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Pour Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, "la monnaie unique protège l'Europe"
Pour Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, "la monnaie unique protège l'Europe"
©Reuters

Aveuglement

Pour Jean-Claude Juncker "la monnaie unique protège l'Europe" : pourquoi ce qui était vrai en théorie se révèle faux dans la réalité

Le nouveau Parlement européen a élu mardi 15 juillet à la tête de la Commission européenne le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui a remporté le scrutin avec 422 voix sur 751 eurodéputés.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Le candidat désigné à la présidence de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré mardi 15 juillet devant le Parlement européen que "la monnaie unique protège l'Europe". Au vu de la crise de 2008, de la situation économique de la Grèce, de l'Espagne ou encore du Portugal, peut-on dire que l'euro a eu un rôle protecteur ?

Nicolas Goetzmann : Si Jean Claude Juncker considère que l’euro protège l’Europe, c’est qu’il doit avoir un sérieux problème avec la réalité. Le taux de chômage global de la zone euro est plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était avant l’existence même de l’euro. Ce que Jean-Claude Juncker doit vouloir dire, c’est que cela aurait été pire sans l’euro. J’ai de sérieux doutes sur ce point, à moins de considérer que le niveau d’incompétence de chacune des 17 ou 18 banques centrales qui auraient alors composé l’ensemble auraient été encore plus incompétentes que la BCE. Et la BCE a pris beaucoup d’avance en termes d’erreurs. Il est probable que certaines banques centrales auraient pu commettre des erreurs, mais à ce point-là, cela paraît difficilement imaginable. Je pense à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, à la France, au Portugal. Par contre pour l’Allemagne, la politique a été parfaite. Pour se rendre compte du résultat, il suffit de comparer le niveau de croissance nominale, c’est-à-dire tenant compte de l’inflation, avant et après la crise. Si cette croissance est stable dans le temps, cela signifie  que la politique monétaire est équilibrée, si elle chute, cela signifie qu’elle est trop restrictive. Or, elle a été stable en Allemagne et trop restrictive ailleurs. Non, l’euro n’a pas protégé l’Europe de la crise, mais il ne s’agit même pas de l’euro, il s’agit de la politique menée par la BCE qui est en question. Et cette gestion a été, et est toujours, catastrophique. Et le mot est pesé.

Christophe Bouillaud : Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau Président de la Commission a le sens du paradoxe. En effet, les dernières années ont vu des populations de certains pays européens soumis à des plans d’ ajustement structurel jamais vus sur le continent depuis des lustres, et connaître de taux de chômage très importants . Les autorités européennes ont clairement choisi au moment de la "crise des dettes souveraines" (depuis mai 2010) de sauver l’euro quel qu’en soit le prix à payer pour les populations concernées. Le cas de la Grèce est en ce sens paradigmatique. Le journal médical The Lancet a même démontré l’augmentation du taux de mortalité qui en a résulté. En ce sens, effectivement, "la monnaie unique  protège l’Europe", un peu comme "le Führer protège le droit" pour reprendre une formule célèbre de Carl Schmidt au lendemain de "la Nuit des longs couteaux" en 1934. Pour sauver l’euro, il a fallu avaler tellement de couleuvres, revenir sur tellement de principes juridiques et moraux, qu’effectivement l’ordre européen en a été renforcé, mais à quel prix ?  Désormais, vu les fautes, au moins morales, commises au nom de l’Euro, les partisans de l’Europe n’ont plus d’autre choix que d’aller plus loin dans l’intégration, en ce sens effectivement la monnaie unique protège l’Europe de toute contestation réelle et tout retour en arrière. Les vaisseaux sont brûlés, il faut aller de l’avant ou périr. 

Jean-Claude Juncker a évoqué les "pertes de dignité" des Etats, obligés de dévaluer. La dévaluation met-elle nécessairement en péril la "dignité" d'un Etat ? Pourquoi l'usage d'un terme aussi fort ?

