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La population qui joue au football aujourd'hui est à 75% issue des banlieues.
La population qui joue au football aujourd'hui est à 75% issue des banlieues.
©Reuters

Boss vs Boloss

Racaille Football Club : comment le foot s'est-il ghettoïsé ?

Le journaliste Daniel Riolo sort cette semaine un livre polémique sur la ghettoïsation du football français et sur l'impuissance (ou l'incompétence) de nos instances sportives face à ce phénomène.

Daniel Riolo

Daniel Riolo

Daniel Riolo est journaliste sportif et écrivain.

Il est chroniqueur dans l'After Foot sur RMC et blogueur sur le site internet de RMC Sport.

Il est notamment l'auteur de OM-PSG, PSG-OM les meilleurs ennemis : Enquête sur une rivalité  (Mango Sport 2005)

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Atlantico : Vous sortez cette semaine un livre intitulé "Racaille Football Club" dans lequel vous dénoncez notamment la ghettoïsation du football français. Comment définiriez-vous ce terme racaille ?

Daniel Riolo : J’ai choisi le mot "racaille" par rapport à la perception que les gens en avaient. Une définition publique, et même présidentielle, a été donnée par Nicolas Sarkozy en 2005. Il s’agit de manière schématisée du "mec de banlieue qui pose des problèmes". C’est tout cet amalgame entre la capuche, le casque pour la musique, le rap, etc.

La population qui joue au football aujourd’hui est à 75% issue de banlieue. En 2010, quand ont eu lieu les événements de Knysna, le fait que l’équipe de France était menée par ce type de "leaders racailles", qui correspondaient à la définition donnée par Nicolas Sarkozy 5 ans plus tôt, a sauté aux yeux du grand public. En partant de ce constat-là, j’ai voulu remonter tout le fil depuis 1998.

En 1998, tout allait bien, c’était l’extase nationale. La France était un modèle d’intégration. Même à l’étranger, tout le monde en parlait comme d’un exemple. En préparant le livre, j’ai été stupéfait de relire les déclarations des hommes politiques de l’époque, de droite comme de gauche, qui mettaient en avant une France « phare du monde » avec son universalisme républicain. Jean-Marie Le Pen était fini, et avec lui l’extrême droite en France.

On connait la suite. Jean-Marie Le Pen arrive au second tour en 2002 et quelques années plus tard le débat sur l’identité nationale éclate. On remarque aujourd’hui que la plupart des gens n’éprouvent aucune sympathie particulière pour l’équipe de France précisément à cause du « code racaille » de ses joueurs.

Ces joueurs-là ont imposé selon vous un "esprit de clan"au sein de l’équipe de France, et des clubs français en général. Comment expliquez-vous cela ?

La hiérarchie est clairement définie. Les joueurs qui viennent de banlieue s’imposent toujours aux autres. Il y a les "boss" et les "bolosses" : Franck Ribéry c’est le "boss", et Yohan Gourcuff est le "boloss". Gourcuff n’a pas les codes et ne peut donc pas s’intégrer. Il a été repoussé comme on repousse n’importe quel étranger qui essaye de s’intégrer dans un cercle aussi fermé. Ce cercle, aujourd’hui en équipe de France, c’est la banlieue et ses codes : la virilité, l’argent, le bling-bling, etc.

Comment les dirigeants français adressent-ils ce problème ?

Tous les clubs doivent faire avec cet état de fait. Chacun essaye de se débrouiller comme il peut. J’ai rencontré des dirigeants qui en ont réellement marre de s’occuper de cela et d’autres qui tentent à leur manière de régler les problèmes.

Le championnat de basketball américain, la NBA, a su régler ce problème en donnant, ironiquement, un grand coup de kärcher... Le langage des joueurs, leur code vestimentaire, et leurs attitudes sont maintenant surveillés étroitement, et de manière très stricte, par les instances du sport. En France, le président de l’équipe de Rennes, Frédéric de Saint-Sernin, a essayé d’interdire les sacoches Louis Vuitton par exemple.

