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Espagne t'es foutue, 
ta jeunesse est dans la rue !
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Zone franche

Espagne t'es foutue, ta jeunesse est dans la rue !

Quand votre seul outil idéologique est un marteau, tous les contextes politiques ressemblent à un clou : l'Égypte n'est pas la Grèce qui n'est pas l'Espagne qui n'est pas la France.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Pas évident, de tirer une théorie universelle de ce qui se passe en ce moment à la Puerta del Sol, l’une des principales places madrilènes… Depuis le début de la semaine, des milliers d’Espagnols s’y rassemblent pour protester contre la crise et le chômage, rendez-vous leur ayant été fixé sur le Web par une myriade d’associations et de collectifs.

Quoi, des gens en colère qui s’installent sur un lieu emblématique et conspuent le pouvoir en place après s’être énervés sur les réseaux sociaux ? Mais c’est le « printemps arabe » all over again, n’en doutons pas !

Rien n’est plus différent, pour autant, du contexte économico-politique espagnol que celui des Tunisiens ou des Égyptiens.

L'Espagne est une démocratie prospère d’Europe de l’Ouest, dont la croissance était encore supérieure à 3,5% en 2007, dont le taux de chômage a été divisé par deux en une décennie, mais que la crise financière mondiale et une bulle immobilière très spécifique ont précipité dans la récession. On y construisait ces dernières années autant de logements neufs qu’en France, Allemagne et Grande-Bretagne réunies

Quant à l'Égypte et la Tunisie, elles étaient, au moins jusqu’aux insurrections de ce début d’année (on ne sait pas exactement ce qu’elles sont devenues depuis), des pays « en développement » dirigés par des dictateurs.

La tentation est grande, toutefois, de traduire « printemps arabe » en « printemps espagnol » à l’arrache via Google Translation et, partant, d’imaginer qu’un « printemps français » se profile à l’horizon... Après tout, on nous avait déjà prédit la même chose il y a quelques mois, lorsque des milliers de Grecs se sont mis à briser des vitrines dans les rues d’Athènes.

Oh, on avait beau, à l’époque, rabâcher qu’une petite nation de 10 millions d’âmes ne vivant que du tourisme et minée par la corruption n’était pas exactement comparable à une puissance mondiale redistribuant plus de 50% de son PIB, rien n’y faisait ! Les manifestants grecs nous montraient la voie et, s’ils avaient une dent après Papandréou, c’était forcément pour des raisons identiques à celles qui conduisent  Marianne à détester Sarkozy.

« Il leur faudrait une bonne révolution » ?

Le problème, avec cette approche « uniciste » ― terme emprunté à l’homéopathie du même nom, qui postule qu’un médicament unique peut traiter tous les problèmes d’un sujet donné, de la sinusite au cor au pied ― c’est qu’elle est totalement absurde. Les Tunisiens et les Égyptiens ne se battaient pas contre Moubarak et Ben Ali pour lutter contre la hausse du nombre de CDD, mais bien pour le respect des libertés individuelles et l’instauration de la démocratie.

Ils voulaient l’Espagne, quoi.

De leur côté, les Espagnols ne se rassemblent pas à la Puerta del Sol pour exiger la mise aux arrêts de José-Luis Zapatero, mais plutôt la relance de la croissance, la réorientation de l’économie vers d’autres secteurs que le BTP et le tourisme de masse ainsi qu’une meilleure protection de chômeurs brièvement et faiblement indemnisés ― chômeurs dont le nombre est d'ailleurs deux fois plus élevé que dans l’Hexagone.

Ils veulent la France, quoi…

Sans aucun doute, chômeurs et précaires français auraient légitimement du mal à gober que, puisque leur contexte est plus favorable que celui de leurs voisins d’outre-Pyrénées ou d’outre-Méditerranée, ils n’ont plus qu’à la fermer. Mais l'idée qu'une bonne grosse révolution cathartique serait LA solution de tous les problèmes de l’humanité finit par ressembler au fameux « il leur faudrait une bonne guerre » de la bourgeoisie gaulliste ― les apôtres du chaos romantique s'appropriant le discours de leurs beaufs de parents avec délectation.

La place Tahrir, c’est en Egypte. La Puerta del Sol, c'est en Espagne. En France, nous avons la place de la Bastille et, la beauté de la chose, c’est que sa prise date d'il y a deux siècles. En la prenant à nouveau, que demanderions-nous exactement  qui ne puisse s'obtenir dans les urnes ?

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