Nicolas Goetzmann : Jean-Claude Juncker nous ressort le terme de dévaluation qui correspond à sa génération. Il ne s’agit pas de dévaluer mais de mener une politique monétaire permettant de stabiliser la croissance nominale de l’économie. Cette dernière s’est effondrée et c’est le rôle de la Banque centrale de la stabiliser. Si un état perd sa "dignité" quand il mène une politique adéquate à sa structure économique alors les Etats-Unis ont perdu leur dignité, le Japon a perdu sa dignité, le Royaume-Uni, la Chine etc. Bref, tous ces pays qui ont un taux de chômage bien plus faible que la zone euro ont donc perdu leur dignité... Jean Claude Juncker est vraiment un brillant analyste. Parler de dignité lorsque la zone euro est la risée du monde entier concernant la croissance et l’emploi, quand près de 19 millions de personnes sont au chômage, il y a une question de décence politique qui se pose.

L’usage du terme dignité rappelle la conception moraliste de l’économie. La monnaie est considérée comme un outil "immoral" en Europe continentale, comme cela était déjà le cas dans les années 30. A cette époque la France ne voulait pas agir sur la monnaie et se pensait alors vertueuse. Le résultat fut de plonger l’Europe mais aussi le monde dans une spirale déflationniste à partir de 1931. Pour la zone euro, c’est pareil. Tout se passe comme si les questions monétaires n’avaient pas évolué depuis un siècle, comme si rien n’avait été écrit, expérimenté. La limite du ridicule a été franchie depuis bien longtemps.

Christophe Bouillaud : Il est vrai que les opinions publiques des pays européens depuis le XIXe siècle mettent leur honneur dans la valeur intangible de leur  monnaie, alors exprimée en or. C’est une construction sociale et économique qui est alors encouragée par certains secteurs de la société qui en bénéficient directement (les bourgeoisies de l’époque). Plus récemment, la critique des dévaluations, dont se fait écho Jean-Claude Juncker, revient à souligner que certains pays savent mieux maîtriser leurs coûts salariaux que d’autres. En somme, si tout le monde avait des syndicats de salariés qui savaient se contenter de leur juste (petite) part, il n’y aurait jamais de modification des taux de change entre monnaies. Dans le cas de l’Italie, par exemple, la dévaluation a souvent été utilisée pour compenser une dérive des coûts salariaux, or, en fait, il n’y a rien de si honteux à cela, puisque ces dévaluations  ont permis à  chaque fois à l’Italie de regagner des parts de marché à l’exportation (comme après 1992-93).

La crainte de la dévaluation, c’est surtout celle du petit rentier qui a peur de ne plus pouvoir partir en vacances dans son pays préféré.  En tout cas, présenter la dévaluation comme attentatoire à la dignité d’un Etat traduit surtout le fait que Jean-Claude Juncker se met clairement  du côté de tous ceux qui préfèrent la « dévaluation interne » actuelle à la dévaluation : dans la dévaluation interne, les salaires nominaux doivent baisser, mais les autres revenus (loyers, revenus des professions libérales, rentes) peuvent rester stables en valeur faciale, et gardent donc le même pouvoir d’achat à l’extérieur ; avec la vraie dévaluation, les salaires nominaux restent les mêmes, comme tous les autres revenus, et tout le monde perd en pouvoir d’achat exprimé en biens importés.  En somme, c’est un choix de répartition des revenus que loue ainsi Jean-Claude Juncker. 

Dans les conditions qui régissent actuellement notre monnaie unique, la stabilité des Etats qui l'utilisent est-elle assurée, comme semble vouloir le dire Monsieur Juncker ? Pourquoi ?

