Quand le Maroc vante les mérites de l'auto-entreprenariat<!-- --> | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Quand le Maroc vante les mérites de l'auto-entreprenariat
©

Bons conseils

Alors que le gouvernement Ayrault a décidé de revenir sur le statut d'auto-entrepreneur, le Maroc, lui, encourage des milliers de jeunes touchés par le chômage à lancer leur propre activité.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

Voir la bio »

Près de deux ans après le déclenchement du printemps arabe, la priorité économique des gouvernements des pays dits "en transition" (Egypte, Tunisie, Libye, mais aussi Maroc et Jordanie qui ont entrepris des réformes accélérées) est simple : créer des emplois pour une jeunesse turbulente et massivement prisonnière de la trappe à chômage (25% des 15-24 ans en moyenne – chiffres FMI). Les pays du G8, associés dans le "Partenariat de Deauville" et conduits par les Etats-Unis qui en assurent cette année la présidence tournante, concentrent donc leur soutien sur le développement des PME, le secteur le plus à même de créer des emplois locaux et d’assurer la stabilité sociale.

J’ai assisté la semaine dernière à Londres à une de ces conférences du G8 où les pays arabes présentaient leurs plans de développement des PME. Quelle surprise, pour un Français éduqué dans l’amour de la régulation et la défiance du capital, d’entendre nos amis arabes vanter les business angels et les fonds de Private equity, attaquer la paperasse qui étrangle les entrepreneurs et favorise le travail au noir, prôner un marché  plus efficace et des investissements plus productifs !

Le choc fut total lorsque la déléguée marocaine se mit à exposer les succès del’auto-entreprenariat en France, et la volonté de son gouvernement de s’en inspirer pour encourager des dizaines de milliers de jeunes à lancer leur propre activité. Il paraît donc qu’en France, près d’un million de personnes ont eu recours à ce statut mis au point en 2008 ; que les procédures d’enregistrement et d’imposition sont d’une simplicité extrême ; que de nombreux chômeurs reviennent par ce biais dans le marché de l’emploi ; et qu’entre 30 000 et 60 000 auto-entreprises sont créées chaque mois, à un rythme continu. 

Les socialistes m’avaient pourtant expliqué que l’auto-entreprenariat était une machine infernale mise au point par l’ultralibéral Hervé Novelli, et contraire à tous les principes de la justice sociale. J’avais entendu François Hollande, candidat à la présidence, déclarer qu’il "reviendrait sur le statut de l’auto-entrepreneur" en réclamant "un contrôle plus grand". J’avais été définitivement convaincu par Jean-Marc Ayrault dénonçant des "situations de concurrence illégitime" (mais toute concurrence n’est-elle pas illégitime pour un socialiste ?) et annonçant la nécessaire complexification du dispositif (et quelques taxes en plus). J’avais été entièrement conforté par le récent projet de loi présenté par des parlementaires de tous bords, y compris mes propres amis de l’UMP (bravo à Lionnel Luca, Julien Aubert et bien d’autres), limitant le régime de l’auto-entrepreneur à une durée de 18 mois, période où bout de laquelle la liberté devient vraiment intolérable. Tous ceux qui seront exclus du statut de l’auto-entrepreneur pourront sans doute postuler pour des emplois aidés, une manière bien plus digne de participer à l’effort économique collectif.

Et voilà que les Marocains eux-mêmes, qu’on ne peut soupçonner d’être exagérément libéraux, viennent bouleverser mes convictions en faisant l’éloge de l’esprit d’entreprise, du travail libre et de la simplification administrative ! Serait-ce le démoniaque Sarkozy lui-même qui, au cours de ses nombreux séjours à l’invitation de Mohammed VI, aurait instillé dans le royaume chérifien les principes nocifs de l’entreprenariat ? Ou doit-on supposer que les Marocains, soucieux avant tout de développer leur économie, soient assez pragmatiques pour copier les mesures qui ont fait leur preuve dans les pays du Nord ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !