Pourquoi le soutien de Johnson dans l’opinion britannique ne se dément pas | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
Pourquoi le soutien de Johnson dans l’opinion britannique ne se dément pas
©Tolga AKMEN / AFP

Disraeli Scanner

Pourquoi le soutien de Johnson dans l’opinion britannique ne se dément pas

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

Voir la bio »

Manchester, 

Le 29 septembre 2019

Mon cher ami, 

Nous sommes dans un combat de civilisation, liberté contre servitude

Pendant longtemps la vie parlementaire britannique a été une conversation un peu animée entre des hommes et des femmes qui nous rappelaient que la politesse et la politique ont la même étymologie. Je n’ai jamais été complètement thatchérien parce que je redoutais que nous ne puissions pas suffisamment maîtriser la montée en puissance de générations qui n’auraient pas eu le temps d’être éduqués. Pour moi Tony Blair et John Bercow sont très représentatifs: ce sont des arsouilles à qui la société de l’argent-roi a donné un pouvoir démesuré dans mesure où ils ont été grisés de pouvoir, sans qu’une éducation appropriée serve de contrepoids aux illusions de la toute-puissance qui s’est insinuée dans leur conscience. Tony Blair est à l’origine du plus gros mensonge d’Etat dans l’histoire de notre pays - l’affirmation sans preuves, en 2003, que l’Irak cachait des armes de destruction massive; et aujourd’hui, l’ancien Premier ministre est carrément tombé dans la trahison des intérêts de notre pays: depuis le vote du Brexit, il est de toutes les intrigues, à Londres, Bruxelles ou Paris, pour faire dérailler la mise en oeuvre du Brexit. Quant à John Bercow, on ne connaît pas un speaker plus désastreux dans l’histoire du parlement: il abuse de ce qui reste de courtoisie chez beaucoup de parlementaires pour dissimuler, sous des flots de grossièreté, un comportement profondément tyrannique. 

Il ne s’agit pas seulement de ces deux individus. Les onze juges de la Cour Suprême (créée sous Tony Blair) qui ont imposé le rappel du parlement, ont créé un véritable chaos: la conférence annuelle du parti travailliste a été terminée dans la précipitation et celle du parti conservateur , qui se déroule cette semaine, en est profondément perturbée. Toucher aux habitudes, c’est entamer les moeurs. Il peut y avoir de mauvaises habitudes et la société peut éprouver le besoin d’améliorer les comportements, par l’éducation et par l’exemple. Mais cela se produit durant le temps d’une génération ou même de plusieurs. Là nous avons affaire au contraire: des individus non éduqués qui ont pour seule règle de conduite de marcher sur les pieds des autres. 

Nous sommes dans un combat de civilisation. Et c’est bien pourquoi il est aussi important de commencer par ces considérations sur les moeurs et l’éducation ! Lutter pour le Brexit, c’est combattre pour une civilisation de liberté. Appuyer la cause du Remain (aujourd’hui; car je respecte profondément les bulletins de vote qui furent déposés voici trois ans dans les urnes), c’est désormais choisir la servitude. Vous savez que j’ai longtemps douté des qualités de Boris. Je le trouvais dilettante. Mais je m’incline devant son courage. On lui reproche d’avoir parler d’acte de reddition à propos d’une loi votée à la sauvette pour l’obliger à demander une prolongation du délai du Brexit à l’Union européenne? Eh bien il répond en allant au fond des choses, à un journaliste du Telegraph, Qu’il aurait dû parler d’une « capitulation abjecte » ! Avez-vous vu ce sondage, qui montre qu’une majorité de Britanniques préfèrent un No Deal à l’élection de Jeremy Corbyn - y compris parmi les électeurs du Labour qui ont voté Leave? Je suis de plus en plus convaincu que Boris va l’emporter, quelles que soient les péripéties de la tragicomédie en cours. Je parle de tragicomédie et non de drame ou de tragédie car nous sommes en démocratie. La tragicomédie est le genre par excellence des sociétés libres. Peut-être qu’une tragédie est en train de se nouer à Hong Kong, sur laquelle pèse l’ombre de la terrible tyrannie de Pékin. Mais chez nous, ce serait faire beaucoup trop d’honneur à un Philipp Hammond ou à un Jeremy Corbyn que de les prendre pour autre chose que ce qu’ils sont: des manoeuvriers au petit pied, dont la déconfiture aura un côté farcesque. 

