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"La marge de manœuvre pour réformer le système de retraite est plus importante qu’auparavant mais elle n’est pas illimitée."
"La marge de manœuvre pour réformer le système de retraite est plus importante qu’auparavant mais elle n’est pas illimitée."
©Reuters

Un parcours semé d’embûches

Quels sont les obstacles que la majorité va encore trouver sur sa route avant les municipales ?

Même en prenant soin d'étaler les réformes difficiles pour éviter une accumulation des mécontentements de la population, la fin de l’année 2013 et le début de l'année 2014 s’annoncent explosifs.

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po. Son dernier livre, Islamopsychose, est paru aux éditions Fayard. 

Pour en savoir plus, visitez son site Internet : thomas-guenole.fr

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Atlantico : Quels sont les "bombes" et les obstacles qui attendent la majorité présidentielle avant les municipales de mars 2014 ?

Thomas Guénolé : Tout d’abord, la réforme des retraites génère nécessairement des conséquences impopulaires pour le gouvernement qui s'y attaque. Néanmoins, le gouvernement  dispose d'une marge de manœuvre car la population française est bien consciente que des sacrifices sont indispensables dans un contexte de crise et de surendettement. Cette marge de manœuvre pour réformer le système de retraite est plus importante qu’auparavant mais elle n’est pas illimitée. François Hollande doit trouver le point d’équilibre entre la non réforme des retraites du Premier ministre Lionel Jospin qui s’était refusé à traiter le problème et à l’autre extrême, la méthode d’Alain Juppé, qui, lorsqu’il était Premier ministre a consisté à ouvrir tous les fronts conflictuels en même temps ce qui a mis les Français dans la rue.

Ensuite, la question de l’augmentation de la TVA, ce choix fait chuter la popularité du gouvernement lorsqu’elle est annoncée mais pas quand elle est mise en œuvre. Cette mesure est psychologiquement anxiogène mais en pratique l’augmentation des prix n’est pas importante. A propos de la réforme de la dépendance, la grande difficulté est de trouver des financements. Le gouvernement a déjà atteint le seuil de prélèvements obligatoires maximum et n’a donc aucune marge de manœuvre financière sur ce point.

Le problème le plus grave pour François Hollande et sa majorité, et qui sera déterminant pour la suite est le front du chômage. Par rapport à l’enjeu du chômage, tout autre dossier est parfaitement secondaire pour les Français. C’est le facteur clé et le plus grand danger pour le Chef de l’Etat car le chômage est un dossier politiquement crucial. Si François Hollande obtient de mauvais résultats persistant sur le front du chômage, la majorité sera en difficulté croissante quelles que soient les réussites qu’il obtiendrait par ailleurs. Il y a un effet de propagation du climat négatif lorsque le chômage se répand qui l’emporte sur toute autre considération dans l’esprit des Français.

La majorité présidentielle est-elle assez confortable pour mener à bien toutes ses réformes ? La majorité présidentielle risque-t-elle une implosion avant les municipales de 2014 ?

Thomas Guénolé : Il y a un danger interne dans la majorité tantôt latent tantôt explicite entre la ligne social-démocrate qu’incarne François Hollande et la ligne socialiste représentée par exemple par Arnaud Montebourg. On observe qu'il y a une cohabitation à l’intérieur du PS. Sur chaque sujet difficile ces deux lignes sont en conflits. Néanmoins, ce qui fait le ciment de la majorité sont les intérêts électoraux des hommes politiques qui la composent. Ceux-ci ont trop à perdre à l’éclatement ce qui explique pourquoi le Parti socialiste a tenu depuis longtemps malgré des motifs réels de division. Car la clé de la discipline dans les rangs de la majorité socialiste est le chantage à l’investiture électorale. Mais dans des circonstances extraordinaires,  les désaccords sur la ligne politique s’aggravent. Cela a déjà commencé sur la question de la relation franco-allemande. Ces situations extraordinairement  négatives peuvent pousser, en dépit  du risque électoral, des frondeurs tenant de la ligne socialiste à franchir le Rubicon et rompre avec le PS. Dans ce cas la majorité socialiste-écologiste éclaterait aussitôt. Sauf dégradation de la situation, ce risque n’est pas plausible avant les élections municipales de 2014 et les plans de carrière des parlementaires concernés l’emporteront sur la cohérence de leurs actes avec leurs opinions

Le Front de gauche peut-il poser un problème à la majorité ?

Thomas Guénolé : Le Front de gauche ne fait pas partie de la majorité. C’est très clair pour François Hollande et pour Jean-Luc Mélenchon. La stratégie du Front de gauche est parfaitement assumée : être l’alternative socialiste à l’échec supposé de la ligne social-démocrate de François Hollande. Le modèle étant la gauche socialiste grecque qui a dépassé la gauche social-démocrate.

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