Pourquoi parle-t-on si peu de la jeune Palestinienne assassinée en Cisjordanie ? Parce que ce ne sont pas les Israéliens qui l'ont tuée ! | Atlantico.fr
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Manifestation de femmes palestiniennes après la mort d'Israa Gharib à Ramallah
Manifestation de femmes palestiniennes après la mort d'Israa Gharib à Ramallah
©ABBAS MOMANI / AFP

Le crime était presque (presque) parfait

Pourquoi parle-t-on si peu de la jeune Palestinienne assassinée en Cisjordanie ? Parce que ce ne sont pas les Israéliens qui l'ont tuée !

Il y a des victimes plus désirables que d'autres. Celle-ci n'intéresse pas les médias.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Quelques lignes seulement sur des sites internet... Une vingtaine de lignes dans le Figaro, sans lequel on n'aurait rien su... Elle s'appelait Israa Gharib... Elle était jeune et jolie... Israa a commis la faute impardonnable de poster sur Instagram une photo d'elle avec l'élu de son cœur. Une offense qu'elle a payé de sa vie. Sa famille, ses proches, se sont réunis et l'ont battue jusqu'à ce que mort s'ensuive. Un crime d'honneur comme il y en a beaucoup trop dans ce coin du monde. Le gouvernement palestinien a promis une enquête. Les associations féministes palestiniennes, habituées à ces postures verbales, n'en attendent rien.

C'est l'occasion de parler de la Cisjordanie, toujours qualifiée « d'occupée ». Sa capitale, c'est Ramallah. C'est là que siègent le premier ministre et les ministres palestiniens. C'est là que réside le président Mahmoud Abbas. Les lois qui s'y appliquent sont palestiniennes, pas israéliennes ! L'occupation israélienne se borne à contrôler étroitement les frontières.

Pour faire régner l'ordre à Ramallah et autour, il y a une police palestinienne. Elle reçoit ses armes et ses munitions d’Israël, en vertu d'accords sécuritaires dont on ne parle jamais. Mais pour faire régner la paix civile chez lui, Mahmoud Abbas est contraint de tenir compte de l'influence des islamistes. Pour eux, la pureté de la femme prime sur tout. C'est pourquoi, les crimes d'honneur sont si mollement réprimés.

La Cisjordanie a ses lois propres qui ne doivent rien à l'influence israélienne. Il y en avait une particulièrement édifiante et écœurante. Un homme poursuivit pour viol n'encourrait aucun châtiment s'il consentait à épouser sa victime. On appelait ça une réparation. La question de savoir si la violée avait envie d'épouser son violeur ne se posait évidemment pas. Cette loi, monstrueuse et inique, n'a été abolie qu'en 2018. Au rythme où va le progrès en Cisjordanie, combien de siècles faudra-t-il pour qu'elle ressemble à Israël ? Mais, comme chacun sait, la Cisjordanie a sa fierté et ne veut en aucun cas ressembler à Israël.

On aurait bien tort pour autant de médire de la patrie de Mahmoud Abbas. Car elle n'atteint en rien la perfection du pays des mollahs. Là bas, dans la province de Bahmai, un homme de 22 ans a épousé une petite fille de 11 ans. La loi iranienne, juste et équitable, exige le consentement mutuel des époux. Le marié, Milad Jashani, a été consentent. Normal, il avait payé l'équivalent de 10.000 euros pour avoir la petite Fatima dans son lit. Fatima, 11 ans (redisons-le), en présence du mollah, a exprimé son acceptation de la façon suivante : « Oui, avec la permission de mes parents ». Une permission qui valait 10.000 euros ! L’heureux époux, légitimement fier de son butin si chèrement acquis, a posté des photos et des vidéos où on le voit avec sa proie sur les genoux.

Ça a fait scandale. Car en Iran il y a, sous les mollahs, une société civile courageuse et combative. Les protestations ont eu pour résultat qu'un juge a annulé le mariage. Mais sans doute avait il déjà été consommé. La loi iranienne fixe l'âge légal du mariage pour les filles à 13 ans. Mais comme c'est quand même un peu vieux pour certains, elle a prévu des dérogations à cette règle si sévère. On peut en effet épouser une fille de moins de 13 ans si un juge estime qu'elle est « mature ». C'est à dire capable de discernement.

Un juge a pensé, un peu tard pour elle, que tel n'était pas le cas concernant Fatima, 11 ans (répétons-le encore). Ainsi, l'Iran avance à marche forcée vers le progrès. En 1925, la loi iranienne fixait l'âge légal du mariage à 18 ans pour les garçons, et à 15 ans pour les filles. Grâce aux mollahs, on a gagné deux ans ! Une machine à remonter le temps ferait beaucoup de bien à l'Iran. En conclusion, on considérera que les femmes sont sensiblement plus libres à Ramallah chez Mahmoud Abbas, qu'à Téhéran chez Ali Khamenei. Mais si on est vraiment soucieux de leur dignité, il vaut encore mieux aller à Tel Aviv...

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