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Pourquoi le PénélopeGate pourrait bien être aussi le révélateur du talon d'Achille d’Emmanuel Macron
©AFP

Macrongate ?

Pourquoi le PénélopeGate pourrait bien être aussi le révélateur du talon d'Achille d’Emmanuel Macron

Dans l'hypothèse d'un scandale comme celui qui connait actuellement François Fillon, un mouvement comme En Marche aurait beaucoup plus de difficultés à se relever. En effet, la vacuité idéologique du mouvement peut laisser penser que Macron laisserait un vide difficilement remplaçable.

Virginie Martin

Virginie Martin

Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme des différences paru en 2015 aux éditions de l'Aube.

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Atlantico : Si les révélations du PenelopeGate ont suffi à déstabiliser la candidature de François Fillon, peut être en raison de l'absence d'une structure idéologique forte, quel parallèle peut on dresser avec Emmanuel Macron ? Dans le cas hypothétique que le candidat "En marche"venait à être emporté par une quelconque affaire, que resterait il de son mouvement ?

Virginie MartinIl est difficile de prédire ce qu’il pourrait se produire dans le cas d’une affaire de la sorte même si en ce moment un "MacronGate" se dessine. Un livre qui vient de sortir révèlerait que les frais de bouche de Bercy auraient été utilisés à 80% par Emmanuel Macron pour - visiblement - préparer la création de son mouvement "En Marche !". Si cela s’avère il est vrai que c’est un détournement de mission en quelque sorte ; d’autant que son parti a été créé dès février 2016. Pour autant, les vents lui sont favorables en ce moment et il faudrait certainement quelque chose de plus important pour réellement déstabiliser sa campagne. D’autant plus que "En Marche !» fonctionne bien tant il est porté par les médias, hyper marketé, avec à la clef storytelling et "unes" de magazine sur sa vie privée.

Il est aussi à supposer bien sûr que le programme soit très "benchmarké" et Emmanuel Macron aura attendu que tous les autres dévoilent leur programme pour réellement dévoiler le sien. C’est une stratégie politique finement menée. C’est presque un parti qui est idéal typique de la comparaison que fait l’historien Michel Offerlé quand il dit qu’une organisation politique est une entreprise avec stratégie et parts de marché à gagner. Un mouvement politique propose généralement une vision du monde, là, tout le monde semble s’y retrouver pour deux raisons : d’une part car l’idéologie reste incertaine et structurée autour de la personne de Macron mais aussi car Emmanuel Macron - le parti  "En Marche !" est le résultat d’une protestation, d’un ras le bol vis-à-vis des autres partis politiques. Dans l’hypothèse que vous posez, si un vrai scandale venait à s'abattre sur lui, la seule solution serait de lui trouver un remplaçant. Est-ce que le pouvoir d’ "En Marche !" est polarisé sur Macron ou est-ce que ceux qui l’entourent qui l’ont désigné comme leader l’ont ? C’est la vraie question. Est-ce qu’il ne serait pas d’une certaine manière irremplaçable ? 

Dès lors, comment serait il possible de définir le "macronisme", sans Emmanuel Macron ?

Le "macronisme" en tant que tel n’existe pas vraiment. Il cristallise des gens qui sont déçus des partis installés de longue date. Cette cristallisation ne peut pas être comprise comme une idéologie, comme si le "macronisme" existait. Par ailleurs, pour qu’une idéologie politique, une philosophie politique s’installe, il faut produire une pensée, écrire des livres, avoir des visions sur des aspects fondamentaux de la politique; une philosophie politique c’est autre chose qu’un candidat de fraîche date à une élection. D’autant que ce parti est aujourd’hui très formaté par le marketing politique : les mots clefs, les logiciels, les matrices, le storytelling, les aspects de vie privée… bref ce qui va pouvoir séduire les électeurs. Ce n’est pas précisément de la vie de la cité dont il s'agit.  

D’ailleurs comment vont ils s’y prendre pour  concilier des personnes comme Gérard Collomb, Alain Minc, Jacques Attali ou encore Renaud Dutreil. Si de Gérard Collomb à Renaud Dutreil tout le monde était d’accord alors pourquoi appartenaient-ils à des familles politiques si différentes ? Certains sont élus PS d’autres étaient à l’UMP, Corinne Lepage vient se greffer au milieu, la cohérence idéologique de cet ensemble est particulièrement incertaine. La conception de l’écologie selon Daniel Cohn-Bendit et selon Corinne Lepage sont différentes… Est-ce que les conseillers de Macron plutôt de droite proche du modèle des PME sont compatibles avec quelqu’un comme Richard Ferrand qui est au PS depuis toujours ? Définir idéologiquement "En Marche !" est périlleux. Macron est un candidat attrape-tout. Tout le monde peut se reconnaître en Macron, cela fait-il de lui un caméléon ? Un miroir ? Chacun voit en Macron ce qu’il a envie de voir de lui-même. Politiquement est-ce de la séduction ? de l’ultra manipulation ? La politique est devenue une entreprise avec des parts de marché et une marque. Emmanuel Macron : "En Marche !" L’adhésion se fait en en un clic, elle est similaire à celle d’une pétition sur change.org ; C’est un engagement à moindre frais, ludique, ce qui est dans l’air du temps. Les médias jouent la carte Macron, participent de cet effet de mode. D’ailleurs, personne ne pose des questions embarrassantes au candidat, pour exemple, chaque fois que Rama Yade passe dans les médias on lui demande si elle a ses 500 signatures… qui demande cela à Macron ? Personne. Qui a remis en cause la capacité, la compétence de cet homme politique qui n’a exercé le pouvoir que 24 mois ? Personne. Qui demande comment fait-il pour déployer de tels meetings qui coûtent extrêmement chers ? Personne.  Pour l'instant on assiste à une sorte de "honeymoon" entre lui et les médias. 

Quelles sont les fragilités révélées par cette situation ? A quelles difficultés pratiques pourrait se confronter sa démarche, notamment sur la question de la capacité à réunir 577 députés sur une telle offre politique ?

C’est un peu l’histoire des nouvelles formations politiques. A un moment, certaines personnes de droite sont allées au Front National parce qu’ils ont compris qu’à l’UMP et au LR les voies étaient bouchées. Les partis sont installés depuis longtemps, il y a déjà des personnes en place et les processus de sélection sont rudes. C’est un peu comme aux Jeux Olympiques, pour être un athlète qui représente un grand pays comme les USA il faut être excellent, courir en moins de 10 secondes ! Dans des pays plus petits avec moins d’expérience, vous pouvez être représentant de votre nation même si vous faites plus de 10 secondes et des poussières au 100 m. Les petits partis comme le FN permettent d’être député ou simplement élu à 25-30 ans. Dans un parti structuré personne ne peut être propulsé aussi vite. Chez "En Marche !" ça peut être facile de trouver sa place - pour l’instant. Pour des très jeunes voulant s’engager et qui n’ont pas envie de faire leurs preuves pendant des années, un mouvement comme "En Marche !" peut apparaître comme un marchepied. Mais au-delà de cela Emmanuel Macron reste un parti cristallisant des protestations qui seront peut-être inconciliables, c’est une entreprise et son manager est un fin stratège qui semble toujours être le reflet de ce que nous voulons voir, plus que de la politique, c’est le point d’orgue d’une communication politique très bien orchestrée et qui correspond aussi à une forme de « gamification" de la politique.  

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