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François Hollande sort quelque peu renforcé de la période des attentats commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly.
François Hollande sort quelque peu renforcé de la période des attentats commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly.
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Enfant prodigue

Pourquoi janvier 2015 pourrait être le mois où François Hollande aura été sauvé malgré lui

François Hollande sort quelque peu renforcé de la période des attentats commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Sur le plan économique, une décision imminente de la BCE pourrait sauver son bilan. Il ne lui restera plus qu'à s'en arroger le mérite.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Selon le baromètre Paris Match-Sud Radio Ifop Fiducial de janvier, la cote de popularité de François Hollande a fait un bon historique de 21 points, avec 40% d'opinion favorable. Le taux d'approbation de Manuel Valls a progressé quant à lui de 17 points, le ramenant à 61% d'opinion favorable. Ce sursaut dans les sondages annonce-t-il des lendemains meilleurs pour François Hollande ?

Jean Petaux : Passée ce que l’on pourrait nommer la "période de viduité sondagière" (environ une semaine), la mesure des effets de la récente séquence comprise entre le 9 et le 11 janvier commence à nous parvenir. Plusieurs sondages (y compris un réalisé par l’IFOP pour le compte de "Sud-Ouest Dimanche" et publié le 18 janvier dans ce journal) montre clairement que François Hollande (mais aussi Manuel Valls et Bernard Cazeneuve) sortent des événements avec une nette amélioration des opinions positives. Pour équilibrer cette première remarque il faut indiquer que Nicolas Sarkozy, lui aussi, a vu son image bénéficier d’une plus-value. Il s’agit d’un phénomène plutôt classique dont l’ampleur varie en fonction de l’état que l’opinion avait immédiatement "ante" des personnalités placées en première ligne pendant les événements tragiques. François Hollande, en tant que président de la République, avait atteint un niveau de popularité absolument catastrophique (jusqu’à 13% de bonnes ou très bonnes opinions) inconnu pour un chef de l’Etat en France jusqu’alors. Depuis quelques semaines néanmoins, le niveau des appréciations favorables à son égard remontait très faiblement (entre 2 et 4 points). Tout naturellement les attentats des 7 et 9 janvier, l’attitude exemplaire du chef de l’Etat et de ses plus proches ministres (le chef du Gouvernement et le ministre de l’Intérieur) pendant tous les événements et dans les jours qui ont suivi, ont conduit à une remontée importante de leur courbe de popularité. On constate, pour dire les choses simplement, que François Hollande se situe désormais au niveau qui était le sien en avril 2013.

Dans le sondage de l’IFOP cité plus haut, pour les items "Défend les intérêts de la France" et "Proche des préoccupations des Français", 46% des Français pour la première proposition et 34% pour la seconde estiment qu’elle s’applique bien à François Hollande. Dans le premier cas cela traduit une hausse de 22 points par rapport à la mesure effectuée sur la même question en septembre 2014 et un "plus" de 9 points par rapport à avril 2013. Pour la seconde l’augmentation est de 17 points par rapport à septembre 2014 et 4 points par rapport à avril 2013. En revanche, si l’on considère trois autres propositions : "Il sait il où il va" ; "Il est compétent" et "Il a de l’autorité", l’amélioration d’une part par rapport à septembre 2014 est bien moindre : entre 9 et 10% seulement dans les trois cas et surtout, la proportion de réponses positives, pour chacun de ces trois items demeure faible : 22% pour le premier (+2% par rapport à avril 2013) ; 26% pour le deuxième (-1% par rapport à avril 2013) et 20 % pour le troisième (+6% par rapport à avril 2013).

