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Des terroristes pourraient-ils s'inoculer volontairement le virus Ebola ?
Des terroristes pourraient-ils s'inoculer volontairement le virus Ebola ?
©Reuters

Psychose

Prochaine étape, le bioterrorisme ? Et si Ebola était utilisé comme une arme (de com’) par les kamikazes de l’Etat islamique...

Ebola fait très peur, à tel point que l'on ne compte plus les articles présentant le virus comme la prochaine arme terroriste. Entre l'idée et la mise en application, un fossé subsiste tout de même.

Olivier Lepick

Olivier Lepick

Olivier Lepick est docteur en Histoire et Politiques Internationales de l’Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève (Université de Genève). Il est chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (Paris) et consacre ses travaux à la question des armes chimiques et biologiques.

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Atlantico : Des terroristes pourraient-ils s'inoculer le virus Ebola dans l'idée de le répandre dans les pays occidentaux ?

Olivier Lepick : Même si l'hypothèse est audacieuse, on ne peut pas totalement l'écarter. Au Japon la secte Aum a tenté d'utiliser Ebola à des fins terroristes, avant l'attentat au gaz sarin perpétré dans le métro de Tokyo en 1995. Elle avait cherché à se procurer le virus en raison de sa pathogénicité, pour l'utiliser dans une action terroriste. Les précédents existent, donc.

Que les terroristes puissent s'inoculer le virus pour contaminer d'autres personnes, cela est plausible, mais peu crédible, car la capacité à contaminer un grand nombre de personnes par contact humain est faible.

De plus, entre se faire exploser au moyen d'une ceinture d'explosifs en l'espace d'une fraction de seconde, et s'inoculer un virus dont on sait que la mortalité est comprise entre 50 et 90 % et que les effets ne sont pas des plus agréables, le cœur de l'aspirant kamikaze balance…

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Concrètement, comment s'y prendraient-ils pour communiquer la maladie à un maximum de personnes ?

Pour contaminer d'autres personnes, il faut un contact direct avec des fluides corporels, qu'il s'agisse d'urine, de matière fécale ou de salive, et par conséquent la voie respiratoire n'est pas très efficace. Ce n'est pas en se promenant sur les Champs Elysées ou même en prenant le métro qu'un terroriste s'étant inoculé le virus fera des ravages. Pour ces raisons, je ne pense pas qu'Ebola soit leur premier choix, d'autres agents étant beaucoup plus efficaces, surtout ceux qui ont une capacité de contagion par voie aérienne.

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De manière plus moderne, seraient-ils capables de produire le virus pour le disséminer ?

Il leur faudrait militariser le virus, c’est-à-dire être capable d'en produire une grande quantité et de le coupler à un mode de dissémination efficace, comme une bombe, un aérosol, ou toute autre méthode susceptible diffuser à grande échelle. Cela coûte très cher, et est techniquement hors de portée d'une entité terroriste. Il leur faudrait libérer le virus dans un lieu de passage comme le métro, ou tout endroit où l'air est confiné. Mais comme je le disais, une telle opération est hors de portée d'une entité sub-étatique, d'autant plus avec un virus comme Ebola, qui est très fragile.

Quelles seraient les conséquences d'une attaque de ce type, tant sur le plan organisationnel que psychologique ?

Plus qu'une contamination massive, ce que pourraient rechercher les terroristes, c'est le déclenchement d'une psychose à l'échelle d'un pays et de son système de santé. Récemment des parents ont retiré leurs enfants d'une école parce que deux de leurs jeunes camarades revenaient d'un séjour en Guinée. Ce type de maladie provoque des peurs et des fantasmes importants. La rumeur selon laquelle des personnes se seraient inoculé Ebola et évolueraient au milieu de la population ne manquerait pas d'affoler les gens et de les pousser à affluer en masse aux urgences au moindre symptôme de fièvre ou mal de crâne. Le système de santé s'engorgerait, les gens sortiraient moins, l'économie se ralentirait.

Par le passé, des attaques utilisant un virus ont-elles été effectuées ? Quelles leçons en retire-t-on ?

Il y a eu quelques tentatives que je comparerai davantage à des faits divers. Dans l'Oregon notamment, une secte avait contaminé le buffet d'un restaurant au moyen d'une salmonelle à des fins électorales. En dehors de la secte Aum qui avait tenté de diffuser une toxine botulinique et de se procurer Ebola, le seul événement majeur en matière de bioterrorisme est celui des lettres contaminées avec la maladie du charbon aux Etats-Unis à l'automne 2011. Il s'agissait en l'occurrence d'un véritable attentat biologique mene avec des moyens considérables, puisqu'il est maintenant avéré que les personnes qui ont fabriqué ces poudres n'étaient pas des membres d'une entité terroriste djihadiste, mais probablement des personnes impliquées dans le programme biologique militaire américain.

Si le terrorisme biologique est resté aussi restreint, c'est bien parce que cela reste extrêmement compliqué à réaliser. Plus qu'une arme réelle, c'est une arme de psychose.

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