coopératives et agrandir le marché pour produire plus avec une demande croissante.

La question des transferts de l’épargne du Nord dans les pays du Sud ne doit pas se faire par l’augmentation de la dépense budgétaire de type keynésienne (inefficace, comme on le voit avec les fonds structurels, les pays qui en ont le plus bénéficié sont les plus en difficulté) ni par la sortie de l’euro et les dévaluations compétitives, mais doit se faire par la canalisation efficace de l’excédent d’épargne du Nord vers le Sud, en lançant le processus par la création monétaire et un mécanisme européen de garantie.

La sortie de la crise de l’euro est à notre portée, mais accepterons-nous le primat de la réalité, autrement dit le primat des faits, sur nos idéologies libérales ou collectivistes !

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