La NBA a réagi en multinationale. Elle a été capable de tout régler elle-même. En France, cela n’existe pas. Chacun règle les dysfonctionnements à son petit niveau. Et c’est à partir de là que certains problèmes sont apparus.

Des présidents ont instauré des quotas officieux de musulmans, d’africains ou même de jeunes de banlieue. Quand Mediapart a révélé cette affaire, ils n’ont pas trouvé bon d’adresser le vrai problème et ont préféré rester dans cette posture moraliste qui les caractérise. La vérité c’est que nous avons ghettoïsé le football en pensant que les costauds étaient noirs et que les petits joueurs techniques étaient maghrébins. Forcément, nous sommes allés chercher ces profils là où ils se trouvaient. Je me rappelle d’une phrase d’un dirigeant français : "Chez nous, il suffit de secouer une tour pour qu’ils tombent tous" ou même d’un recruteur de Lens qui cherchait absolument des "grands noirs" quitte à leur "redresser les pieds" si les qualités footballistiques n’étaient pas au rendez-vous. Les racailles du football, ce sont aussi celles en col blanc !

Ces raisonnements simplistes sont allés trop loin. Les clubs se sont fait manger par les "joueurs racailles" et aujourd’hui, après l’affaire de la Coupe du monde 2010, tout le monde se réveille. Cependant, les réponses apportées par les dirigeants sont parfois très maladroites. Chacun fait ses petits quotas, son petit bazar. A Rennes, des joueurs ont été dégagés l’été dernier car il y avait trop de musulmans. A Saint-Etienne, on passe la consigne aux recruteurs de ne pas trop recruter d’Africains. Nous sommes passés d’un extrême à l’autre.

Autre exemple : les affiches publicitaires pour l’équipe de France après 2010. Les instances ont demandé aux photographes de les "blanchir", de mettre en avant les joueurs blancs, alors que la tendance marketing est souvent au multiculturalisme.

De nombreuses réunions sur ce problème sont organisées dans tous les clubs. L’idée que l’attitude est aussi importante que la technique du joueur est maintenant très répandue dans le milieu du foot français. Mais si le cadre posé par les clubs était aussi stricts que celui du club allemand du Bayern de Munich par exemple, nous n’aurions même pas besoin de nous préoccuper de la couleur ou de l’origine de nos joueurs.

Ce manque d’encadrement et d’autorité, n’est-il pas un problème de société plus large ? Les dirigeants du football français peuvent-ils vraiment y faire quelque chose ?

Beaucoup de sociologues ont parlé de cela avant moi, même s’ils sont automatiquement taxés de conservatisme... Le problème vient effectivement de l’évolution de notre société depuis mai 68 et de la mentalité libérale-libertaire qui s’est imposée. L’autorité est mal vue dans notre système d’éducation nationale et cela s’est propagé dans nos centres de formation, jusqu’au sein de l’équipe de France. Ensuite, Nicolas Sarkozy a amorcé une fracture terrible avec son mot sur les racailles. Et puis, la manière dont il a géré son quinquennat en chef de gang n’a pas arrangé les choses.

Quand Raymond Domenech sort un livre pour dénoncer le comportement de ses joueurs, cela me fait sauter au plafond ! Je veux bien qu’il fasse son mea culpa et qu’il nous révèle ce qui se passait vraiment dans les vestiaires. Mais pourquoi les a t-il alors soutenus ? Pourquoi ne les a t-il pas sanctionnés ? En 2010, de nombreux dirigeants et entraîneurs voulaient que tout le monde soit banni. Nous avons raté à ce moment-là une excellente opportunité de tout remettre à plat. Finalement, nous avons une nouvelle fois victimisé les joueurs en insistant sur le fait que ce n’était pas de leur faute, et que finalement, c’est la société "qui les avait abîmés"…

De plus, en ce qui concerne l’équipe de France, nous avons abandonné tous les symboles nationaux au Front national au début des années 80. Il ne faut pas s’étonner du fait que des joueurs comme Karim Benzema mettent un point d’honneur à ne pas chanter la Marseillaise maintenant. Le sentiment anti-français est très répandu en banlieue, et cela, ce n’est pas le foot qui l’arrangera.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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