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Quand la fronde de militants contre les statuts de La République en Marche prouve que le mouvement présidentiel ne répond pas mieux à Ia crise politique que les "vieux partis"
©Gilles BASSIGNAC / AFP

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Quand la fronde de militants contre les statuts de La République en Marche prouve que le mouvement présidentiel ne répond pas mieux à Ia crise politique que les "vieux partis"

Toute démocratie représentative a besoin de partis politiques en état de fonctionner. Si les partis du "vieux monde" ne semblaient pas aptes à répondre à la crise politique du pays, le mouvement présidentiel connaît également des difficultés.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Atlantico : La fronde des militants LREM n'est-elle pas la preuve que la contestation des partis du "vieux monde" était absurde ?

 

David Valence : Quoi de plus classique en effet que la contestation des statuts ou de l'action des dirigeants d'un Parti politique par une fraction de ses adhérents? Le Parti socialiste, les Républicains, l'UDI ont connu de telles frondes par le passé. 

Est-ce pour autant la preuve irréfutable que La République en Marche est devenue un Parti "comme les autres"? Il est sans doute trop tôt pour répondre. 

Les soutiens d'Emmanuel Macron vont vivre ces prochains mois une véritable épreuve de vérité. 

Au cœur de la promesse de LREM, il y a le refus d'une rationalité qui soit propre à la politique : des règles, des codes, une langue, des savoir-faire, des itinéraires propres. Machiavel, à les entendre, est bon à jeter au panier. 

Beaucoup des parlementaires de la majorité pensent en effet que la vie publique doit simplement se plier aux règles et aux valeurs de l'entreprise pour être plus efficace. Qu'elle doit être un simplement reflet de la société. 

Mais la politique risque de se rebiffer! 

 

On a cru que les primaires ou autres mouvements participatifs tel qu'En Marche, pourraient remettre les vieux partis dans un cercle vertueux, mais est-ce vraiment le cas?

Le modèle de la démocratie représentative a été profondément remis en question ces dernières années, du Brésil à la Grande-Bretagne, des Etats-Unis à l'Espagne. 

Les formes de contestation et les solutions sont différentes, mais il est frappant de voir que l'Espagne a connu une onde de choc comparable à la nôtre il y a peu de temps, avec l'émergence du mouvement Podemos, l'équivalent du mélenchonisme, d'une part, et de Ciudadanos, une formation se présentant centriste, d'autre part. 

À cet égard, on pourrait d'ailleurs écrire de façon provocatrice qu'Emmanuel Macron, qu'on présente comme centriste mais qui est très éloigné sur le fond de cette sensibilité politique, est un Albert Rivera qui a réussi! 

Au-delà des slogans, de la réintroduction possiblement féconde mais marginale d'usages issus de la Grèce antique, comme le tirage au sort, peut-on dire de ces mouvements ou de ces contestations qu'ils permettent de dépasser le modèle de la démocratie représentative? Je ne le crois pas. 

 

La philosophie politique ne nous a pas encore proposé de modèle de régulation des intérêts et d'organisation de la vie de la Cité qui tienne compte de l'élévation globale du niveau d'éducation et de la capacité de chacun à s'informer rapidement. 

 
Les nouveaux partis qui émergent sur la contestation des anciens apparaissent, à ce stade, plus comme des symptômes que comme des solutions. 
 

En Marche apparaît finalement comme un parti essentiellement vertical, voué à soutenir un homme et sa vision à lui sans réelle négociations avec les militants ou les Français. Emmanuel Macron n'est-il pas en train de se heurter exactement aux mêmes difficultés que ses prédécesseurs?

Je le répète : Emmanuel Macron incarne pour beaucoup le rejet de "la politique" au profit d'une vision technicienne de l'exercice de l'autorité et de la prise de décision : il existerait des hommes et des femmes qui sauraient ce qui est bon pour le Pays ; il suffirait de leur faire confiance. 

Cette évaluation en termes de compétences techniques s'est retrouvée au cœur de la formation du gouvernement. 

 

L'espace d'une brève et baroque campagne électorale, cette conception très technicienne, qui s'accommode mal du débat public, a pu faire croire à sa compatibilité avec une sorte de spontanéisme politique, de renouveau démocratique, de "chacun aura sa chance d'exercer des mandats et des responsabilités". 

Les statuts de La République En Marche révèlent au contraire que dans le temps long de l'exercice du pouvoir, c'est bien la conception technicienne qui pourrait l'emporter sur les aspirations à une démocratie plus participative. 

 

Une masse de militants de bonne volonté, venus d'horizons très divers, qui attendent tout d'une sorte de super-DRH chargé de désigner arbitrairement parmi eux "ceux qui savent, ceux qui peuvent" : tel est sans doute le modèle à l'œuvre dans ce Parti qui restera atypique malgré tout. 

 

Ce n'est plus tout à fait la politique de papa, mais ce n'est pas non plus la politique de demain!

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