L’Union Européenne a peur d’un accord sur le Brexit, qui l’obligerait à des réformes internes

Mon cher ami, je ne sous-estime pas la dureté des jours à venir. En fait, la peur a changé de camp. Les Remainers de l’establishment se déchaînent parce qu’ils savent qu’ils jouent leurs dernières cartes. Elles ne sont pas négligeables mais ils jouent gros. Ils sont sur le point de tout perdre, à moins qu’ils réussissent à retarder l’échéance inéluctable. Ils sont aidés pour cela par l’Union Européenne elle-même. Là-bas non plus, à Bruxelles, on ne rencontre plus beaucoup de gentlemen. Ils vous expliquent que les propositions de Boris Johnson ne sont pas sérieuses. Jean-Claude Juncker a même essayé de faire croire que Boris Johnson aurait découvert la profondeur du problème posé par la frontière irlandaise en venant le rencontrer. C’est risible. La vérité, c’est que les actuels responsables de l’Union Européenne ont très peur d’un Brexit négocié. En effet, ce dernier prouverait qu’il est possible, pour un pays membre de l’UE, de poser des conditions et de menacer de partir s’il n’obtient pas gain de cause. Imaginons un deal: il liera d’une autre manière la Grande-Bretagne à l’Union Européenne. Mais, surtout, il servira de référence à la France, l’Allemagne ou l’Italie, si elles voulaient renégocier les traités européens dans le sens d’une plus grande subsidiarité. Aboutir à un accord, ce serait montrer que désormais l’Union Européenne prend au sérieux les résultats des référendums quand ils vont contre ses propres projets. 

C’est cela qui se joue ! Il n’y a pas besoin d’invoquer un hypothétique inconscient collectif de l’UE. Les dirigeants de l’Union nous le répètent depuis trois ans. Il y a d’abord eu la version punitive: les Britanniques doivent comprendre que l’on ne quitte pas l’Union Européenne sur un coup de tête. L’objectif était de nous acculer à un nouveau référendum. Mais notre pays a tenu bon. l’économie n’a pas vacillé. Theresa May, non sans mérites, a négocié pied à pied. Elle s’est heurtée à un mur. Les Remainers de son parti et les technocrates de Bruxelles ont tâché de la faire plier. Son projet d’accord n’était pas aussi mauvais que la réputation qu’on lui a faite. Il aura juste manqué à Theresa l’imagination pour forcer le destin, entre le 29 janvier et le 29 mars dernier, par exemple en proposant au Parlement de voter solennellement une version de l’accord avec une substitution au backstop. Mais ce qui est fait est fait. Nous voici plus de six mois plus tard. Il faut en finir, les deux camps le sentent bien. Et les Remainers ont soudain face à eux une résistance beaucoup plus forte que celle de Theresa. C’est pourquoi, mus par la peur, ils prennent des risques insensés; ils se comportent comme des révolutionnaires de salon, ceux qui font advenir les plus grands malheurs sur les peuples. Le comportement des juges de la Cour Suprême, consistant à invalider une décision sur laquelle la Reine a mis son sceau, signifie tout simplement qu’on est prêt à jeter à bas les institutions du pays si elles résistent à la servitude qu’on veut leur imposer de manière durable. Et vous allez voir le parti conservateur redevenir pleinement « Tory »: nous allons nous battre pour le monarque et pour le peuple ! 

Je vous laisse car les débats de la Conférence reprennent. 

Bien fidèlement. 

Benjamin Disraëli

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !