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Quand François Hollande voulait aider Macron pour mieux le contenir
©PATRICK KOVARIK / POOL / AFP

Bonnes feuilles

Quand François Hollande voulait aider Macron pour mieux le contenir

Avec un sens savoureux de la formule, Françoise Degois dresse un portrait inédit, aussi truculent qu’attachant, du « président normal chez qui il n’y a rien de normal ». Fine connaisseuse des arcanes du pouvoir, elle nous fait vivre jour après jour les coulisses de la campagne présidentielle la plus inattendue de la Ve République. Extrait de "Il faut imaginer Sisyphe heureux - Les cents derniers jours de François Hollande" de Françoise Degois aux Editions de L'Observatoire (2/2).

Françoise  Degois

Françoise Degois

Françoise Degois est une journaliste et une conseillère politique française. Elle est également l’auteur de Quelle histoire ! Ségolène Royal et François Hollande (Plon) et Femme debout (Denoël).

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Dimanche 7 mai 2017, 22 h 30

Il ne peut s’empêcher de sourire. Un sourire ironique. Incrédule et bluffé par ce qu’il voit sur l’écran de sa télévision. Emmanuel Macron traversant la cour du Louvre, seul, en manteau. Un mélange de Mitterrand au Panthéon et de Barack Obama. En tout cas, pour l’intention. Dans ce qui symbolise la fin des années Mitterrand. Ces grands travaux. Cette pyramide. Un son et lumière réglé comme du papier à musique.

Loin de la liesse débridée de sa victoire à lui, place de la Bastille, en 2012.

Tout est tiré à quatre épingles. Les drapeaux flottent, agités par des milliers de bras. Les images sont superbes. Mais, il y a ce je-ne-sais-quoi… Sentiment étrange d’un déjà président, cadré quasiment dans l’intérieur de la pyramide.

Quelques mots pour les abstentionnistes. Quelques mots pour ceux qui n’ont pas voté pour lui par adhésion. Le gros des troupes. Quelques mots pour les électeurs du FN.

« C’est bien fait », pense François Hollande.

Sur le plan des images, oui. Sur le plan du message, cette marche dans la cour du Louvre laisse pantois. Peut-elle parler à la France qui va mal ? Peut-elle réconcilier toutes ces France ? Sentiment étrange. D’une victoire sans liesse, sans klaxons. Sans ferveur. La victoire d’un enfant gâté qui se prend déjà pour un prince.

Ce soir, il a fait passer le message à tous les caciques et les amis : « Il faut aider Emmanuel. » Comprendre : le couvrir de louanges socialistes. Ce que font Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem ou encore Julien Dray ou Stéphane Le Foll sur tous les plateaux. Aider Emmanuel. Le ficeler. Ne pas donner le sentiment d’aigreur. L’aider pour mieux le contenir.

Il a apprécié l’hommage que lui a rendu le tout neuf président. « Je remercie François Hollande. » Il goûte cet hommage. Car il goûte tous les hommages depuis son renoncement. Une boulimie narcissique. Tout ce qui peut rehausser son quinquennat dans ces derniers jours.

Il regarde son bureau. Son lieu de vie. Ne ressent aucun déchirement. Aucune angoisse de séparation. Il est déjà ailleurs. Dans sa nouvelle vie, son nouvel espace, ses nouvelles stratégies. Il sourit… et pense, si ce n’est à sa revanche, au moins à son retour.

La veille, il a dit malicieusement au fidèle des fidèles, le Toulousain Kader Arif : « Dis-moi si vous avez besoin que je vienne pour les législatives. Demande aux copains. Ce sera avec plaisir. »

Battre à nouveau la campagne. Pour d’autres que pour lui-même. Son éclipse personnelle aura duré à peine quelques semaines.

Déjà relevé. Déjà redressé. Pour ces jours moins heureux où le jeune roi sera nu.

Il sait ces jours inévitables.

Extrait de "Il faut imaginer Sisyphe heureux - Les cents derniers jours de Francois Hollande" de Françoise Degois aux Editions de L'Observatoire (2/2).

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