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François Hollande a chaussé les bottes de la droite lors de ses voeux.
François Hollande a chaussé les bottes de la droite lors de ses voeux.
©Reuters

Éditorial

Quand François Hollande chausse les bottes de la droite… pour mieux l'étouffer

Les vœux aux corps constitués du président de la République auraient pu être prononcés par Nicolas Sarkozy, selon plusieurs ténors socialistes.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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C’est donc l’événement de ce début d’année à en croire certains médias. François Hollande a engagé sa conversion et s’apprête à prendre à bras le corps les dossiers des réformes qui attendent devant la porte depuis le début du quinquennat. Il est vrai que le ton du discours a changé. Celui des vœux aux corps constitués aurait pu être prononcé par Nicolas Sarkozy, notent plusieurs ténors socialistes. Il est vrai que les mots sont très forts, aux antipodes des propos tenus lors de la campagne présidentielle. Le chef de l’Etat dénonce un Etat trop lourd, trop lent, trop cher devant ses représentants les plus authentiques. Il fustige une organisation de plus en plus mystérieuse qui conduit à un enchevêtrement indéchiffrable. La sécurité sociale n’échappe pas à ses critiques : il en dénonce les abus et les excès. A l’inverse, il se met à cajoler les entreprises. Il fait « ami-ami » avec le président du Medef, Pierre Gattaz, qui se dit prêt à jouer le jeu d’un pacte commun. Il ravit les promoteurs immobiliers en annonçant une réduction drastiques des délais d’attribution des permis de construire. Un patron emblématique, Guillaume Poitrinal, va être chargé de piloter le grand chantier des simplifications administratives qui empoisonnent la vie des entreprises et génèrent une ardoise de 60 milliards selon l’OCDE. Enfin, il affiche son intention de recourir aux ordonnances, qui font tant peur à la gauche.

Le président connaît-il son chemin de Damas, ou s’agit-il d’une nouvelle manipulation politique dans laquelle il est passé maître ?

En réalité, François Hollande a pris conscience de la nécessité de reprendre l’initiative alors que l’année s’annonce sous les plus mauvais auspices sur le plan économique. Tous les indicateurs sont à l’arrêt, alors qu’ils se redressent chez nos voisins. Le président de la Cour des Comptes vient de le tancer sur l’insuffisance de la lutte contre un endettement qui a atteint la cote d’alerte et aggrave sérieusement la charge pour les générations futures. La France apparaît comme l’homme malade dans la presse étrangère, qui relève que le parapluie allemand dont elle a bien profité, pourrait bien lui être retiré, la présence des socialistes au gouvernement de Bonn étant plutôt un mauvais signe : ces derniers risquent de se montrer moins indulgents vis-à-vis de leurs collègues français que les députés chrétiens démocrates.

De plus, des rumeurs font état de la possibilité pour une agence de notation financière de dégrader à nouveau la France, ce qui relancerait l’inquiétude des marchés. Déjà on constate que les actions en Bourse sont moins recherchées à Paris que celles de nos voisins allemands ou d’Europe du nord.

Pour François Hollande, il y a donc urgence de lancer un contre-feu face au scepticisme général. Marcher sur les plates-bandes du camp d’en face ne gêne nullement celui qui est habitué à réagir au cas par cas, faute d’avoir jamais eu un cap ou un plan d’ensemble. En l’occurrence, il y voit un double avantage : tétanisée par la crainte d’une déroute aux municipales, sa majorité est littéralement muselée et renoncera à toute rébellion par crainte d’aggraver sa situation électorale. En revanche, l’opposition peut avoir l’impression de se sentir piégée et d’être obligée d’apporter son soutien à certaines mesures annoncées sous peine de se désavouer elle-même.

François Hollande doit préciser dans quelques jours ses véritables intentions. On saura alors s’il s’agit d’un véritable changement de politique ou une fois de plus de simples palinodies pour temporiser le temps d’une élection. Pourtant, l’action ne peut plus attendre : si elle ne vient pas de nous, elle nous sera rapidement imposée de l’extérieur sans nous laisser de choix.                                                   

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