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Tour de France de ceux qui ne fêtent pas Noël (et de ceux qui le fêtent sans raison)
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Tour de France de ceux qui ne fêtent pas Noël (et de ceux qui le fêtent sans raison)

Malgré la surmédiatisation de Noël et son omniprésence dans la vie sociale,certains s'y soustraient... Pratiquants d'autres religions, athées ou tout simplement indifférents, ils ne crient pas non plus sur tous les toits leur dissidence à la fête chrétienne...

Gérard Leclerc

Gérard Leclerc

Gérard Leclerc est un philosophe, journaliste et essayiste catholique. 

Il est éditorialiste de France catholique et de Radio Notre-Dame.

Il est l'auteur de l'Abécédaire du temps présent (chroniques de la modernité ambiante), (L'œuvre éditions, 2011). 

 

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Atlantico : Qui ne fête pas Noël aujourd’hui en France ?

Gérard Leclerc : C’est difficile à discerner, parce qu’apparemment tout le monde fête Noël, si on juge par les décorations qui ornent les grandes artères, par la consommation qui marche assez fort… C’est toute la population qui participe aux fêtes de fin d’année, et à Noël en particulier. Bien sûr certaines personnes ne fêtent pas Noël, mais elles le font discrètement. Il est possible que les musulmans, pour qui il ne s’agit pas d’une fête musulmane, ne fêtent pas Noël, mais ils ne sont pas non plus indifférents à l’événement, puisque dans le Coran on révère évidemment la figure du prophète Jésus.

 

Mais d’une manière générale, les pratiquants de l’Islam ou du judaïsme ne fêtent pas Noël ? Idem pour les témoins de Jéhovah ?

En effet, mais cela se voit peu sur la scène publique. Les dissidents de Noël n’apparaissent pas vraiment. Toutefois il y a aujourd’hui un réel problème dans les pays occidentaux, en ce que dans certains endroits, la présence de crèches a été jugée insupportable, eu égard à un certain esprit de laïcité, comme par exemple la crèche des Champs-Elysées, pour le marché de Noël, qui a été très contestée. L’identité religieuse de Noël peut poser des problèmes.

Quant aux témoins de Jéhovah, ils renvoient à un univers très particulier. Ils ont une théologie ou idéologie particulière. Ils ne fêtent pas, par exemple, la fête des mères. Ils ont cette volonté de se démarquer des autres rites. Ils ont vraiment une mentalité et une symbolique propre.

 

Tout le monde fête Noël, mais beaucoup sans raison particulière, sans croyance quelconque ?

Le problème est de savoir ce qui demeure en France comme référence à l’évènement, la naissance de Jésus. Il existe en effet un effacement de certains signes. L’un des plus flagrants est le fait que TF1 a arrêté, il y a deux ou trois ans, de retransmettre la messe de minuit. Ils ont parfois même remplacé cela par une soi-disant émission humoristique épouvantablement vaseuse. Voilà un symbole de la volonté de sécularisation de la fête de Noël. On célèbre un évènement sans se référer à la fête chrétienne.

 

A quoi est dû le délaissement progressif de cette référence ?

A plusieurs facteurs, au premier rang desquels la sécularisation des sociétés européennes, qui implique d’effacer les signes-mêmes du christianisme de la vie sociale. Cela s’explique aussi par la prépondérance de la consommation et de la logique marchande par rapport au religieux.

Je ne sais pas quels sont les motifs exacts qui ont poussé les dirigeants de TF1 à déprogrammer la retransmission de la messe de minuit, peut-être est-ce sur le seul critère de l’audimat… ?

 

Pensez-vous que certains, en France, ne fêtent pas Noël par anti-conviction religieuse, des athées farouchement opposés à toute idée de la pratique religieuse ?

C’est possible, mais on ne peut citer de signes avérés de cette abstention. Autrefois des anticléricaux convaincus virulents, organisaient des banquets le jour du vendredi saint, pour marquer leur désaveu et leur profonde opposition au Christianisme, en se moquant du moment le plus fort de la Semaine sainte catholique. C’était délibéré. Mais je ne connais pas d’exemple analogue en ce qui concerne Noël.

 

Peut-on être un fervent pratiquant d’une autre religion est fêter Noël ? N’est-ce-pas contradictoire avec les principes des autres religions ?

Il est évident que Noël est une fête chrétienne. Le Judaïsme n’ayant pas reconnu Jésus comme le Messie, il est logique qu’ils ne fêtent pas Noël.

De plus on ne doit pas oublier que Noël, c’est aussi la christianisation d’une fête qui était païenne, le solstice, la fête de la lumière. Ce sont les chrétiens qui l’ont baptisée. Nulle mention n’est faite, dans l’Evangile, d’une date précise pour la naissance de Jésus. Cette date a été choisie arbitrairement, en raison du solstice d’hiver.

Toutefois, les musulmans reconnaissent Jésus comme un prophète et ont également une vénération pour Marie. A priori il n’y a pas d’opposition sur ce terrain-là. Ceci dit les fêtes sont des moments de la vie sociale, partagés par tous les chrétiens, mais également par la majorité de la population, dans la mesure où ce sont des évènements sociaux. 

 

Propos recueillis par Romain de Lacoste

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