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Pourquoi la diabolisation du discours sur l'immigration de Donald Trump en dit autant sur ceux qui le commentent que sur lui
©Reuters

Pavé de bonnes intentions

Pourquoi la diabolisation du discours sur l'immigration de Donald Trump en dit autant sur ceux qui le commentent que sur lui

Le 31 août dernier, Donald Trump a donné un discours très ferme sur l'immigration. Ses propos ont d'ailleurs choqué plus d'un démocrate de l'équipe d'Hillary Clinton, y compris la candidate elle-même.

Jacques Barou

Jacques Barou

Jacques Barou est docteur en anthropologie et chargé de recherche au CNRS. Il enseigne les politiques d’immigration et d’intégration en Europe à l'université de Grenoble. Son dernier ouvrage s'intitule La Planète des migrants : Circulations migratoires et constitution de diasporas à l’aube du XXIe siècle (éditions PUG).

 

 

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Atlantico : En quoi le débat politique sur l'immigration empêche t-il tout questionnement réel de la question ? En repoussant systématiquement un sujet sur des prétextes moraux, le débat politique n'oublie-t-il pas trop facilement les intérêts réels de la population ? 

Jacques Barou : Les propos de Donald Trump sont excessifs et provocateurs. Ils lui sont reprochés, même dans son propore camp. Pourtant cela semble être un des ressorts de sa popularité dans l'électorat. Ces électeurs sont-ils pour autant des racistes viscéraux et des fascistes invétérés ? Le mouvment nativiste, comme on l'appelle aux USA qui se réclame d'une idéologie ultranationaliste et xénophobe est ultra minorotaire. La grande masse de ceux qui sont sensibles aux arguments de Donald Trump sont les laissés pour compte de la mondialisation. Font-ils pour autant des immigrés un bouc émissaire commode ? Tous les travaux démontrent que les immigrés, surtout en période de crise constitue une concurrence réelle pour les franges les moins qualifiées de la main d'oeuvre nationale.

Il y a une certaine hypocrisie de la part de l'administration démocrate d'avoir laissé pendant huit ans près de 11 millions d'immigrés irréguliers qui représentent pour beaucoup d'emloyeurs une main d'oeuvre très bon marché qu'ils ont tout intérêt à embaucher plutôt qu'une main d'oeuvre mieux protégée. Plutôt que de jouer la carte de l'immigration comme un argument électoral pour attiser la peur de la concurrrence ou de délégitimer toute approche critique des politiqes dl'immigration en la taxant de racistes,  les partis en campagne feraient mieux de débattre et de se mettre d'accord pour traiter cette question avec dignité et intelligence.

Pour être bien acceptée et trouver sa place dans les sociétés d'accueil, l'immigration ne devrait pas représenter un risque objectif pour certaines parties des populations nationales. Cela est valable aussi bien pour l'Europe que pour les Etats-Unis. La population de Calais souffre aujourd'hui objectivement des conséquences d'une politique de l'asile mal coordonnée par les Etats européens alors que beaucoup de gens de cette région se sont longtemps investis bénévolement dans l'aide aux demandeurs d'asile de passage. En Allemagne où les nombreux demandeurs d'asile peinent à entrer sur le marché du travail on voit se mettre en place une orientation d'une partie d'entre eux vers des emplois très faiblement payés, ce qui peut faire craindre à une partie de la main d'oeuvre locale une pression à la baisse des salaires dans une économie dont la croissance repose déjà sur une certaine dérégulation.

Si l'on veut éviter l'essor du populisme et les conflits entre nationaux et immigrés (ou entre immigrés déjà insérés et nouveaux arrivants) il convient de ne pas ignorer les inconvénients objectifs qu'une immigration mal régulée peut représenter pour une partie des classes populaires qui souffrent déjà des inégalités et de cesser d'utiliser le thème de l'immigration de façon démagogique à des fins électoralistes pour l'aborder de façon dépassionnée au niveau de l'ensemble de la classe politique.

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