Nicolas Goetzmann : Non. La forme actuelle de l’euro est totalement obsolète. Pour schématiser, une politique monétaire est un arbitrage entre un taux de chômage et un niveau d’inflation. Plus vous relancez la monnaie, plus vous faites baisser votre niveau de chômage. A ceci près que lorsque le plein emploi est atteint, disons 6-7% en Europe, il ne faut plus relancer. Sinon, le résultat ne sera que de l’inflation et plus de croissance du tout. C’est ce qui est arrivé dans les années 70 et 80, lorsque l’on croyait encore qu’il suffisait de relancer sans arrêt pour faire baisser le chômage.

Aujourd’hui c’est exactement l’inverse. Il n’y a pas d’inflation, c’est la déflation qui menace et la zone euro atteint un record de taux de chômage. Les marges de manœuvre sont donc immenses pour atteindre le plein emploi. A un détail près, l’emploi n’est pas considéré comme un objectif pour la BCE. L’euro est une monnaie qui consiste à se protéger uniquement contre l’inflation mais pas contre le chômage, comme cela pourrait être le cas aux Etats Unis ou au Royaume Uni.

Le plus incroyable est que l’Espagne et la Grèce, avec des taux de chômage supérieurs à 25% ne se soient pas encore révolté. En 6 ans de crise, il est déjà possible de considérer qu’une génération entière a été sacrifiée. Pourtant, aucun changement de politique ne semble être à l’ordre du jour.

Christophe Bouillaud : Pour l’instant, il faut bien reconnaître que la stabilité semble assurée. D’une part, sur le plan strictement budgétaire et financier, les Etats arrivent à boucler leurs fins de mois. D’autre part, sur le plan politique, les dernières élections européennes ont montré que les partisans d’une telle solution de la crise européenne restent majoritaires dans les électorats qui vont voter – à ne pas confondre avec la majorité de l’électorat  de tous ceux qui pourraient voter en principe. Certes, en France, le FN est à 25% parmi les votants, en Grèce, l’extrême gauche est au plus haut, mais globalement, les partis politiques qui soutiennent l’actuel statu quo européen sont majoritaires parmi les votants. Nulle part dans la zone euro un parti radical n’est en voie de prendre le pouvoir : le FN avec 25% est encore très loin des 51% ! Bref, la crise semble largement finie et l’élection de Jean-Claude Juncker est apparemment  le dernier clou sur son cercueil. Cependant, il faut se rappeler que les opinions publiques, telles que mesurées par les Eurobaromètres, restent très négatives sur l’état actuel de l’Union européenne. Il suffirait sans doute d’une rechute dans la crise économique pour que cet équilibre, financier et politique, soit remis en cause, et que les populations trouvent le moyen d’exprimer leur mécontentement plus fortement encore. 

Sur le plan démographique, on constate que des pays comme la France, les Pays-Bas ou la Belgique ont un taux de fécondité élevé, autour de 2 enfants par femme, ce qui n'est pas le cas de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie ou de la Grèce. Ces divergences démographiques sont-elles compatibles avec la poursuite de l'objectif d'une monnaie unique ? Des pays comme l'Angleterre ou les pays nordiques, dont la natalité est bonne, sont-ils rendus d'autant plus réticents à l'idée d'intégrer la zone euro par ce facteur ?

Nicolas Goetzmann : La France est l’exception avec deux enfants par femme. 1,38 en Allemagne, et à peu près la même chose en Espagne ou en Italie. Ce constat a déjà pu être fait par le démographe Emmanuel Todd : il existe deux Europe en termes de natalité. Les pays dynamiques qui sont en général hors zone euro, comme le Royaume Uni et les pays du nord, mais parfois aussi dans la zone euro comme la France. Puis les pays vieillissants comme l’Allemagne, l’Italie, le Portugal etc.. Cette situation est un problème à terme pour ceux qui sont intégrés dans la zone euro. Il n’est pas possible de mener de concert une politique monétaire adaptée à un pays qui décroit démographiquement et adaptée à un pays en croissance démographique. Soit la politique est équilibrée entre les deux et ne convient à personne, trop pour les uns, pas assez pour les autres, soit on poursuit l’intérêt d’un seul.

