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La semaine a été marquée, une nouvelle fois, par des décisions qui donnent une mauvaise image de la France.
La semaine a été marquée, une nouvelle fois, par des décisions qui donnent une mauvaise image de la France.
©Reuters

Sacrifice

Pour protéger ses intérêts électoraux, François Hollande aggrave l’isolement économique de la France

Entre l’affaire des droits de vote double, la remise en cause de la retraite chapeau de Philippe Varin, la quasi faillite d’Areva, sans parler des fausses économies budgétaires et des faux projets de revenir sur les 35 heures, François Hollande multiplie les non-décisions qui aggravent l’isolement international de l’économie française.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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A Paris, La semaine a encore été marquée par les faux-pas et les petites lâchetés qui ont pour conséquence de noircir l’image de la France et de renforcer son isolement. Les  ventes de l’avion Rafale ne changent rien. Ces succès commerciaux sur le marché des armes prouvent seulement que la France ne fait que profiter des guerres intestines à l’islam en équipant les monarchies Sunnites.  La France ne peut pas construire son avenir sur l’industrie de l’armement. Elle s’isole.

Partout le monde bouge et Paris s’enfonce dans l’immobilisme. La victoire très peu attendue de David Cameron en Grande-Bretagne prouve bien que les peuples sont capables d’accepter des réformes structurelles difficiles sans tomber dans le populisme. Parce que David Cameron n’a pas fait qu’utiliser la planche à billets pour sortir de la crise, sinon ça n’aurait pas marché ; il a reconstruit une industrie et restauré sa compétitivité.

Le monde des affaires n’en finit pas de faire la liste des ratages et des maladresses provoquées par la protection des petits intérêts politiciens.

Premier phénomène qui fait des ravages dans toutes les capitales financières : la bataille menée par Bercy pour imposer les droits de vote double chez Renault, puis chez Orange, puis chez Air France  est du plus mauvais effet. La plupart des fonds d’investissement anglo-saxons et scandinaves (très puissants parce qu’ils gèrent des fonds de retraite)  ont fait savoir qu’ils prenaient cela comme un moyen pour la France  de se protéger et de repousser les actionnaires non habilités par l’Etat français.

Bercy et Matignon n’ont toujours pas donné d’explications crédibles à ce qui apparaît comme un coup de force pour acquérir des majorités sans en payer le prix. L’objectif n’est même pas stratégique, il est purement idéologique. En clair, et pour les anglo-saxons c’est une mauvaise manière qui les fait reconsidérer leur position à l’égard du capitalisme français qui s’avère sous influence du pouvoir de l’extrême gauche. Parce qu’il s’agit bien de  faire plaisir à la gauche de la gauche et aux écolos.

La polémique sur la retraite chapeau de Philippe Varin, l’ancien PDG de PSA Peugeot-Citroën lancée  par Stéphane le Foll, porte-parole du gouvernement, déclarant qu’il était scandalisé, a provoqué la colère de Philippe Varin. Pour éviter le clash, Emmanuel Macron l’a calmé en publiant un communiqué, précisant que Philippe Varin n’avait rien fait d’illégal et qu’il conservait la confiance du gouvernement. Quelle pirouette !

Il faut dire que Philippe Varin a en charge de dire la vérité sur la faillite d’Areva et surtout de trouver des solutions pour gérer un redressement qui s’annonce douloureux socialement, et très compliqué. On aurait voulu du côté de l’extrême gauche torpiller ses efforts et faire exploser le dossier Areva qu’on n’aurait pas fait autrement. Le gouvernement, n’a pas les moyens d’ajouter une crise de management au fiasco financier sur Areva.

Alors Stéphane le Foll, ami proche du président de la république serait-il  devenu porte-parole de la gauche radicale ou tout simplement maladroit ? Peu importe, compte tenu de sa position au gouvernement, sa maladresse a entraîné l’ensemble de la gouvernance  dans une dérive verbale, incompréhensible par le monde des affaires français et étrangers.

Pourquoi la France serait-elle prêté à revenir sur une décision actée en assemblée générale d’actionnaires ? Pourquoi la France a-t-elle laissé se dégrader à ce point l’un de ses plus beaux fleurons industriels ? Areva est à 83% la propriété de l’Etat. C’est donc le contribuable qui devra éponger des 5 milliards de pertes. A moins qu’on se décide à rapprocher Areva d'EDF ; dans ce cas ce sera le client final, celui qui achète l’électricité et qui devra le payer à son vrai prix. Dans tous les  cas de figure c’est la France qui se dégrade et qui s’isole des marchés extérieurs. La ministre en charge de ce dossier, et qui passe désormais, aux yeux des chancelleries, comme le deuxième personnage de l’Etat, Ségolène Royal, n’a toujours rien dit !

Parallèlement à tout cela, la France continue de se déconsidérer à Bruxelles en laissant croire que son déficit budgétaire va se réduire alors qu'un pays comme la Grèce n’a rien fait comme réformes promises. La situation est tellement nerveuse sur les taux d’intérêt notamment, que l’Allemagne a été obligée de sortir un communiqué précisant qu’elle n’accepterait aucune flexibilité sur l’application des accords de Maastricht.

Et les Allemands ne visaient pas seulement la Grèce.