On le voit clairement : l’image de Hollande s’améliore mais ce qui passait pour être ses points faibles (déjà durant la campagne présidentielle de 2012 et même pendant les primaires de 2011 par rapport à Martine Aubry par exemple : "l’autorité" pour ne citer que ce thème) demeure ses points de fragilité. Finalement ce qui s’est nettement amélioré dans l’opinion des Français, c’est ce qui avait été dégradé par le livre son ancienne compagne. L’image très négative de "l’homme qui n’aimait  pas les gens", celui qui moquait les "sans dents" a été remplacée par celui qui prend Patrice Pelloux dans ses bras, qui parle longuement avec les familles des victimes (y compris d’ailleurs hors caméra et de manière très intime, sensible et proche). De ce point de vue, là où un livre avait contribué à dégrader l’homme-président et, partant, la fonction présidentielle, dans le seul but de se venger et de régler des comptes purement privés ; des événements tragiques ont permis de mesurer la réalité des êtres et de leurs comportements. Du strict point de vue de l’analyse et de la compréhension des faits politiques, ce n’est pas plus mal. Le "moment attentats" a effacé "Merci pour ce moment". Cela signifie nullement en revanche que François Hollande a retrouvé une assise politique solide sur le moyen et le long terme.

A quelles conditions une crise (attentat, faits divers...) peut-elle permettre de redorer le blason d'un homme politique ? Quels exemples historiques sont à cet égard instructifs ?

L’histoire politique (et pas seulement récente) nous montre toujours que les événements (les fameuses "circonstances" chères au général de Gaulle) agissent comme un véritable révélateur (au sens de papier pH) sur les acteurs politiques. Négativement ou positivement d’ailleurs. Pour illustrer la dimension négative, prenons un seul exemple parmi de nombreux autres. En juin 1940, Paul Reynaud, président du Conseil, plutôt courageux et volontaire jusque-là dans ses choix politiques va littéralement "se dégonfler" au moment le plus tragique, entre le 14 et le 17 juin, cédant aux pressions stupides de sa maitresse Hélène de Portes, elle-même dûment instrumentalisée par le clan des capitulards dirigé par Laval et qui vont amener Reynaud à démissionner ouvrant ainsi un boulevard au maréchal Pétain et au renoncement face aux Nazis. Inversement, pour le changement positif, Charles de Gaulle, 49 ans en juin 1940, totalement inconnu, nommé général de brigade à titre provisoire en mai 1940, va se révéler en quelques semaines. Certes il dispose à l’évidence d’un charisme et d’une volonté très supérieurs au lot commun, mais cela ne suffit pas. L’homme politique qui se transcende, se place "au-dessus de la mêlée", le "surhomme" au sens nietzschéen, c’est celui qui s’affranchit de ses propres valeurs, qui les renverse pour en faire un tremplin en quelque sorte et s’élever très haut dans la capacité à peser sur le cours de l’histoire. Dans cet ordre d’idée on peut citer des leaders charismatiques comme Martin Luther King, comme Gandhi avant lui bien sûr, ou encore Churchill (qui avait plutôt connu jusqu’en mai 40 et son fameux discours "Blood en tears" à la Chambre des Communes, qu’une succession d’échecs (le plus tragique étant l’expédition des Dardanelles et le piège de la péninsule de  Gallipoli en 1915 dont il porte une terrible responsabilité en tant que premier Lord de l’Amirauté alors).

Pourtant, là encore, le destin des êtres d’exception qui infléchissent la trajectoire de l’histoire de leur peuple, de leur nation ou de leur communauté, est souvent tragique ou simplement aléatoire. Tragique : Gandhi, Luther King (voire JFK) : assassinés. Aléatoire : Churchill : battu aux élections législatives britanniques à peine achevée la Seconde Guerre mondiale (quelle ingratitude !), de Gaulle démissionnant de la présidence du gouvernement provisoire en janvier 1946 parce que mis en minorité (ou se vivant comme tel)… Autant dire que, pour reprendre ce très beau vers de "L’Ecclésiaste", sans doute le plus fort des Livres de l’Ancien Testament, comme dit Qôhelet : "Il y a un temps pour tout". Et dans la trajectoire des individus qui font l’histoire, il y a un  temps pour la grandeur, la sublimation des contingences, et un temps pour la petitesse, un temps pour le banal, un temps pour la médiocrité… D’où certainement aussi une des explications du comportement de certaines personnalités exceptionnelles soumises à de profondes dépressions correspondant à ces "temps faibles" où il ne se passe plus rien et où l’humanité de leur peuple "vit" tout simplement, avec ce qui fait la médiocrité de la vie : des écrits stupides, des comportements sordides et des bricolages "humains, forcément humains".

