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Punk is really dead : comment la révolte a cessé de produire de la créativité culturelle
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Les Béruriers sont-ils encore les rois ?

Punk is really dead : comment la révolte a cessé de produire de la créativité culturelle

L'exposition Europunk, organisée jusqu'au 19 janvier à la Cité de la Musique à Paris, présente ce mouvement radical et chaotique qui a sévi dans les années 70 dans plusieurs pays. Un mouvement artistique aujourd'hui sans équivalent.

Nicolas Chapelle

Nicolas Chapelle

Nicolas Chapelle est journaliste pour Les Inrockuptibles et Noise Mag, le magazine des musiques modernes.

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Atlantico : Is punk dead? Cheveux rouges, piercings et slogans anti-consuméristes ont toujours la cote. Pour preuve,  après la Suisse et la Belgique, l’exposition Europunk, exclusivement dédiée au mouvement punk, s’installe à la Cité de la Musique de Paris. Le punk est-il toujours à la mode ? Conserve-t-il au moins une influence ?

Nicolas Chapelle : Il faut d'abord s'entendre sur ce que l'on met derrière le mot "punk" : la musique, l'esthétique, le mode de production, le discours... Les cheveux rouges et les piercings n'ont effectivement pas disparu, malheureusement. Les discours anti-consuméristes appartiennent plus au mouvement hippie qu'au punk. Le bloc idéologique punk est très peu structuré et se construit plus dans l'opposition que dans la proposition. La musique est toujours là et bénéficie cycliquement d'un regain d'intérêt ; depuis deux ans, par exemple, une scène est dédiée au punk et au hardcore au festival Hellfest. Cette année, c'est même la scène qui a le plus pris d'ampleur par rapport aux années précédentes.

Mais l'héritage du punk est à chercher ailleurs que dans les accessoires ou la reproduction de riffs basiques à 150 bpm. Le véritable apport du punk est à trouver dans le contournement des structures classiques de production et de diffusion, le DIY (Do It Yourself). À la faveur de la démocratisation des outils basiques d'enregistrement, et de la possibilité de poster sa musique directement sur internet, et donc en se passant d'une maison de disque, d'un producteur, et des radios, ce modèle s'est aujourd'hui répandu. Des gens comme Burial, un Dj dubstep anglais, se font aujourd'hui connaître comme ça. Mieux : ils sont relayés par des webzines, héritiers de fanzines punks. C'est à dire des structures autogérées, qui fonctionnent sur le volontariat et le bénévolat.

Le punk, qui à l’origine est un mouvement de révolte plus politique qu’artistique, a-t-il son équivalent au 21e siècle ? Quelles formes la révolte juvénile prend-elle de nos jours ? Sont-elles productives culturellement ?

Je ne vois pas bien ce qui vous permet de dire que le mouvement punk est d'abord un mouvement de révolte politique. Si quelque chose déclenche le mouvement punk, c'est plutôt la définition de son esthétique par des stylistes qu'autre chose. En outre, en guise de révolte, il s'agit avant tout de provocation. D'abord par la musique, par l'appropriation des formes radicales de garage-rock produites aux États Unis dès la fin des années 1960, puis par un discours en opposition à tout ce qui relève de l'establishment, et enfin par une attitude vestimentaire doublée d'une posture physique outrageuse. C'est à partir de là qu'on va pouvoir qualifier le punk de mouvement, parce que ceux qui y appartiennent se reconnaissent et sont reconnaissables.

Le rap a cessé d'être contestataire dès le milieu des années 1990, le graffiti a cessé d'exister à partir du moment où on l'a rebaptisé "street art" et ou on s'est mis à le vendre en galerie, le mouvement des Free parties s'est disloqué de lui-même. Lors des manifestations lycéennes ou étudiantes, les références culturelles et symbolique restent celles de 1968 et de 1995. D'une part la  révolte ne dure pas, parce que les jeunes ne restent pas jeunes longtemps, et d'autre part, elle peine à se renouveler. Le dernier mouvement d'ampleur - moins en France qu'ailleurs- les "occupy" n'ont laissé derrière eux aucune proposition artistique, si ce n'est une récupération à la sincérité douteuse par Jay-Z.

Le discours politique du punk était très peu structuré. The Clash était un groupe proche du socialisme internationaliste guevarriste, Crass un groupe autogestionnaire, les Sex Pistols étaient plus nihilistes qu'anarchistes, et plus tard, Sham 69 ou Cockney Rejects ont distillé un discours très protectionniste qui a pu aussi attirer des sympathisants d'extrême droite... Le seul socle commun à tout ça, c'est la provocation antisystème. Le système étant vu comme à la fois l'Etat, l'armée, la religion, les médias, la famille, le capitalisme, l'école... Tout ça est très immature, et c'est ce qui en fait la beauté.

Le punk figure une période assez sombre : la fin des Trente glorieuses, la hausse du chômage, la rigueur thatchérienne… Peut-on supposer que la conjoncture actuelle constitue le terreau propice à l’émergence de nouveaux mouvements contestataires et créatifs à la fois ?

L'émergence d'un mouvement tel que le punk présuppose la possibilité de se montrer encore subversif. Ce qui semble absolument impossible dans un univers où les hommes politiques disent des gros mots et où le cynisme des responsables de la crise financière dépasse de très très haut les textes de rap les plus surjoués. Par ailleurs, à force de répéter aux gamins qu'il allait falloir être des tueurs pour réussir, ils ont probablement fini par intégrer que l'action individuelle primait sur l'action collective. Quoi qu'il en soit, il est très délicat de prévoir l'émergence d'un mouvement culturel. Je pense que si un mouvement à la fois contestataire et créatif devait émerger, le discours serait probablement plus semblable à celui qui a eu cours dans la période new wave, plus proche d'un hédonisme désespéré : "dansons toute la nuit parce que demain, nous serons tous morts". D'un point de vu formel, il est impossible de prédire à quoi il ressemblerait, les barrières stylistiques ont complètement exposé dans les musiques populaires depuis une douzaine d'années.

 Y a-t-il un âge pour s’opposer à la société ? La jeunesse a-t-elle le monopole de la contestation ?

Les deux dernières années ont vu la mort de Stéphane Hessel (95 ans), Raymond Aubrac (97 ans) et Albert Jacquard (87 ans).

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