En Grèce justement, la situation est devenue inextricable mais la France ne s’en inquiète pas. Les ministres des finances de la zone euro, les dirigeants du FMI et de la BCE ont fait savoir qu'ils étaient prêts à tous les aménagements de la dette possibles , allongement des délais, transformation, échanges de titres, bref toutes les contorsions possibles aux termes desquelles la Grèce n’aurait pratiquement plus rien à rembourser mais à deux conditions : 

D’une part, que le gouvernement d’Alexis Tsipras ajourne certaines promesses (comme celle sur l’âge de la retraite) et consente à mettre en place un système fiscal qui tienne debout. D’autre part qu’Alexis Tsipras abandonne cette exigence de l’annulation pure et simple des 350 milliards d’euros de dettes publique, ce qui reviendrait à lâcher une bombe sur la zone euro.

La formule proposée par les institutions européennes aboutit au même résultat (alléger le fardeau) mais sans effets systémiques, et ne remet pas en question l’équilibre global. Les européens ont compris que les dirigeants  grecs jouaient la politique du pire. Peut-être que les Grecs eux-mêmes commencent à comprendre que leur élus sont assez irresponsables même s’ils ont voté pour eux.

Pendant ce temps-là, ce qui est incroyable c’est qu’officiellement  la France ne dise strictement rien. Pourquoi ? Tout simplement, parce que la gauche de la gauche et les mouvements écologistes sont d’accord avec les positions officielles des élus grecs et qu’il ne faut surtout pas les froisser. On ne peut quand même pas imaginer que la présidence française espère vendre des rafales à Athènes.

Plus grave, sur une des réformes sociales, les plus emblématiques, l’abolition des 35heures, il est probable que le gouvernement ne laissera pas faire la direction de l’assistance publique qui doit sortir un projet dans ce sens afin de garantir l’emploi. C’est  Martin Hirsch, le directeur des hôpitaux de Paris qui est à la manœuvre et qui a demandé la révision des accords sur le temps de travail à l’AP-HP, sachant que son établissement est le plus grand d’Europe. Tous les autres hôpitaux le regardent faire. La ministre, elle, ne dit rien et c’est le président de la République lui-même qui veille au grain pour éteindre tout début d’incendie social. Fidèle à sa stratégie : ne rien faire qui puisse déranger l’ordre établi. Sauf que dans les hôpitaux,  les 35 heures ont  tellement dérangé l’organisation qu'ils sont au bord de l’asphyxie.

Il est évident que mises bout à bout, toutes ces réformes avortées ou ces mesures de protection donnent le spectacle d’une France en désordre, qui se met en marge du mouvement mondial et européen. Bref, une France qui s’isole de plus en plus.  

Nos grandes entreprises regardent en dehors des frontières et nos cadres supérieurs s’en vont travailler ailleurs. Ce n’est pas par hasard si Lafarge, le numéro un des cimentiers, se fait en réalité manger par Holcim, un Américain, même si on vient nous expliquer le contraire. Ce n’est pas un hasard si Alcatel Lucent se fait manger par Nokia. Ce n’est pas par hasard si Areva est au bord de l’arrêt cardiaque. Pour le gouvernement tout cela n’existe pas. Il n’en parle pas.

Cette semaine le monde des affaires a compris qu’il se préparait un combat de titans dans l’industrie de la communication. Les entreprises de la net-économie les plus puissantes du monde, en l’occurrence Microsoft, Google , Apple , SAP et Oracle, sont prêtes à se battre à coup de milliards de dollars pour mettre la main sur une entreprise que personne ne connait dans le grand public, "Sales force". L’enjeu est planétaire.

Sales force, pour les professionnels du marketing, est le champion du monde du logiciel capable de gérer les relations client. Le big data, c’est lui. C’est lui qui a tous les outils pour savoir très finement ce que veut et à quel prix, le client. Autant dire qu’il possède l’arme nucléaire  dont  toutes  les marques  sont prêtes à louer les services. Les industries de la consommation, les banques, les assurances, les opérateurs de téléphone, les voyagistes, les caisses de retraites  etc. etc.

Cette entreprise créée en 1999 aux Etats-Unis valait cette semaine 45 milliards de dollars à la  bourse de New-York. Elle intéresse SAP, la multinationale du logiciel d’organisation, d’origine  allemande, Oracle qui est l’inventeur historique de la relation client et bien sûr, tous ceux qui lorgnent sur les big-data à commencer par Google et Microsoft. Microsoft  aurait mis 50 milliards de dollars US, la semaine dernière pour acquérir cette perle rare.

En quoi cette affaire intéresse-t-elle la France… En quoi ? Très simple, la France est complètement incapable de rentrer dans un tel deal.

Les Allemands pourraient renchérir (SAP), mais en réalité la source de l’information commerciale utilisable dans le monde entier restera américaine. C’est grave, docteur ?  Ça ne le serait pas trop si l’Europe ou le monde étaient organisés et régulés. Mais ce n’est pas le cas. Celui qui disposera du big data pourra aussi décider des productions de biens  et services répondant aux besoins et surtout décider de leur localisation industrielle, donc des activités et des emplois. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est du planning à dix ans. C’est-à-dire pour demain.

Pendant que les grandes entreprises mondiales préparent de vraies grandes manœuvres , la France préfère se polariser sur les droits de vote double pour les participations d’Etat, polémiquer sur la retraite chapeau légale d’un dirigeant à qui on a officiellement confié le redressement d’Areva , ou surveiller comme le lait sur le feu ce que donnera socialement la transformation des 35 heures à l’Hôpital de Paris. Le gouvernement français s’occupe de l’essentiel, on va donc pouvoir s’endormir tranquille et compter les allocations chômage.

C’est terrible, mais on ne doit pas vivre dans le même monde que les autres humains de la planète et de moins en moins… Le village d’Astérix, encore et toujours. C’est drôle en bande dessinée mais dans la vraie vie ça ne tient pas longtemps.

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