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Pourquoi un vent de révolution souffle sur Bercy
©Reuters

Refondation

Pourquoi un vent de révolution souffle sur Bercy

En attendant l'audit réalisé par la Cour des comptes à échéance de début juillet, une chose est acquise, Bercy est en pleine refondation voire en pleine révolution pour reprendre le terme du livre du candidat Macron.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Plusieurs éléments alimentent cette dynamique qui va être vécue violemment par certains.

1 ) Trois ministres dont un verrou

La situation des finances publiques est moins satisfaisante que prévue. François Hollande a laissé un vrai " cadeau empoisonnéà son successeur. Il est d'ailleurs non superflu de constater que ceci vient de décisions prises alors que la droite était donnée comme détentrice d'une élection " imperdable ". D'évidence, l'homme de Corrèze a su faire un croc-en-jambe à son successeur, éloigné qu'il était de penser que celui-ci serait en fait Emmanuel Macron. La classe démocratique jusqu'au bout !

La nomination de Benjamin Griveaux à Bercy rompt l'équilibre du tandem droitier constructif que forment Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Sans affection précise, l'ami et fidèle " marcheur " aura une compétence universelle selon le bon vouloir de l'Elysée ou d'Edouard Philippe pleinement dans son rôle de premier de cordée.

Effectivement, cette "simple" nomination de Benjamin Griveaux dans le dispositif de Bercy vient nuancer l'ordre que l'on croyait établi – depuis un mois - et qu'un député de l'Eure a probablement posé trop présomptueusement comme établi ad vitam… Face aux arbitrages fiscaux à venir ( CSG et autres ), face aux éventuels gels de crédits ( voir exemple récent du ministère des Armées ), face au suivi toujours sensible des entreprises en difficulté (Tati, Vivarte, GM&S, etc.), Benjamin Griveaux sera non pas l'œil de Moscou (ce qui est péjoratif et inexact) mais le copilote du Minefi.

2 ) Les " sapinades " ne sont pas inscrites dans le marbre

Emmanuel Macron et Michel Sapin : un duo qui n'aura jamais été un tandem. Deux styles, deux univers de compétences bien distincts. Une sorte de Rafael Nadal croisant un joueur de pétanques en villégiature dans un centre aéré…

En conséquence, la présidence jupitérienne a décidé qu'aucune des " sapinades " n'étaient intangibles à commencer par cette usine à gaz qu'est la mouture actuelle du prélèvement à la source. Plusieurs analyses économiques distinctes chiffrent à près de deux milliards le surcoût pour les entreprises de cette mesure où chacun a bien compris les risques de malentendus. Quid en cas de dépôt de bilan d'une firme qui n'aurait pas pris le soin de reverser l'impôt collecté ? Avec 58.000 défaillances d'entreprise par an, ce n'est pas une question d'hypothèse. C'est la certitude de voir des créances publiques irrécouvrables par-delà leur qualification de superprivilégiées.

Quid de la curiosité de l'employeur face au taux communiqué par Bercy pour asseoir le prélèvement ? Etc.

3 ) Les grandes directions de Bercy et le vent de la loyauté

Le président Macron n'a pas pris le soin de confirmer les propos du candidat d'En Marche ! Il les a habilement fait fuiter. Il escompte fermement une loyauté sans faille des principaux directeurs d'administration centrale. Autrement dit, si le vent de la loyauté ne souffle pas à Bercy, il y aura une bourrasque initiée par le président jupitérien.

L'exemple de la question des directeurs d'administration centrale de Bercy ou du ministère de l'Education ( les recteurs d'académie fascinés par NVB… ) qui doivent attester d'une vérifiable loyauté – sous peine d'être remplacés – pose question. Un directeur du Trésor ou du Budget ne sont pas assimilables à des voitures de location dont on peut jeter les clefs en fin de week-end dans la boîte d'un loueur nommé DGFP : direction générale de la Fonction publique. Leurs compétences méritent le cordial salut républicain, pas leur degré de soumission.

Un collaborateur trop soumis est quelqu'un qui devient vite un " doublon " selon l'analyse, pour le secteur privé, d'Henri Lachmann, l'ancien président de Schneider Electric.

Les vertus du débat – dans des limites admissibles – sont un gage de lucidité. Georges-Marc Benhamou a bien montré à quel point les courtisans de l'ère Sarkozy avaient coûté cher à cet énergique président.

J'ai donc une opinion sur la neutralité du service public qui a toujours été si ardemment prisée par des personnalités telles que le doyen Georges Vedel, Bernard Tricot, Didier Migaud ou Yves Bot. Mais la question ne relève pas ici de la frêle circonférence de mon opinion : il y a un débat juridique pointu car nul texte – dans notre ordonnancement juridique – ne prévoit ce " spoil system ". Je comprends sans naïveté le but poursuivi par le chef de l'Etat mais je diverge sur l'opportunité d'une pratique qui va, selon toute vraisemblance, être antérieure à un encadrement juridique. On ne peut pas souhaiter vouloir doter la première Dame d'une forme de statut " et en même temps " mépriser ainsi les garanties octroyées par le Statut général de la fonction publique dont relèvent les directeurs précités.

Bercy va traverser une époque heurtée et être mis sous tension comme jamais. Le soir du 10 mai 1981, Pierre Mendès-France – dont la vision et la rectitude formaient de solides atouts – dinait notamment en compagnie de Françoise Giroud qui a rapporté sa fameuse interjection : " Maintenant, ça va tanguer ! ".

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