La Banque centrale européenne devrait lancer ce jeudi 22 janvier un programme de  rachats de dettes souveraines. Quel pourrait être l'impact politique de cette décision sur le bilan économique de François Hollande ?

Lire à ce sujet : La peur ou les doutes au rendez-vous du Quantitative Easing à l’européenne préparé par Mario Draghi : comment ça pourrait pourtant marcher

Très important. Les effets économiques et financiers de cette décision peuvent être absolument majeurs. Ils vont venir s’ajouter à deux éléments inédits dans leur simultanéité : la baisse du cours de  l’euro et celle du cours du pétrole et donc, partant, de tous les produits dérivés qui sont liés au prix du baril. Je ne suis pas économiste et ne prétend surtout pas me mêler de ces choses-là, mais si comme le disait souvent le regretté Bernard Maris, "l’économie c’est de la politique", alors très clairement, quand on prend en considération les montants absolument faramineux qui sont évoqués par les économistes eux-mêmes pour quantifier et mesurer ces deux événements majeurs évoqués ici (l’euro et le baril), on mesure combien les indicateurs économiques peuvent être bouleversés et impactés mécaniquement, automatiquement, sans que les effets des mesures politiques, économiques et financières lancées ces dernières mois, n’aient encore pu être matérialisés. Or, ce qui manque à l’économie de la France c’est d’abord un "élément déclenchant", un "coup de starter" comme on disait jadis d’une voiture qui ne démarrait pas sous l’effet du froid, du gel. La confiance ne peut revenir sans doute que si la machine semble redémarrer avec toute la dimension "auto-réalisatrice" et psychologique propre aux comportements des agents économiques. Alors si la décision de la BCE que vous évoquez peut aussi s’inscrire dans cette conjonction, cela ne peut que servir François Hollande et son gouvernement. Il leur restera à faire leur la phrase de Cocteau : "Puisque ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs….". Mais honnêtement, aussi, en tant que dirigeants d’une puissance centrale de la zone euro, la France, ils n’auront pas été totalement étrangers à la décision de Mario Draghi.

Lire également : Quantitative Easing, J-7 : état des lieux des forces en présence

Si François Hollande semble bénéficier d'un alignement favorable des planètes, quelles erreurs pourraient venir tout gâcher ?

A très court terme, pas grand-chose… Même le tome 2 d’une littérature de kiosque de gare, revu et augmenté, n’aura pas d’impact. Même pas un film adapté du tome 1… Dans le courant de l’année 2015, les deux élections nationales impactant les territoires (départementales, 22 et 29 mars et régionales, novembre-décembre 2015) peuvent (c’est une hypothèse et pas une prédiction) dégrader à nouveau l’image du Président et de son gouvernement si elles sont aussi mauvaises pour eux que ce qui se profilait à la fin de l’année 2014. Ce qui pourrait venir gâcher l’alignement des planètes que vous évoquez risquerait d’être un affaiblissement massif du degré de protection des Français par une multiplication significative du rythme et du nombre des attentats. Sur nombre de "cibles". On voit bien qu’aux attaques massives (11 septembre, Madrid, Londres), les ennemis de l’Occident (expression nécessairement floue et imprécise) privilégient désormais les actes symboliques et médiatisés même très limités en victimes (Montauban et Toulouse, 2012 ; musée juif de Bruxelles ; auparavant Marathon de Boston ou prise d’otages en Australie, sans parler des tous récents attentats des 7 et 9 janvier). Si l’Etat (et donc son chef avec le gouvernement) apparaît impuissant à juguler cette dimension virale des attaques alors de là où il est sorti renforcé, courageux, empathique et solide, il sortira incapable, velléitaire et faible… Danger ! D’où, parallèlement, la force symbolique du trio qui est apparu extrêmement soudé pendant les derniers événements : Hollande-Valls-Cazeneuve.

Propos reccueillis par Sarah Pinard

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