Les enseignants sont-ils condamnés à être sous-payés ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Les enseignants sont-ils condamnés à être sous-payés ?
©

Peuvent mieux faire

Les enseignants sont-ils condamnés à être sous-payés ?

La proposition de Nicolas Sarkozy d'augmenter de 500 euros le salaire des professeurs en échange d'heures supplémentaires a suscité peu d’enthousiasme dans le corps enseignant. Par réflexe anti-sarkozyste ?

Véronique Bouzou

Véronique Bouzou

Véronique Bouzou est professeur de français.

Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'éducation dont Ces profs qu'on assassine (Jean-Claude Gawsewitch, 2009).

Voir la bio »

Dans le cadre de la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy a proposé d’augmenter le traitement des enseignants du second degré de 25%. En contrepartie, ces derniers devront accepter d’enseigner devant élèves 21 heures au lieu de 18 heures ainsi que de rester 5 heures supplémentaires dans leur établissement scolaire pour recevoir les parents et les collégiens, organiser de l’aide aux devoirs ou animer des heures de soutien. En tout 8 heures hebdomadaires de travail sur place pour une augmentation mensuelle moyenne de 500 euros nets sur leur fiche de paie.

Pour une fois qu’une proposition dans ce domaine a le mérite d’être chiffrée, il est étonnant qu’elle ait suscité si peu d’adhésion de la part d’une profession généralement considérée comme “sous-payée” au regard du niveau d’études exigé (Bac + 4/5) et de conditions de travail qui ne cessent de se dégrader au fil des années.

Faut-il y voir l’expression d’un “anti-sarkozysme” primaire très répandu dans le corps enseignant et qui fait que toute proposition émanant de  Nicolas Sarkozy est d’emblée rejetée, sans même que soit pesé le pour et le contre ? Assurément la réponse est oui : un récent sondage réalisé par l’institut INFO indique que dans l’hypothèse d’un second tour entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, 79% des enseignants auraient l’intention de voter pour le candidat socialiste. Il faut bien avouer que le rouleau compresseur syndical est passé par làet que les personnels de l’Éducation sont souvent les victimes consentantes d’une idéologie égalitariste qui a tendance à tirer les salaires vers le bas, en refusant notamment toute forme de méritocratie.

Pourtant, à y regarder de plus près, le vote en faveur de François Hollande n’est pas un vote d’adhésion. En effet, les sondés ne semblent pas du tout convaincus par sa capacité à honorer ses promesses, notamment celle de créer 60 000 postes en cinq ans : un enseignant sur deux seulement pense qu’il tiendra cet engagement. Preuve que l’anti-sarkozysme n’explique pas tout.

D’ailleurs, certains enseignants m’ont fait savoir qu’ils avaient sorti leur calculette pour analyser précisément ce qu’on leur proposait. Résultat : on aboutit à travailler plus pour gagner moins ! L’explication, c’est que beaucoup de professeurs, pour arrondir leurs fins de mois, font déjà des heures supplémentaires défiscalisées ou donnent des cours particuliers. Ce qui est plus avantageux que d’effectuer 5 heures de présence en plus, auxquelles viendront s’ajouter 3 heures de cours, qui elles-mêmes génèreront en moyenne 4 à 6 heures de travail réparties entre la préparation des cours et la correction des copies. Soit un volant mensuel de plus de 50 heures payées au SMIC horaire (pour rappel, ce dernier s’élève à 9,22 euros bruts de l’heure).


Pour susciter l’intérêt des enseignants, il faudrait trancher. Soit ils effectuent 3 heures de cours devant élèves, soit 5 heures de présence dans l’établissement scolaire. C’est à cette condition seulement, il me semble, que la mesure de Sarkozy permettrait alors réellement de revaloriser le pouvoir d’achat de tous les professeurs.

Surtout qu’en face, le candidat socialiste ne propose rien de comparable. Sur la revalorisation du salaire des enseignants, il se contente d’affirmer qu’il ouvrira une négociation, une fois élu. « Je ne veux pas donner tout de suite la réponse, ça sera avec les enseignants que nous en discuterons », avance-t-il, reconnaissant lui-même que « les marges budgétaires sont contraintes».

Et pour cause : le projet de François Hollande qui consiste à créer 60 000 postes dans l’Éducation nationale tout en supprimant la mesure du non-remplacement d’un professeur sur deux à la retraite, ne lui permettra pas de dégager suffisamment de ressources financières pour augmenter tous les profs de 25%. Il indique juste qu’il affectera les moyens pour l’Éducation en priorité pour « le primaire, les classes charnières et les zones prioritaires ». Sans même parler de sa mesure visant à supprimer les heures supplémentaires défiscalisées, une mesure sarkozyste dont profitent  pourtant à plein bon nombre d’enseignants aujourd’hui.

Pour revenir à la réévaluation du salaire des profs, la mesure du président-candidat, si elle était mieux aménagée, serait l’occasion unique de revaloriser leur pouvoir d’achat dans un contexte de crise économique qui perdure. Sans tomber dans la “sarkozydolâtrie” aiguë, j’invite les enseignants à ne pas écarter d’un revers de main cette proposition mais plutôt à faire pression auprès des candidats à la présidentielle pour tenter de l’améliorer. L’Histoire ne repasse pas les plats...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !