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François Hollande a estimé que "la République n’est pas liée aux origines".
François Hollande a estimé que "la République n’est pas liée aux origines".
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Relativisme quand tu nous tiens

Pourquoi en dissociant République et origines, François Hollande vide l'identité française de son sens

A l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'immigration, François Hollande a estimé que "la République n’est pas liée aux origines" mais qu'elle est "l’adhésion à un projet commun."

Gil  Mihaely

Gil Mihaely

Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.

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Peut-on réellement limiter, comme l'a fait François Hollande à l'occasion de l'inauguration de la Cité de l'immigration, la République à l'adhésion à un projet commun ?

Gil Mihaely : Tous les Etats nations au monde sont confrontés à ce même dilemme : comment faire cohabiter la dimension particulière - l'être français qui est différent de l'être chinois par exemple - et la dimension universelle, c’est-à-dire la démocratie et les droits de l’homme ? La France est confrontée à ce défi depuis la révolution mais il semblerait aujourd'hui que nous soyons allés trop loin dans l'universalisme. Définir l'identité comme le "désir de la République" me semble trop peu pour soutenir l'Etat nation que, comme on l’avait compris depuis la crise économique et le séisme politique qu'a connu le monde arabe, est l’unique organisation politique capable de faire face aux défis des mutations actuelles. Là où il n'y a pas de nation, comme en Syrie ou en Irak, ce n'est pas la paix et la justice qui règnent.

Quels sont justement les risques induits par le fait de limiter l'identité au désir de République ?  

On risque à l'avenir de plus être rien du tout. Et le risque est de voir la société solidaire disparaître, au profit d'un agrégat d'individus. Une société solidaire ne se fonde pas sur un passeport et dépasse largement l'aspect juridique. Le risque est de dilapider ou d'effacer la dimension identitaire qui est nécessaire pour la survie d'une nation. Cette dimension doit certes être définie et faire l’objet d’une négociation et une évolution permanentes mais il ne faut pas le négliger. La nation n'est pas uniquement source de conflits. Elle est aussi garante d'un Etat qui fonctionne, d'une solidarité. Elle est finalement le ciment d’un système politique qu’on appelle en France "la République".  

Or, les ¾ de la planète est d'accord avec les principes de la République qui sont l'égalité, la liberté et la fraternité, la preuve que cela ne suffise pas pour définir l’identité française.

Comment peut-on encore aujourd'hui définir le fait d'être Français ?

C'est justement la question que nous posent les immigrés…. Lorsque les immigrés demandent ce qu'il faut faire pour devenir Français, il faut être en mesure de répondre avant de leur reprocher de ne pas devenir Français. Il faut reconnaitre que c'est probablement la question la plus difficile qui soit. Nous sommes confrontés à une pensée relativiste très puissante. Le plus simple, c'est de réfuter toutes les propositions et de réduire la définition à la simple obtention de la nationalité. Est Français celui qui a le passeport français. Et pourtant, il est quand même essentiel d'avoir un socle plus large.  

Quelles sont les conséquences sous-jacentes de la déclaration de François Hollande ?

Les conséquences sous-jacentes de cette phrase est que d’un côté l'on fait fi des racines et de l’autre on parle d’un projet complètement vague ! On sait à quoi on nous demande de renoncer mais on ne sait pas au profit de quoi…  Il n'y a pas de "projet français", nous sommes dans l'inertie. Il y a certes un gouvernement qui propose des mesures, mais c'est n’est pas un projet capable de remplacer les racines de la France… Ce qui risque de se passer c'est un délitement de la nation et donc de l'Etat car sans nation, point de corps politique et donc point d’Etat, juste une association d’ayants droit.

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