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Présidentielle :
le troisième tour sera libéral
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Post presidentum

Présidentielle : le troisième tour sera libéral

Les idées libérales sont décriées par l'ensemble des candidats à la présidentielle de mai prochain. Pourtant, pour sortir la France de la crise, le libéralisme devrait s'imposer au président élu, quelque soit son origine partisane.

Arnaud Dassier

Arnaud Dassier

Arnaud Dassier est un entrepreneur et consultant dans le secteur d'Internet. Il est spécialiste de l'Internet politique, il a notamment contribué aux campagnes présidentielles de Jacques Chirac (en 2002) et de Nicolas Sarkozy (en 2007).

Depuis 2010, il est Consultant, membre du conseil d’administration de The Marketingroup, investisseur & entrepreneur au sein de plusieurs sociétés dans le secteur du numérique.

le site de campagne législative d'Arnaud Dassier

 

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En France, on a coutume de parler d’un 3ème tour social. Après la démocratie représentative, les syndicats de fonctionnaires tentent rituellement de s’opposer dans la rue aux réformes demandées par les électeurs. Dans cette campagne, on ne voit pas trop ce qui, dans les programmes des candidats, pourrait leur donner envie de le faire… Il y aura peut être un 3ème tour social, mais il interviendra plus tard, en 4ème position, après le 3ème tour libéral.

Tous les candidats, sans aucune exception, vilipendent l’ultralibéralisme. Nicolas Sarkozy lui-même, dont ses adversaires font pourtant le chantre de l’ultralibéralisme, se pince le nez et prend ses distances avec le libéralisme « sans frein et sans limite ». Face à la mondialisation, les Français et leurs représentants politiques se cabrent avec d’autant plus de force sur la défense du « modèle » social français qu’ils le savent menacé par la faillite financière à plus ou moins brève échéance. Indignation ! Résistance ! Boutons les étrangers et leurs produits hors des frontières ! Tels sont les mots d’ordre de la pathétique campagne de déni et de xénophobie culturelle ou commerciale à laquelle nous assistons.

Aussi effarant que cela puisse paraitre, il ne s’est trouvé aucun candidat assez courageux, ni même assez fin tacticien (il est toujours malin d’occuper une position abandonnée par ses adversaires), pour tenir le discours libéral, de vérité et de lucidité face aux réalités, aux exigences mais aussi aux opportunités du monde moderne. Ce candidat libéral aurait pu s’appuyer sur la lettre de 12 pays européens qui ont récemment appelé l’Europe à la simplification des réglementations et à la libération des énergies productives et des marchés pour relancer la croissance. Il aurait bénéficié du soutien d’une large partie de la France des petits entrepreneurs et des cadres qui n’en peuvent plus de tirer une charrette « France » de plus en plus lourde et encombrée, et que cette campagne désespère (plusieurs millions d’actifs et leurs familles). Même Hervé Morin, pourtant originaire de la famille libérale, a préféré s’inscrire prudemment dans le courant dominant de la social-démocratie, avec le résultat que l’on sait…

Pourtant, paradoxalement, si les idées libérales sont inexistantes dans une campagne dominée par l’idéologie et la brillante prestation de Jean-Luc Mélenchon, elles seront pourtant mises en œuvre tôt ou tard par le candidat qui sera élu Président, quel qu’il soit. Cela prendra 1 ou 2 ans, peut être plus, mais ce nouveau virage libéral est inévitable. Ce sera le 3ème tour libéral. Comme en 1789, ou en 1983, sa mise en œuvre sera imposée par la faillite financière de l’Etat et du secteur public, et par ses créanciers, qu’on les appelle « les marchés », le FMI, l’Europe ou la BCE, bref pour tous ceux qui savent comment fonctionne l’économie (à la différence des hommes politiques français) et qui auront les moyens de financer une cigale française en banqueroute.

Le tournant libéral sera aussi imposé par le pragmatisme et par la nécessité objective de relancer la croissance pour payer les dépenses de fonctionnement du secteur public et les créanciers de la dette. En effet, comment relancer la croissance quand on ne dispose plus d’aucune marge de manœuvre financière (le paiement de la dette est en passe de devenir le 1er poste budgétaire de dépenses de l’Etat, la hausse des taux d’intérêt peut étrangler financièrement notre pays à tout moment) ? La seule possibilité consistera à déréglementer, c'est-à-dire à créer une politique de l’offre en allégeant « l’impôt paperasse », en supprimant les rentes corporatistes et les carcans réglementaires qui freinent l’initiative et dont la charge représente plusieurs points de PIB. Comme l’avaient mis en lumière les 300 pages du rapport Attali, justement conçu pour lever les freins à la croissance, il existe en France de très nombreuses professions protégées et verrouillées, d’innombrables lois et réglementations obsolètes, contradictoires, inutiles, qui coutent cher, empêchent la concurrence d’exercer ses bienfaits et d’offrir plus de services à un coût plus bas. Un empilement kafkaïen de bureaucraties nationales et locales accumule les fonctionnaires et les dépenses. Le rapport Attali - très libéral d’inspiration- devra être ressorti du placard, ou Nicolas Sarkozy l’avait rangé, et mis en œuvre. Sur le modèle de ce qui est fait actuellement en Italie avec une stupéfiante rapidité et radicalité par Mario Monti : plus de 400 lois supprimées, abrogation du numerus clausus des pharmaciens, des taxis, remise en cause de certains avantages des fonctionnaires, etc...

Les syndicats de fonctionnaires pourront alors enfin se livrer à leur rituel 3ème tour social dans la rue. La France devra alors choisir la voie du redressement, sur le modèle britannique - version Thatcher 1979 -, ou continuer sur celle du déni, du refus devant les réformes, de la résistance « populaire » et de l’effondrement, version grecque 2010/2012.

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