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Quand les hommes politiques torturent la langue française
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Bonnes feuilles

Quand les hommes politiques torturent la langue française

Barbarismes, pléonasmes, anglicismes, pataquès et liaisons classées X foncent en escadrille sur notre belle langue française. Hommes politiques, journalistes, animateurs, sportifs... ils se sont donné le mot pour procéder à une entreprise de destruction massive ! Extrait de "Langue française : arrêtez le massacre !" de Jean Maillet, aux éditions de L'Opportun 1/2

Jean Maillet

Jean Maillet

Grammairien et lexicographe passionné, Jean Maillet est l’auteur de plusieurs livres sur la langue française dont Donner de la confiture aux cochons et Langue française : arrêtez le massacre ! aux Éditions de l’Opportun.

 

 

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Voici, en guise de bouquet final une sélection de onze « joyaux » glanés çà et là, sur nos ondes hertziennes. Saurez-vous identifier leurs auteurs ?

« Les factures sont soumis, naturellement, au président ou au secrétaire général, bien entendu. » (1)

Quand on se soumet aux règles d’accord du participe passé, on doit dire « les factures sont soumises », bien entendu.

« Il a fallu qu’avec madame Merkel nous rattraprions tout ce qui n’avait pas été fait. » (2)

Mrais nron ! Le verbre « rattraprer » n’existre pras !

« Les téléspectateurs peuvent parfois se demander pourquoi finalement l’avenir d’Alstom est-il si important, si politique, si symbolique. » (3)

Même lors d’un direct, il faut savoir distinguer formes interrogatives directe et indirecte.

« Les navires français vont pouvoir embarquer à bord des gardes armés privés pour lutter contre la piraterie. » (4)

Définition d’« embarquer » : « (faire) monter à bord » ; mais l’auteur du pléonasme ne s’est pas fait débarquer pour si peu.

« Il y a une différence entre le juge du siège et il y a une différence entre le parquet qui exécute une politique pénale voulue par le législateur. » (5)

Quelle différence y a-t-il entre un corbeau ? Aucune ! Il a deux pattes égales à l’exception de la gauche qui est plus égale que la droite.

« Péchiney est sacrifié sur l’aune de la société postindustrielle. » (6)

Quand la langue française est sacrifiée sur l’autel de l’ignorance !

« Nicolas Sarkozy a écrit à Mario Monti pour lui assurer du soutien de la France. » (7)

Mais pas de la syntaxe française !

« On est dans un pays qui, à juste titre, attend d’un chef la capacité de cheffer (chéfer ?), donc de prendre des décisions. » (8)

L’explication n’était pas inutile : connaissiez-vous le verbe « cheffer » ?

« La justice doit réaliser une autopsie du corps. » (9)

Là, la précision était inutile. Que peut-on autopsier d’autre ?

« À La Réunion, six cents pompiers sont sur le pied de grue. » (10)

Espérons qu’ils ne l’auront pas été trop longtemps ! Auraient-ils préféré « faire le pied de guerre » ?

Et, pour terminer en apothéose, une citation dont l’exceptionnel caractère amphigourique a parfaitement mérité les honneurs de la presse écrite (Le Monde, L’Express, Le Nouvel Observateur, le Journal du Dimanche, Médiapart, etc.) :

« [… ] on s’demande c’est à quoi ça leur a servi toutes ces années pour avoir autant de mauvais sens. » (11)

Tant d’années (sans E.N.A. !) pour ainsi s’exprimer en dépit du bon sens !

a) Guillaume Peltier, vice-président de l’U.M.P. dans Mots croisés (France 2) du 4 novembre 2013. 

b) Patrick Devedjian, député U.M.P. et président du Conseil général des Hauts-de-Seine dans Mots croisés (France 2) du 26 mai 2014. 

c) Jean-Louis Levet, économiste et essayiste dans le Grand Soir 3 (France 3) du 30 avril 2014. 

d) Éric Ciotti, député U.M.P. et président du Conseil général des Alpes-Maritimes, dans Mots croisés (France 2) du 17 mars 2014. 

e) I>Télé, le 16 novembre 2011 (inscription en bas d’écran). 

f) Louis Laforge dans le Grand Soir 3 (France 3) du 30 avril 2014. 

g) France Info, le 30 octobre 2011. 

h) Carole Gaessler, 19/20 (France 3) du 15 mai 2014. 

i) David Pujadas, 20h (France 2) du 3 décembre 2013. 

j) Nicolas Sarkozy, interview télévisée du 27 octobre 2011. 

k) Nicolas Sarkozy, discours du 17 mars 2009 à l’usine Alstom d’Ornans. 

Réponses : 1.b) - 2.j) - 3.f) - 4.i) - 5.d) - 6.c) - 7.e) - 8.a) - 9.h) - 10.g) - 11. k).

Extrait de "Langue française : Arrêtez le massacre !", de Jean Maillet, aux éditions de L'Opportun, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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