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La crise de l’euro concerne la solvabilité de certains pays-membres de l’eurozone qui n’ont pas la possibilité de monétiser leur dette par « fiat ».
La crise de l’euro concerne la solvabilité de certains pays-membres de l’eurozone qui n’ont pas la possibilité de monétiser leur dette par « fiat ».
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Exemple à suivre ?

Pourquoi la zone euro ferait bien de s'inspirer des mécanismes de solidarité économique de l’Etat fédéral américain

Le site d'information américain Business Insider affirme que les Etats-Unis connaissent actuellement leur "version" de la crise de la zone euro. Les solutions envisagées par les Américains sont-elles applicables à l'Europe ?

Paul Goldschmidt

Paul Goldschmidt

Paul Goldschmit est membre de l'Advisory Board de l'Institut Thomas More,

Il a également été directeur du service "Opérations Financières" au sein de la Direction Générale "Affaires Économiques et Financières" de la Commission Européenne.

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Atlantico : Dans un article paru ce jeudi 3 janvier, le site d'information américain Business Insider compare la situation des Etats-Unis à celle de l'eurozone, en affirmant que l'Etat fédéral connaît actuellement sa "version" de la crise de la zone euro. Existe-t-il des similarités entre la crise l'eurozone et celle de l'Amérique du nord ?

Paul Goldschmidt : La « crise » américaine est fondamentalement différente de la crise de l’ « euro » !

Aux Etats-Unis c’est essentiellement une crise « budgétaire » qui est insoutenable à terme mais qui ne met pas en danger la "solvabilité" du pays et ne pose pas de problème immédiat pour sa monnaie : en effet, les Etats-Unis ne peuvent « faire faillite » (du moins si le Congrès augmente régulièrement le plafond légal de la dette comme il l’a toujours fait) car la possibilité de « monétiser » la dette permet d'éviter le défaut de paiement. Le problème viendra dans le futur  de l’inflation qui se répercutera sur la valeur externe du dollar (taux de change).

Il y aura évidemment d’énormes répercussions sur le reste du monde : cela dévaluera la valeur des réserves en dollars détenues par les Banques Centrales (Chine etc.), favorisera les exportations américaines et limitera ses importations etc..le tout pouvant dégénérer dans un protectionnisme rappelant les années 1930.

La crise de l’euro concerne la solvabilité de certains pays-membres de l’eurozone qui n’ont pas la possibilité de monétiser leur dette par « fiat ». Dans le cadre du Traité de l’UE, la BCE peut éventuellement (r)acheter de la dette de ces États mais, comme indiqué par son Président, Mr. Draghi, celle-ci n’est prête à le faire que sous certaines « conditions » (notamment la signature d’un plan de redressement budgétaire avec les autorités Européennes).

Le problème de la faillite d’un Etat Membre de l’Union économique monétaire (UEM) est le danger de « contagion » à d’autres « maillons » faibles entraînant in fine l’implosion de la monnaie unique. C’est pourquoi tout a été fait pour éviter l’exclusion et le retrait de la Grèce de l’UEM, et que la BCE a annoncé son programme conditionnel d’achats d’obligations d’Etat (« OMT »), non encore activé, pour rassurer les marchés quant à l’Espagne et l’Italie notamment.

En conclusion, les conséquences d’une implosion de l’Euro (retour aux monnaies nationales) auraient des conséquences infiniment plus dramatiques quela  « dévaluation » du dollar provoquée par l’inflation.

Aux Etats-Unis, certains États payent plus que d'autres les taxes fédérales, à l'instar des contributions au budget européen plus ou moins élevées selon l'importance de leur PIB. Cependant, des transferts de fonds se font entre États, afin de fournir plus d'argent aux Etats les plus démunis en Amérique du nord. Peut-on dire que le fédéralisme est un rempart contre la crise dans le pays ? La zone euro devrait-elle s'inspirer de l'exemple américain ?

Les contributions des Etats aux budget fédéral représentent quelques 55% de la pression fiscale américaine, contre environ 2% pour les contributions des pays au budget communautaire. Le Gouvernement fédéral a donc les moyens nécessaires pour « redistribuer » une partie importante de son budget au profit des Etats en difficulté (ce qui est décrit dans l’article du « Business Insider »).

La capacité d’assistance du budget communautaire est totalement insuffisante non seulement pour effectuer des « sauvetages » (ceux-ci sont organisés hors du budget par des Traités intergouvernementaux (FESF et MES), mais aussi pour entreprendre des politiques économiques structurelles d’envergure (relance etc.) Le blocage d’un accord sur les « perspectives financières 2014-2020 lors du sommet de décembre dernier ne laisse rien augurer de constructif sur ce plan pour l’avenir prévisible.

S’inspirer de l’exemple américain pour la zone euro implique : une Europe à deux vitesses où l’Eurozone aurait un « budget fédéral » conséquent séparé du budget de l’Union. Cela permettrait aussi à l’Eurozone d’avoir des « ressources propres » capables de servir de support à l’émission d’une « dette fédérale » de l’Eurozone (« Eurobonds »). Les ressources budgétaires combinées avec celles de l’emprunt pourraient donner à l’eurozone les moyens nécessaires pour soutenir les Pays Membres de l’UEM en difficulté, comme le Gouvernement fédéral le fait aux Etats-Unis en faveur des Etats des USA.  Des idées en ce sens commencent à circuler mais on est encore très loin d’une mise en œuvre. Les tiraillements au niveau de l’UE, notamment l’attitude de la Grande-Bretagne, compliquent encore un accord politique préalable indispensable dans ce sens.

Le fédéralisme serait-il une alternative à l'austérité pour l'eurozone ? 

Le fédéralisme à l’échelle de l’Eurozone n’est pas une alternative à l’austérité : le fédéralisme concerne la « structure institutionnelle, l’austérité un « programme de politique économique ». Cependant, une décision politique claire et irrévocable en faveur du fédéralisme, accompagnée d’un calendrier précis des étapes successives devrait permettre de convaincre les marchés de donner le temps nécessaire à la mise en œuvre du projet. Il faut se souvenir que tous les pays-membres de l’UE se sont engagés à rejoindre l’UEM (avec les dérogations pour la Grande-Bretagne et le Danemark).

A terme, il s’agit donc de transformer l’Union européenne, qui a aujourd’hui une structure « intergouvernementale » s’apparentant au "confédéralisme", en une "Union Européenne Fédérale". Sans cette mutation, il sera impossible à terme de maintenir la cohésion de l’UEM. Aucun des pays Membres de l’Union n’échappera aux conséquences désastreuses d’une implosion de l’Euro.

En conclusion, le fédéralisme n’est pas une alternative à l’austérité mais la condition sine qua non à terme pour la survie de l’Union. Alors seulement seront réunies les conditions nécessaires pour mettre fin à l’austérité en donnant aux autorités politiques et monétaires européennes accès aux mêmes outils d’intervention (moyens budgétaires, capacité d’endettement et politique de change) et donc à la même « flexibilité » dont bénéficie le gouvernement américain dans son cadre « fédéral ».

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