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Pourquoi Facebook a décidé de tester la suppression des "J'aime"

Le like peut être vu comme cette forme de perversion de la démocratie, dans la mesure où il s’exprime sans passer réellement par un débat public où les positions s’argumentent.

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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Atlantico : Quel est l’impact psychologique des likes ? 

Nathalie Nadaud-Albertini : Le like indique à un utilisateur combien de personnes ont aimé un contenu, et, parmi elles, quel.e.s sont ses ami.e.s Facebook qui y figurent. Le like est donc un indicateur de la popularité d’un contenu qui, de fait, peut être vécu comme une pression à adhérer à un contenu lorsqu’il est populaire.

L'impact négatif du like sur le bien-être des utilisateurs est-il le seul problème de nature psychologique qu’engendrent les likes ?

Le problème du like n’est pas uniquement un problème psychologique. C’est un problème de rapport à la majorité, au groupe et à la norme. Le like est une forme d’injonction à se prononcer quotidiennement sur différents contenus de façon à rester en accord avec sa communauté d’ami.e.s et de manière plus générale avec le plus grand nombre. Il rend plus compliquée la formation et l’expression d’opinion minoritaire.

On rejoint ainsi ce que Tocqueville appelait « la tyrannie de la majorité » propre à la démocratie. En effet, comme l’explique cet auteur dans De la démocratie en Amérique, si un monarque peut interdire la circulation des écrits, il n’a pas le pouvoir d’empêcher chacun de penser librement dans son for intérieur, alors que la démocratie quand elle se fait tyrannie de la majorité exerce une forme de despotisme plus subtile qui ne se limite pas au corps mais qui s’étend à l’esprit. Car, à celui qui est tenté de ne pas se rallier à la majorité, on ne dit plus « pensez comme le souverain sinon vous mourrez », on dit qu’il est libre de penser à sa guise, indépendamment de la majorité, mais que dans ce cas, il deviendra un étranger au sein de la communauté.

Le like peut être vu comme cette forme de perversion de la démocratie, dans la mesure où il s’exprime sans passer réellement par un débat public où les positions s’argumentent. En effet, le like ne s’argumente pas, il exprime l’affect du moment, sans prise de distance critique, et fait ensuite figure « d’argument du nombre ».

Cacher les compteurs de likes, est-ce une solution excessive à vos yeux ? 

C’est une expérience intéressante, car cela permet à l’utilisateur de réagir plus librement aux contenus que lorsque l’une des premières informations qu’il voit est le nombre de personnes approuvant ce contenu.

Pour l’instant, cette nouvelle version de Facebook n’est qu’un test, qui de plus n’est mis en place qu’en Australie. Comment peut-on, en l’absence de généralisation de cette solution, remédier aux effets psychologiques négatifs que les likes ont sur nous ? 

En choisissant de ne pas l’utiliser, ou du moins en choisissait de ne pas l’utiliser de façon systématique. Cela évite de se sentir contraint de se prononcer perpétuellement.

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