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Qui sont les Français qui ont envie et surtout besoin des ouvertures du dimanche et en soirée ?
©Reuters

Débat

Qui sont les Français qui ont envie et surtout besoin des ouvertures du dimanche et en soirée ?

Au cours d'une semaine moyenne (week-end compris), les salariés consacrent 8h10 par jour à dormir, deux heures à manger, 4h30 à travailler, 2h45 à faire le ménage, bricoler et s'occuper des enfants, trois quarts d'heure dans les transports et disposent de 3h50 de temps libre, selon les données 2010 de l'Insee sur les emplois du temps des Français.

Louis Maurin

Louis Maurin

Louis Maurin est directeur de l’Observatoire des inégalités.  

 
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"Les personnes qui travaillent consacrent moins de temps aux tâches domestiques et bénéficient de quatre heures de temps libre. Les autres substituent au temps de travail du temps domestique et surtout des loisirs ; ces derniers occupent alors le quart de la journée. En moyenne, les Français passaient 16 mn à jouer ou à surfer sur Internet en 1999, ce temps a doublé en dix ans. Cette activité dépasse la lecture et la promenade et se place aujourd’hui au deuxième rang, encore loin derrière la télévision."

Note Insee issue de l'enquête "L'emploi du temps des Français" datée de novembre 2011.

Atlantico : Réduction du temps de travail, augmentation du temps numérique, l'emploi du temps des Français a été sujet à un certains nombre d'évolutions sur les vingt dernières années. Quelles sont selon vous les principales tendances à retenir ?

Louis Maurin : La baisse de la durée du travail a été marquée jusqu’au début des années 2000, depuis, elle stagne. Nous sommes passés, en moyenne, de 1900 heures de travail annuels à la fin des années 1960 pour atteindre environ 1400 heures actuellement, chiffre qui est resté plus ou moins le même depuis 10 ans. 

Pour ce qui est du temps passé sur des outils numérique, l’effet n’est pas comparable. On peut d'avantage y voir une modification des pratiques de loisirs et des supports qui y sont rattachés. Sur l'ensemble de la population, le principal divertissement des Français reste ainsi, et de loin, la télévision. Si l'on note une forte hausse de l'usage Internet chez les plus jeunes (15-24 ans) on peut se demander si nous sommes face à une pratique marquée par l'âge plutôt qu'une pratique générationnelle à proprement parler.

Source Insee "L'emploi du temps des Français" (2011)

L'usage régulier des réseaux sociaux, dont on fait si souvent référence comme s’il allait de soi que tout le monde les utilise,reste encore l’apanage des jeunes et des cadres. On ne saurait donc parler d'un accès généralisé aux technologies numériques. Ceci dit, personne ne peut nier leur usage de plus en plus grand. Les plus âgés se mettent à l’ordinateur pour pouvoir communiquer et voir leurs photos.

Le temps de travail, s'il s'est généralement réduit, à t-il eu tendance à d'avantage se morceler au détriment du modèle classique semaine/week-end (temps partiels, travail spontané) ?

L'émergence du temps partiels est aussi une tendance que l'on a vu démarrer dans les années 60 et qui s'est légèrement endigué avec le début des années 2000. Toute une fraction de la jeunesse (sans compter les étudiants qui occupent un emploi d'appoint) est effectivement sujette à un emploi du temps plus fractionné qu'auparavant. A cela s'ajoutent ceux qui occupent des emplois intérimaires peu qualifiés (entreprise de nettoyage par exemple) qui occupent une place généralement peu enviée.

Graphique issu de l'enquête "l'Evolution du temps partiel" réalisé par le Centre d'observation de la Société

Autre tendance notable, le temps de sommeil s'est sensiblement réduit depuis 1986 (23 mn de moins par jour qu'en 2010). Comment l'expliquer ?

Ce n’est pas forcément une transformation majeure, mais il est vrai que l’on dort un peu moins.Nous sommes entrés dans une logique accrue de sollicitation, en particulier sur les temps de loisirs (concerts, expositions, sorties, cinéma...) bien que cette tendance ne soit encore une fois pas exactement récente. Ceux qui en ont les moyens accumulent les activités, parfois avec une certaine frénésie, notamment pour leurs enfants. Il faut tout faire. Comme si le loisir devait devenir une performance.

Si le temps de sommeil décroît, le temps passé aux soins et à la toilette est par contre en augmentation.La hausse de l'attention portée à soi même s'inscrit clairement dans une logique d'amélioration de la qualité de vie : on se rend fréquemment chez le médecin, on s'inquiète plus souvent de sa santé, on essaie de mieux manger... Nous repoussons les limites du temps libre que ce soit pour des raisons de loisirs ou encore d'entretien de sa personne, et cela grignote un peu sur le temps de sommeil.

Ces évolutions se répartissent-elles de la même manière chez les hommes et les femmes ?

Ce qu'on observe clairement, c'est que les hommes ne sont pas tellement plus investis que par le passé dans les tâches domestiques, bien que l'on observe une très lente égalisation en la matière. On peut ici interpréter les phénomène de deux manières : soit on y voit un scandale de la domination masculine (les hommes s'octroient les tâches les moins pénibles ou dévalorisantes) soit on pense que nous sommes ici dans un phénomène historique de transformations profondes, mais diluées dans le temps. Ceci dit, le processus d’égalisation est vraiment lent et la capacité des hommes à trouver des justifications à leur manque d’investissement est sans limite. Ce sont toujours les femmes qui s’occupent des tâches les plus ingrates, les moins visibles. Les catégories supérieures règlent en partie le problème par le biais d’emplois à domicile, financés en grande partie par la collectivité, c'est-à-dire les impôts de tout le monde.

Graphique issue de l'enquête "L'inégal partage des tâches domestiques entre hommes et femmes" du Centre d'Observation de la Société.

Quelles sont selon vous les autres activités qui ont vocation à prendre une place de plus en plus importante dans l'emploi du temps des Français à l'avenir ?

La prise en charge des personnes âgées sera amenée à devenir une problématique de plus en plus importante avec le vieillissement de la population et le fait que les adultes (et les femmes en particulier) ne souhaitent plus passer autant de temps avec leurs parents et notamment les héberger à domicile à la fin de leur vie. De deux choses l’une. Soit l’on assure une prise en charge collective, égale pour tous. Soit l’on confie le « marché des personnes âgées» au privé, et là seuls ceux qui en auront les moyens pourront faire prendre en charge leurs aînés. En pratique, les femmes des milieux les moins favorisés devront consacrer beaucoup de temps pour s’occuper de leurs parents vieillissant, voire les accueillir à domicile, alors que le plus souvent ces catégories ne disposent pas des plus grands logements.

Quant au temps consacré à la mobilité quotidienne, nous sommes dans l'incertitude. L'élévation du prix des loyers en centre ville et le développement des infrastructures de transport et de l'habitat pavillonnaire a allongé les distances et dans une moindre mesure les temps de transport. Même si l'on exagère beaucoup l'effet de la hausse des prix des carburant aujourd'hui (sauf pour le rural profond), à long terme il est possible que les déplacements automobile deviennent réellement plus difficiles, ce qui peut entraîner des transformations, par exemple le développement de nouveaux commerces de proximité. Mais l'auto a encore de beaux jours devant elle.

Propos recueillis par Théophile Sourdille

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