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Quand Balavoine avouait : "Je n’ai jamais eu envie de faire de la musique"
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Bonnes feuilles

Quand Balavoine avouait : "Je n’ai jamais eu envie de faire de la musique"

Porte-parole de toute une jeunesse, Daniel Balavoine est un symbole de la variété française des années 1980. Le rêve de ce rebelle au grand cœur s'est achevé brutalement à l'âge de 33 ans, le 14 janvier 1986, lors d'un funeste Paris-Dakar. Trente ans après la mort du chanteur, Fabien Lecœuvre raconte sa carrière et livre les secrets confiés par Balavoine lors d'une interview réalisée en 1978 et restée inédite. À la pointe de tous les combats, celui qui affirmait, vingt-six jours avant le drame : "Il est toujours trop tôt pour mourir", est entré dans la légende. Extrait de "Balavoine - La véritable histoire" de Fabien Lecœuvre, aux éditions du Rocher 1/2

Fabien  Lecœuvre

Fabien Lecœuvre

Fabien Lecœuvre, spécialiste de la chanson française est depuis neuf ans aux cotés de Patrick Sébastien dans Les années bonheur sur France 2. Il anime également tous les dimanches à partir de 13h30 Les grands destins de la chanson sur France Bleu. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages sur la chanson française dont il connaît tous les secrets.

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Il est très excité à l’idée de partir et d’aider des peuples dans le besoin. Il est heureux de me rencontrer et de tester auprès de moi ses nouvelles histoires drôles. Il m’interroge sur mon métier, sur les artistes que je représente, il veut connaître les derniers potins et s’impatiente de rentrer sur Paris. Suite à un avion manqué en fin de journée, nous sommes dans l’obligation de rejoindre Paris en train. Ainsi pendant plus de trois heures, nous voyageons ensemble, nous nous racontons des anecdotes et une fois de plus, Balavoine me récite sa vie :

Tu sais, depuis toujours, j’ai la sensation de devoir la vie à mon petit frère mort à quinze mois. Il était le sixième. S’il avait survécu, je ne serais jamais né, mes parents ne voulaient pas sept enfants… Je ne crois pas en Dieu, et je ne crois pas aux astres mais je crois à quelque chose de parfait. Je n’ai jamais eu envie de faire de la musique, je voulais étudier le droit et les sciences politiques. Si je me suis orienté vers la chanson, c’est par paresse. Les études longues m’ont fait peur. Aujourd’hui, je ne me considère pas comme un auteur-compositeur-interprète. Je me considère réellement comme un musicien chanteur. Aucun chanteur ne peut prétendre faire tout lui-même. C’est souvent un travail d’ équipe. J’ai gardé une manie de mes débuts, je découpe tous les articles qui parlent de moi ! Je suis certainement l’une des rares personnes qui n’a pas envie de voyager, j’aime rester chez moi sans rien faire. Je peux rester au lit pendant deux jours sans pour cela m’ennuyer. Lorsque j’ étais jeune et chanteur débutant, je rêvais de posséder une Ferrari 408 GTB, non par luxe mais par amour des voitures et de la vitesse… J’ai un toc dans la vie, c’est l’ impression d’avoir toujours oublié quelque chose. En voiture aussi, j’additionne systématiquement les numéros des plaques minéralogiques des véhicules devant moi ! Lorsque je suis dans un taxi, je vérifie au moins trois fois si j’ai bien mes clés, mes papiers, mon porte-monnaie. Je préfère lire dans un journal les mauvaises critiques que les bonnes. Elles sont souvent plus drôles !

Dans la vie, je ne suis pas apolitique mais anti-politique. Je suis contre et pour tout le monde en même temps. Ma vie est à droite mais mon coeur penche à gauche. Je suis bizarre, tu ne trouves pas ? Moi qui voulais, jusqu’ à l’ âge de dix-huit ans, embrasser une carrière de député car la politique m’amusait et surtout je voulais refaire le monde. Dans la vie, j’adore faire des gags à mes copains et je bois beaucoup de bière avec eux. Ma préférée est celle que l’on trouve en Belgique, la trappiste. Hélas, je ne suis pas sportif, le seul sport que j’aime est le surf que j’adore regarder à la télé. J’ai dû faire du sport dans ma vie, lorsque je me préparais physiquement au spectacle de Starmania. J’avais besoin de faire de la scène, j’avais besoin de cet oxygène. Michel Berger m’avait inscrit à un club de gym pour perdre du poids. J’oubliais une fois sur deux d’y aller ! Et puis, comme tous les gens du Sud-Ouest, j’adore manger. Quand je suis à la maison et comme je suis un maniaque de mes disques, je les nettoie sans arrêt. Chaque album est rangé dans trois pochettes.

Tu savais qu’avant de monter à Paris, pendant un an, j’ai chanté à la Maison de la Culture de Pau ? et que je passe généralement toutes mes vacances d’ été à Biarritz sur la Côte basque ? En tout cas, dans la musique, moi qui suis d’une timidité maladive, j’aimerais arriver à la perfection de Genesis ou de Supertramp. Pour moi, je suis amoureux de la France et de la langue française. Il est temps que le français soit une langue qui s’assume dans la chanson. Comme je souffre d’ insomnie, c’est la nuit que je compose la plupart de mes chansons. En musique, je ne crois pas au génie méconnu et tu sais, j’aurais adoré écrire des chansons pour Édith Piaf. Pour moi, si Prokofiev et Stravinsky n’avaient pas existé, la musique classique ne serait pas ce qu’elle est. N’en déplaise à certains ! Je crois que mon meilleur souvenir dans la vie reste le jour où Michel Berger m’a proposé d’interpréter le rôle de Johnny Rockfort dans Starmania. Est-ce que tu sais que j’ai vu sept fois Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Eh bien pour être très franc avec toi, j’irais bien le revoir encore une fois ! Pour ton info, j’ai commencé à écrire un roman.

L’histoire est basée sur un fait-divers. Je ne t’en dirai pas plus pour l’ instant. En attendant, je relis régulièrement Le procès de Kafka. Cet écrivain me fascine et m’angoisse. Je te l’ai déjà dit, je suis hanté par la peur de la mort, ça m’empêche souvent de dormir ! En tout cas, je suis partant pour un voyage sur Vénus et j’espère vivre jusqu’ à cent ans !

Puis, à notre arrivé gare de Lyon à Paris, un peu avant minuit, il me montra le cendrier en verre qu’il avait au fond de la poche de son grand imperméable. Un objet gagné à l’âge de cinq ans dans un concours de twist et qu’il gardait sur lui comme un trophée, un porte-bonheur… Le rire encore aux lèvres, on s’embrassa en se promettant de dîner un soir ensemble ! Hélas, c’était la dernière fois que je le voyais.

Extrait de "Balavoine - La véritable histoire" de Fabien Lecœuvre, publié aux éditions du Rocher, 2016.  Pour acheter ce livre, cliquez ici

 

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