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Pourquoi aucun des candidats à la présidence de l'UMP n'a autant de surface politique que Nicolas Sarkozy ?
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Pourquoi aucun des candidats à la présidence de l'UMP n'a autant de surface politique que Nicolas Sarkozy ?

Depuis sa défaite à l'élection présidentielle et son retrait de la vie politique, Nicolas Sarkozy a su créer son propre mythe dans l'inconscient du peuple de droite. Selon un sondage du JDD, 53 % espèrent son retour en 2017.

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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Atlantico : Une enquête Ifop-JDD publiée ce dimanche révèle que 53 % des sympathisants UMP souhaitent le retour de Nicolas Sarkozy en 2017. Que manque-t-il aux autres candidats à la présidence pour avoir autant de surface politique que Nicolas Sarkozy ?

Denis Tillinac : Il leur manque l'expérience, il leur manque d'avoir souffert. Sarkozy est le premier président des vingt dernières années à avoir été élu du premier coup. Il a fallu, en comparatif, trois élections présidentielles à Jacques Chirac et à François Mitterrand. D'une certaine façon, les électeurs ont compris qu'il n'en avait pas assez bavé. Grâce, ou à cause, de sa défaite de 2012, il aura enfin connu un échec et il sera resté sur cette blessure et donc sur cette soif de revanche.

En outre, sa personnalité est assez riche pour pouvoir refléter plusieurs des sensibilités de la droite.

Est-ce ce qui manque aujourd'hui aux candidats à la présidence de l'UMP ?

Certainement. Mais ils vont tout faire pour combler leurs lacunes. François Fillon est perçu comme un peu plus centriste, Jean-François Copé a, lui, plus une image de chef de clans. Les Français pressentent qu'une telle élection ressemble à une sorte de primaire à l'élection présidentielle de 2017 ce qui est un problème car les sympathisants UMP n'ont pas envie que cela aille aussi vite. Cela s'explique par le fait que, très vite, on va s'apercevoir qu'une grande majorité, dont je fais partie, pense que Nicolas Sarkozy serait le meilleur candidat en 2017.

Cela explique-t-il le fait que le peuple de droite ait autant de mal à tourner la page Sarkozy ?

Le peuple de droite a bien compris que la défaite de Nicolas Sarkozy n'avait rien de déshonorant. Tous les gouvernants en exercice, de droite comme de gauche ont connu une défaite électorale après la crise de 2008. Si l'on ajoute à cela la vindicte antisarkozyste des médias dû à une certaine crispation consécutive à son caractère, on se rend compte que cette défaite est plus qu'honorable. Ce n'est pas un désaveu. Sa défaite n'est pas une fin de non-recevoir. Il y a quelques mois, l'antisarkozysme était encore très présent en France. Certains avaient tendance à tenir l'ancien président responsable de tous les maux de la terre.. Mais que cela est en train de se dissiper petit à petit.

Que peut-on retenir de l'héritage de Nicolas Sarkozy ? Les candidats à la présidence de l'UMP en reprennent-ils une partie ?

Du côté du camp Fillon, on considère que les réformes constituent son héritage. Il est donc largement repris et défendu malgré le fait qu'il y en ai eu parfois trop et qu'elles n'aient pas forcément été menées jusqu'au bout. On conteste plutôt certain aspect du style du quinquennat. Plus généralement, il n'y a pas vraiment de désaveu à droite. Les socialistes vont payer très cher l'idée qu'il faut tourner la page et qu'il faut tout détruire ce que l'ancien président a construit. Les Français ont conscience, au fond, que les réformes allaient dans le bon sens.

Néanmoins, Sarkozy doit prendre conscience des raisons pour lesquelles il a perdu. Il y a certainement eu un problème de style qui faisait qu'il n'incarnait pas complètement la dimension monarchique de la présidence. En outre, si retour il y a, il devra se montrer discret pendant les quelques mois qui suivent. Il faut qu'il apprenne à se faire désirer.

Le fait que l'ombre de Sarkozy plane encore sur l'UMP complique-t-il la tâche des candidats à la présidence du parti. Cela peut-il les empêcher de s'imposer dans l'opinion?

Le prochain président n'aura pas un second rôle mais il n'aura aucun intérêt à camper très vite en candidat potentiel à la présidentielle de 2017. Le peuple de droite ne lui pardonnera pas. En effet, de plus en plus de gens vont être menés à penser que le prochain candidat sera Nicolas Sarkozy. Fillon et Copé ont beaucoup de qualités mais ils ne doivent pas chercher à rompre avec l'ancien président.

En 2007, Sarkozy avait réussi à réconcilier la droite bonapartiste et la droite orléaniste. Fillon et Copé peuvent-ils eux aussi réussir ce pari ?

Il est fort possible qu'ils essayent de mener une campagne à contre-rôle afin de jouer sur le terrain de l'adversaire. Copé dans un rôle plus centriste et Fillon plus bonapartiste.

Selon moi, la droite a eu tort de renoncer à la séparation RPR / UDF. Les deux sensibilités sont difficiles à concilier et aujourd'hui, l'UMP se retrouve être un grand parti « fourre-tout » qui n'a pas d'âme et qui ne correspond pas à la culture de la droite. Cela ouvre un grand espace au Front national.

Cependant, l'UMP n'ira pas jusqu'à l'explosion, simplement pour des raisons de financement du parti.

Si le président de l'UMP veut rassembler, il ne faut pas qu’il campe en futur président de la République. Sinon, il va créer des antagonistes et l’ombre de Sarkozy pèsera si lourd qu’il ne pourra rien faire. Fillon et Copé devront donc laisser entendre assez vite que la question de la présidentielle reste ouverte.

En se présentant comme présidentiable, on se pose en adversaire de Sarkozy et on accroit les divisions au sein du parti. Les socialistes ne manqueront pas d’en profiter.

Selon vous, le retour de Sarkozy en 2017 est-il inéluctable ? Est-ce la seule manière de faire gagner la droite ?

A l’heure d’aujourd’hui, je ne vois pas d’autres candidats capables de gagner, de fédérer et de créer une lame de fond à droite. Les choses peuvent bien évidemment changer en cinq ans, quelqu’un d’autre peut bien évidemment arriver à s’imposer.

Beaucoup de politiques avaient annoncé leur retrait en politique et y sont revenus par la suite. Parmi eux Churchill ou encore le Général de Gaulle. Ce ne serait pas la première fois qu’un homme politique ne ferait pas ce qu’il a dit !

Propos recueillis par Célia Coste

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