C’est un peu ce qui passe avec L’Allemagne d’aujourd’hui qui cumule faible démographie et faible coût du travail. Le défi est donc double. Et en cumulant les deux éléments, L’Allemagne n’a pas besoin de grand-chose pour avoir le plein emploi. Malheureusement, une telle situation n’est possible qu’au détriment des autres. La divergence démographique est, à plus long terme, la menace la plus sérieuse sur la viabilité d’une monnaie unique, quand bien même celle-ci serait équilibrée.

Christophe Bouillaud : De fait, ces divergences de taux de natalité préexistaient à la monnaie unique, et traduisent à chaque fois des trajectoires nationales ancrées dans l’histoire des populations et des Etats qui les encadrent. En réalité, ces démographies différenciées nous rappellent simplement qu’il n’existe pas une société européenne, mais des sociétés européennes, et plus prosaïquement encore, qu’il n’existe pas une politique de la famille en Europe, mais des politiques familiales, qu’il n’existe pas un statut unique de la femme au travail, mais des statuts de la femme face au marché du travail. Etc.

Cette diversité européenne, aussi bien dans l’ancienne Europe des 15 que dans la grande Europe élargie des 28, se trouve à peine entamée par les politiques sociales et familiales définies en commun, et la crise économique n’arrange rien de ce point de vue. Je ne crois pas par contre que les citoyens britanniques ou suédois fassent le lien entre le taux de natalité de leur pays et l’adhésion de leur pays à la zone euro. Dans les deux cas, ce sont bien plus des considérations directement politiques qui interviennent : ni les Britanniques ni les Suédois ne veulent perdre leur indépendance au point de ne plus avoir leur monnaie nationale – et rationnellement, le spectacle de la zone euro depuis 2010 doit leur donner envie de rester en dehors de ce jeu-là.

Juncker a évoqué les " guerres monétaires" du passé. En l'absence de l'euro, les Etats européens seraient-ils effectivement entrés dans une guerre monétaire, et avec quels effets ?

Nicolas Goetzmann : Si l’Europe c’est la paix, Jean-Claude Juncker nous invente le concept de paix monétaire. Ce qui reste un point de vue douteux lorsque le taux de chômage est proche de 12%. Ce qu’il appelle guerre monétaire n’est rien d’autre que "l’affreux" constat que certains pays peuvent avoir des intérêts divergents, et donc poursuivre des politiques monétaires divergentes. L’idée de guerre monétaire est soutenue par ceux qui pensent encore qu’une "dévaluation" a pour but de relancer les exportations. Si l’on regarde le Japon actuel, on se rend compte que le yen s’est effondré en deux ans et que dans le même temps, la balance commerciale du pays est passée en territoire négatif. Pourquoi ? Parce qu’une relance monétaire produit une relance du marché intérieur, ce qui soutient les importations.

Alors, même si la monnaie baisse et que le pays devient attractif, la balance commerciale est d’abord affectée par ces importations. Mais ce phénomène ne semble pas être compris par Jean-Claude Juncker : une relance monétaire est une relance de la demande intérieure, et non un simple artifice qui consiste à faire « baisser la monnaie ». Il suffirait de regarder ce qu’il se passe dans le monde pour s’en rendre compte. Si le nouveau président de la Commission européenne considère que les Etats-Unis et le Japon sont en pleine guerre monétaire, libre à lui, mais ces pays enregistrent des taux de chômage respectifs de 6,1 et 3,5%.  

Christophe Bouillaud : Il est difficile de savoir ce qui se serait passé sans l’euro. Si on était resté dans un régime de changes flexibles, ce sont les marchés financiers qui auraient ajusté le cours des monnaies, il n’est pas du tout sûr qu’une guerre monétaire ait eu alors lieu, puisque les ajustements se seraient faits automatiquement au fil de l’eau, en douceur si j’ose dire. Si on était resté dans un régime de changes semi-fixes (du genre "Serpent monétaire européen" ou "Système monétaire européen") avec des objectifs de change pour les banques centrales, il est probable qu’il y aurait eu des réajustements brutaux de temps à autre imposés par les réalités compétitives des uns et des autres, mais cela aurait-il été un mal absolu ?

