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Le revenu des travailleurs indépendants a baissé en 2012.
Le revenu des travailleurs indépendants a baissé en 2012.
©Reuters

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Pourquoi la baisse de revenu des travailleurs indépendants est inquiétante (mais pas forcément pour ce que l’on croit)

Qu'ils soient entrepreneurs individuels ou gérants, les travailleurs indépendants ont vu leur niveau de revenu diminuer en 2012, selon un rapport publié mercredi 8 juillet par l'Insee. Une situation qui préfigure, en même temps qu'une baisse d'activité, une augmentation du recours au paiement informel.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Atlantico : Selon un rapport de l'Insee publié mercredi 8 juillet, le revenu des travailleurs indépendants a baissé en 2012. Quelles sont les causes de ce résultat ? 

Jean-Yves Archer : En 2012, les travailleurs indépendants  ( hors agriculture et hors auto-entrepreneurs comptabilisés à partir de 2009 ) ont perçu en moyenne 3110 euros par mois. Mais on relève de sérieuses disparités :  930 euros mensuels dans le commerce de détail hors magasin contre plus de 8500 euros pour les professions juridiques et comptables ( pourtant en net repli en comparaison avec les années précédentes ). Un indépendant classique sur dix (9,6%) déclare un revenu nul car il n'a pas dégagé de bénéfices ou se rémunère autrement, par exemple, sous forme de dividendes. Il faut en effet garder à l'esprit que le gérant majoritaire d'une SARL appartient à la catégorie des revenus non-salariés.

Quant aux auto-entrepreneurs, ils ont retiré en moyenne 450 euros mensuels de leur activité. Ce faible niveau de revenus s'explique pour partie du fait des plafonds imposés sur le chiffre d'affaires requis pour pouvoir bénéficier de ce régime, mais aussi au fait qu'il s'agit souvent d'une activité d'appoint. Ainsi, fin 2012, près d'un auto-entrepreneur sur trois cumulait cette activité avec un travail salarié.

Les femmes de cette catégorie professionnelle sont très pénalisées et gagnent un tiers de moins que leurs homologues masculins.

Si nous ne disposons qu'en 2015 de cette intéressante étude de l'Insee, c'est que les indépendants ont déclaré leurs revenus 2012 en mai 2013 et qu'il faut ainsi recouper les données fiscales.

Or, au plan fiscal, 2012 n'a pas été une année neutre, ni 2013 d'ailleurs !

Si l'ascenseur social connait hélas de sérieuses ratées, l'ascenseur fiscal – quant à lui - s'arrête à tous les étages. Tels ceux des grands magasins, la ponction est universelle.

La hausse continue de l'impôt national débutée en 2011 a été sérieusement renforcée par la nouvelle majorité qui a sorti une massue fiscale face à une croissance chétive. Tout a déjà été démontré sur le caractère néfaste de cette politique économique pro-cyclique qui mériterait que le nom d'une impasse fût un jour donné en souvenir de l'action de Pierre Moscovici dont les certitudes économiques auront fait entrer notre pays dans une véritable ornière. N'est-ce-pas dans sa famille politique qu'un Premier ministre a accepté de reconnaître récemment que " l'impôt étouffe le pays " ?

Les professions libérales (médecins spécialistes, avocats, etc ) ont développé des stratégies de contournement pour répliquer à cette politique excessive. Certains se sont exilés, d'autres ne travaillent plus que 4 jours par semaine et d'autres enfin ont trouvé mille astuces pour payer moins d'impôts notamment en se faisant payer en espèces.

Auto-entrepreneurs, libéraux, et artisans ont effectivement souffert de la crise ( d'où l'évolution faible de leurs revenus ) mais pour restaurer la statistique dans sa vraie dimension, il faudrait approximer le montant du " 50% liquide, 50% en cash " pour reprendre un terme connu qui fait florès dans certains travaux à domicile.

Au demeurant, un indicateur est pertinent pour qui veut approcher les contours diffus de cette économie informelle. Il est fourni par la Banque de France qui indique, dans une étude du 18 décembre 2013, que les émissions nettes de billets sont passées d'un total de 79,3 milliards en janvier 2011 à 99,1 en novembre 2013. Croissance de 20 milliards à comparer à la quasi-stabilité des émissions de pièces : de 2,67 à 2,95 mds.

Pour un pays comme le nôtre, il faut garder en mémoire que 20 mds cela correspond à 1 point de PIB. Oui, un point de PIB d'essor des espèces en circulation. Autrement dit, la croissance de ce volume de cash a une explication occulte bien davantage qu'une explication à visée technique. Pour payer l'artisan qui complète son chiffre d'affaires avec des paiements en espèces, pour éviter à l'auto-entrepreneur de dépasser son seuil d'imposition, etc, il faut du liquide et du non-déclaré.

Plus tard, avec le recul, il faudra tenter de croiser deux courbes : celle de la médiocre croissance des années 2012 et 2013 décrite par l'Insee et celle, en progression, de l'économie informelle qui ne se limite pas à quelques heures non déclarées d'un jeune professeur de musique. Le cash n'est plus en lisière de l'économie, il se parcourt en filières.

La Direction des activités fiduciaires de la Banque de France précise d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'un réflexe " de thésaurisation " mais bien de la croissance de " coupures de transaction ", autrement dit de ce qui circule.

Or, une économie qui " réclame " plus de 20 mds de liquidités est une économie qui masque probablement 3 à 4 fois cette somme car ces 20 milliards sont destinés à être échangés et à alimenter les flux souterrains.

C'est d'ailleurs en partant de ce constat frappant que le ministre Michel Sapin a annoncé qu'à compter du 1er Septembre, seuls les paiements en cash inférieurs à mille euros seraient autorisés....

Qu'entend-on concrètement par travailleurs indépendants, selon quelles évolutions ce mode de travail a-t-il évolué ces dernières années ? 

En 50 ans, le salariat est passé de 60 à 85% de la population active de notre pays. Les indépendants étaient donc une catégorie en grande décroissance jusqu'à l'apparition des auto-entrepreneurs.

En 1990, 2,99 millions d'indépendants et assimilés, en 2000 : 2,27 millions et en 2011 : 2,59 millions dont 0,588 d'auto-entrepreneurs.

Fin 2013 (source Insee) : on dénombrait 2,686 millions d'indépendants à comparer aux 23,83 millions de travailleurs salariés.

Une des caractéristiques unanimement reconnue des indépendants, c'est leur durée hebdomadaire du travail qui est, en moyenne, de 52 heures. Une étude de l'Insee spécialement dédiée aux indépendants (http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1084 ) démontre aussi la forte disparité entre le niveau de diplômes de cette catégorie sociale.

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