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Pourquoi la bronca anti-Peillon mérite un zéro pointé
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Editorial

Pour les responsables politiques, l’Education nationale tient autant de la poudrière que du ministère. La bronca provoquée par l’idée de Vincent Peillon de raccourcir la durée des vacances d’été en est, hélas, un nouvel exemple.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

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21 mois, c’est la durée moyenne de la mandature d’un ministre de l’Education nationale depuis le début de la cinquième République. Moins de deux ans pour s’installer, gérer le premier budget de l’Etat et tenter d’infléchir la route de ce paquebot dont la taille – notre Éducation nationale est le plus gros employeur du monde, juste derrière l’armée chinoise et les chemins de fer indiens -  et l’inertie l’emmènent inexorablement au naufrage ! Les ministres passent, l’administration reste. Cela ne signifie pas que les premiers ont tort et la seconde tous les droits.

Il n’y a rien dans cet éditorial qui doive au réflexe un peu puéril qui consiste à soutenir par principe celui que tous les autres conspuent, mais le constat que l’organisation du temps de classe des écoliers français n’est pas satisfaisante est indéniable. Les écoles sont fermées plus de la moitié de l’année, avec 17 semaines de vacances pour 35 semaines de cours. Admettre aussi qu’il est grand temps de faire évoluer des congés scolaires calqués sur le temps révolu où les bras d’enfants étaient nécessaires aux moissons ne devrait pas poser problème non plus. Vincent Peillon a donc parfaitement  le droit – et le devoir – d’évoquer un changement des rythmes scolaires.

Pourtant, c’est dans une quasi-unanimité que se sont aussitôt élevées des cris d’orfraie.

Ceux des syndicats de l’Education nationale en premier lieu. Ceux-là même qui brandissent le bien-être des enfants en argument massue dès qu’il s’agit de remettre en cause le moindre rouage de cette machine gigantesque et un peu rouillée sont les premiers à hurler que des vacances d’été de six semaines et en deux zones sont (par principe ?) impossibles à mettre en œuvre. 

Les enseignants, pris entre le marteau de conditions de travail difficiles et l’enclume d’exigences de plus en plus nombreuses de la part de la société, se recroquevillent malheureusement une fois de plus dans un corporatisme forcené, à la manière des hérissons qui se mettent en boule dès qu’ils se sentent menacés.

Et les politiques jouent eux aussi assez médiocrement leur petite musique habituelle. La droite ne sort pas grandie de cet épisode, préférant exploiter cette occasion pour critiquer la cacophonie du gouvernement plutôt que de se souvenir que la réforme des rythmes scolaires était un chantier qui tenait à cœur à Xavier Darcos (qui partage avec Vincent Peillon d’être un vrai connaisseur du monde de l’enseignement). A gauche, une nouvelle fois Jean-Marc Ayrault donne le sentiment de découvrir ce qui se passe lorsqu’un journaliste lui demande s’il approuve son ministre de l’Education nationale. En lieu et place du chef du gouvernement, c’est le numéro un du PS, Harlem Désir, qui du bout des lèvres explique « qu’une réflexion pourrait être ouverte pour 2015 »… Surtout ne fâcher personne ! Et surtout pas les élèves.

Car il ne manque plus qu’un personnage pour que la pièce soit complète, celui du lycéen en colère. En 2011, une simple rumeur propagée par sms et selon laquelle le gouvernement envisageait de supprimer un mois de vacances avait provoqué le blocage de plusieurs dizaines d’établissements scolaires en France. En créateur de SOS racisme et ancien animateur de manifestations de jeunes dans les années 80, Harlem Désir sait combien est pertinente cette analyse d’un haut fonctionnaire de la rue de Grenelle : « Les lycéens, c’est comme le dentifrice : quand ils sont sortis du tube, on ne peut plus les faire rentrer ».

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