Programme économique de la gauche : et si c’était Valls… Ou Montebourg | Atlantico.fr
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Un programme de Valls devrait faire la part belle à la réduction des impôts pour les plus modestes. Montebourg s'inscrit dans une gauche traditionnelle, allant de Jean-Pierre Chevènement à lui-même. Une gauche industrielle, avec des syndicats à l'ancienne
Un programme de Valls devrait faire la part belle à la réduction des impôts pour les plus modestes. Montebourg s'inscrit dans une gauche traditionnelle, allant de Jean-Pierre Chevènement à lui-même. Une gauche industrielle, avec des syndicats à l'ancienne
©Reuters

Vision

Programme économique de la gauche : et si c’était Valls… Ou Montebourg

Alors que Manuel Valls et Arnaud Montebourg sont aujourd'hui les alternatives les plus crédibles à une candidature de François Hollande au sein du Parti socialiste, voici à quoi pourrait bien ressembler leur programme économique pour 2017.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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Atlantico : Selon de nombreux observateurs, Manuel Valls se préparerait en coulisses à l'éventualité d'être candidat à la prochaine présidentielle si jamais François Hollande jetait l'éponge. À quoi pourrait bien ressembler sa vision et son programme économique ? Serait-ce proche de ce que l'on a vu lors de ce quinquennat Hollande ?

Philippe Crevel : Au départ, Manuel Valls se situait à la droite de François Hollande. Lors de la primaire socialiste de 2011, il se disait favorable à la TVA sociale et à l'amélioration de la compétitivité des entreprises. Sur ce terrain-là, il ne peut guère se démarquer de la deuxième partie du quinquennat Hollande, et globalement il n'est pas si éloigné que cela des candidats de droite…

Évidemment, cela le met en difficulté par rapport à la gauche et notamment la base du Parti socialiste. On a bien vu que les mots qu'il a prononcés et qui laissent entendre qu'il pourrait être candidat ont tout de suite entraîné une levée de boucliers de la part de ses collègues socialistes. Il a lui-même un positionnement un peu déporté sur la droite, et il serait donc forcé de donner des gages à la gauche pour rassurer les militants socialistes. Il ne faut pas qu'il désespère Boulogne-Billancourt, comme on disait autrefois du temps des usines Renault. La partition de Manuel Valls n'est donc pas évidente. À mon sens, un programme de Valls devrait faire la part belle à la réduction des impôts pour les plus modestes. On verrait certainement un geste sur les impôts locaux, avec par exemple une taxe d'habitation établie en fonction des revenus pour faire passer la pilule de certaines mesures plus favorables aux entreprises.

A lire également sur notre site : Ni celui de la droite, ni celui des frondeurs : voilà donc ce que devrait être le programme économique de François Hollande (pour ceux qui en voudraient encore...)

Nicolas Bouzou : Je ne pense pas que l'on verrait quelque chose de similaire à ce que l'on a vu lors de ce quinquennat, car chacun convient du fait que cela n'a pas marché. Ce quinquennat n'a – à mon sens – pas été assez libéral. Les mesures que j'ai citées précédemment (CICE, pacte de responsabilité) ont été utiles (c'est d'ailleurs grâce à elles que le chômage commence un tout petit peu à baisser), mais pas du tout à la hauteur de l'enjeu.

Le problème de la gauche, c'est qu'aujourd'hui le bon programme est grosso modo celui de la droite. Certains candidats sont plutôt radicaux (François Fillon), d'autres plus modérés (Alain Juppé). Mais entre Manuel Valls et Alain Juppé, il n'y a aucune différence économique. Ils sont tous les deux d'accord sur tout ! Idem avec Emmanuel Macron, même s'il y aurait probablement quelques différences de présentation.

Je pense que Manuel Valls est plus libéral que François Hollande. C'est son parcours. Souvenons-nous de la primaire de 2012, où son programme était plus libéral que celui de François Hollande. Une fois dit cela, Manuel Valls n'est pas un idéologue. C'est quelqu'un de très pragmatique, donc lui-même ne se reconnaîtrait pas dans cette idée de libéralisme.

Ancien ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg est, lui, candidat à la primaire de la gauche. Quelle est sa vision économique et que peut-on en déduire de son futur programme ?

Philippe Crevel : Arnaud Montebourg s'inscrit dans une gauche traditionnelle, classique, allant de Jean-Pierre Chevènement à lui-même. C'est une gauche industrielle, avec des syndicats à l'ancienne et du madein France. Cette gauche a évidemment du mal à passer le cap du pouvoir, car si l'on va jusqu'au bout il faut sortir de l'Union européenne... Même Arnaud Montebourg n'ose pas trop prononcer ce mot. C'est donc un peu compliqué pour lui dans un cadre européen, ses marges de manœuvre ne sont pas évidentes.

Au niveau fiscal, Arnaud Montebourg n'est pas opposé, infine, au CICE, car il est pour la réindustrialisation et donc l'amélioration des marges. Il veut évidemment que les aides octroyées aux entreprises soient plus liées aux créations d'emplois, donc l'attribution des avantages fiscaux serait soumise à plus de conditions. En revanche, il n'est pas forcément opposé à ce qui a été fait en tant que tel.

Sur les impôts, je pense qu'il reprendrait les thèses proches de Thomas Piketty : individualisation de la ponction de revenu, suppression du quotient familial et du quotient conjugal, etc. Autant de mesures plus "de gauche". Il pourrait d'ailleurs – et ce serait un point commun avec Manuel Valls – être favorable à la TVA sociale, sous certaines réserves.

Nicolas Bouzou : Le cas d'Arnaud Montebourg est différent. C'est un mercantiliste, à savoir quelqu'un qui pense qu'il faut soutenir les entreprises, mais par des interventions publiques et par des protections. D'où son idée du made in France. C'est complètement anti-libéral, mais Arnaud Montebourg est néanmoins quelqu'un qui veut soutenir les entreprises. C'est ce que l'on appelle le colbertisme, mais celui de Montebourg est teinté de nationalisme (critique de la mondialisation et du libre-échange). C'est donc par essence un courant très original, différent à la fois du libéralisme de la droite et de la social-démocratie à la Hollande ou à la Valls qui ne remet pas en cause, elle, la mondialisation.

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