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Animosité

Pourquoi les accusations de Stephane Le Foll à l'égard de Benoît Hamon confirment l'éparpillement du PS façon puzzle

L'ancien ministre de l'agriculture, Stéphane le Foll s'est fendu d'une nouvelle charge à l’encontre du dernier candidat perdant du PS, Benoît Hamon. Le rapprochement Hamon-Mélenchon a été fatal selon le ténor du parti. Des accusations qui en disent long sur l'état chaotique dans lequel se trouve le PS actuellement.

Marc Crapez

Marc Crapez

Marc Crapez est politologue et chroniqueur (voir son site).

Il est politologue associé à Sophiapol  (Paris - X). Il est l'auteur de La gauche réactionnaire (Berg International  Editeurs), Défense du bon sens (Editions du Rocher) et Un  besoin de certitudes (Michalon).

 

Voir la bio »Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : Stéphane Le Foll a déclaré au micro de "Questions politiques de France Inter/franceinfo/Le Monde que "Benoît Hamon fait une erreur stratégique" en se rapprochant de Jean-Luc Mélenchon assurant que "le socialisme historique et jauressien n'est pas sur la ligne de Jean-Luc Mélenchon". Pourquoi une telle animosité de la part de l'ancien ministre de Hollande selon vous? Qu'est ce qui lui fait si peur chez Jean-Luc Mélenchon ?

Sylvain Boulouque : Dans la référence à Jaurès il y a plusieurs éléments qu'il faut revoir car Jaurès unifie le socialisme en 1905. Il unifie les tendances révolutionnaires et réformistes. Il a un côté pivot dans la gauche qui fait que c'est pas forcément fondé comme déclaration. Deuxièmement sa critique contre Hamon sur le fait qu'il aille à la fête de l'huma et cherche a unifier les différentes gauches ça sous-entend qu'il y a un point de fracture important entre la gauche de gouvernement et la radicale et que Le Foll considère que l'entente n'est pas possible alors qu'au contraire Hamon considère qu'il doit  avoir une entente entre les gauches dans l'optique de la conquête du pouvoir. C'est normal car Hamon était critique avec le gouvernement Hollande alors que Le Foll en a été le porte-parole. Sauf a renier ce qu'il a fait il peut difficilement accepter les critiques d'une partie de la gauche radicale vis-à-vis de la gauche de gouvernement que l'on a eu.

Le Foll a peur que ce qu'il reste du PS soit encore plus éclaté qu'il ne l'est jusqu'à maintenant et qu'a partir de ce moment la fracture s'accentue dans ce qu'il reste dans le PS.  Pour Le Foll, Mélenchon n'est pas capable d'assurer les responsabilités gouvernementales. Là il 'na pas entièrement tort, et se réfère à l'accession au pouvoir de Mitterrand mais il conviendrait d'ajouter que l'époque n'est pas la même et que le message porteur n'était pas le même non plus.

Marc Crapez : Historiquement, il y a plus un adversaire ou un rival chez les socialistes qu'une figure de l'ennemi du peuple. qui dicte de battre la droite et de combattre l'extrême droite pour utiliser le langage consacré dévie facilement vers la détection d'un ennemi de l'intérieur. La dissension est un ennemi qu'il faut combattre. En 1904 lors du Congrès on a voulu exclure Jaures du parti. Rocard lorsque Royal était candidate avait implicitement réclamé son exclusion.

Il y a une tendance chez les socialistes à qualifier de néo socialiste ou à parler de dérives fascistes, Jean-Pierre Chevènement avait expérimenté la chose. On disqualifie le concurrent avec une certaine férocité. Stéphane Le Foll n'a donc pas peur, il ne fait qu'appliquer le réflexe automatique d'exclusion à cause d'un malaise perceptible, de l'absence de projet précis et d'un Hamon qui dévie de la ligne du parti.

Près de 100 ans après le congrès de tours de 1920 ou PS et PC se sont séparés, 25 ans après la chute du mur de Berlin, comment un responsable socialiste de 1er plan peut-il envisager de se renouveler en s'inspirant de la pensée communiste ? Même si Jean-Luc Mélenchon est populaire par ailleurs, politiquement et idéologiquement qu'incarne-t-il ?

Sylvain Boulouque : Là on pense pour le coup aux déclarations de Hamon. Son idée est que le seul moyen pour la gauche d'accéder au pouvoir c'est quand elle a été unie. L'observation du passé montre que la gauche a été élue à 4 reprises, et c'est quand elle était unie. C'est dans cette optique que Hamon veut chercher l'unification. Ensuite je pense qu'il fait référence au fait que le PCF était un parti de masse qui pensait à l'action de masse. Il pense que la gauche aujourd'hui doit être en mesure de faire la même chose. Mais pour l'instant il n'y a pas de réflexion analogue à ce que pouvait être la réflexion socialiste voire communiste des années 10. Tout cet aspect de conquête sociétal était partagé par l'ensemble des gauches et pas uniquement par le PC. Mais le PC est tellement brandi comme un étendard, comme un drapeau qu'on a l'impression qu'il n'y a qu'eux qui l'ont fait.

Se renouveler avec le communisme ? Tout dépend de ce que l'on appelle la pensée communiste. Si c'est la capacité à réinventer l'agitation de la propagande (dans le sens d'une nouvelle manière de parler à la population) comme ils l'ont fait dans les années 20 oui mais à condition de le réinventer. Du coup cela ne sera plus vraiment communiste. Pour l'instant aucun parti n'est capable de penser un changement de société. Jean-Luc Mélenchon excelle dans sa communication mais cela ne va pas plus loin. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'innovera pas à l'avenir.

Marc Crapez : En s'inspirant de la pensée communiste cela paraît peut-être périlleux. La position qui consiste à prétendre qu'on est capable de réduire les inégalités sociales tout en augmentant les libertés publiques est fausse et mensongère. Il faut choisir l'un ou l'autre. La position du PS a toujours été de décevoir dans l'Histoire à ce regard.

Jean-Luc Mélenchon incarne tout l'héritage néo-communiste et cette tradition d'une "autre voie". C'est un peu le gauchisme originel, il incarne une promesse d'accomplissement du socialisme et de l'égalitarisme sous une forme ou une autre avec une touche écologiste.

Le socialisme est-il mort écartelé entre les gauches à la Sanders et le social libéralisme à la Macron ? 

Sylvain Boulouque : Oui et non. D'abord il faudrait savoir s'il n'est pas mort à cause de son incapacité à savoir se renouveler seul sans prendre en compte cet écartèlement. Ensuite il peut mourir avec une partie de la population qui va se retrouver finalement dans le libéralisme de Macron et une autre partie dans la contestation de La France insoumise. Cela étant il n'est pas impossible qu'un nouveau modèle émerge comme ça a déjà été le cas dans l'histoire du socialisme comme avec Jaurès.

Marc Crapez : Certainement. Effectivement Macron coupe l'herbe sous le pied car il accompli symboliquement le programme sociétal du think-tank Terra Nova. Le socialisme au sens historique du terme est mort. Il est mort dans à peu près tous les pays ne serait-ce que nominalement (travaillistes en Angleterre, socio-démocrates en Allemagne…) le mot lui-même est complètement périmé comme l'avait dit Manuel Valls

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