 A en juger par les années 1960-1980 avec leurs ajustements, cela n’aurait pas empêché les échanges économiques internationaux entre pays européens de se poursuivre. Par ailleurs, ce n’est peut-être pas un complet et malheureux hasard de l’histoire universelle si le monde entier n’utilise pas une seule monnaie… L’existence de monnaies nationales qui se réajustent de temps en temps entre elles n’est pas une tragédie comme semblent le croire certains en Europe, mais un mécanisme normal de la vie économique des Etats qui commercent entre eux. La Chine et les Etats-Unis n’ont pas la même monnaie, ils ne sont pas bien d’accord sur le taux de change de leurs monnaies (et c’est un euphémisme), mais cela ne les empêche pas de dépendre l’un de l’autre du point de vue économique. 

Faut-il tout rejeter dans le concept de monnaie unique ? Sous quelles conditions peut-elle effectivement protéger l'Europe ?

Nicolas Goetzmann : Si la question est de savoir si l’euro est viable en l’état, la réponse est simple : non. Si le choix est de  garder l’euro dans sa forme actuelle ou de revenir à des monnaies nationales, il est clair, évident, que c’est le retour qui s’impose.  Si l’Euro ne peut être changé, si les objectifs de plein emploi ne peuvent être intégrés au projet européen, il sera économiquement insupportable pour la France de poursuivre le projet.

Mais le problème va déjà plus loin. L’Europe a perdu six années, une génération a été sacrifiée sur l’autel de l’incompétence de la BCE, sur le dogmatisme des dirigeants européens. Et malgré ce constat, rien n’a changé. La BCE est toujours aussi stricte et rien ne laisse penser qu’un changement est possible. Dans de telles conditions, il est nécessaire de poser le débat : soit la France demande une modification des statuts de la BCE pour intégrer un objectif de plein emploi pour l’ensemble de la zone euro, soit la France doit en tirer toutes les conséquences.

Pour qu’une monnaie unique soit viable, il faut qu’il existe un principe de solidarité. En l’état cela signifie que l’Allemagne doit accepter que la demande intérieure européenne soit soutenue massivement, ce qui peut en effet lui couter quelques points d’inflation. Cette solidarité se pose donc en ces termes; quelques points d’inflation supplémentaire en Allemagne et dans certains pays du nord contre le plein emploi dans l’ensemble de la zone. Si un tel accord n’est pas possible avec l’Allemagne…alors ce n’est vraiment pas la peine d’aller plus loin. Evidemment, le problème est qu’un tel accord semble totalement hors de question pour l’Allemagne actuelle. Mais un euro au service d’un seul pays et au détriment de tous les autres ne me semble pas non plus une alternative acceptable.

Christophe Bouillaud : De toute façon, si l’on se veut pragmatique, il faut bien souligner que les investissements politiques de la part des partis politiques dominants en Europe depuis 1945 ont été et sont tels dans la monnaie unique qu’il est devenu inutile de même discuter de son existence. C’est peut-être une stupidité économique (comme le croient certains économistes comme Jacques Sapir par exemple), mais, de toute façon, il va falloir faire avec – même si c’est vraiment une idée totalement stupide. Si l’on se sent très fédéraliste, on peut penser que l’existence même de l’euro va obliger les élites à passer sur le corps des peuples européens pour leur imposer nolens volens la Fédération européenne pour pérenniser l’euro. C’est là un peu faire preuve d’un optimisme historique à la Hegel.

Si l’on est moins fédéraliste ou même pas du tout, on peut simplement espérer pour les années à venir que les dirigeants européens se rendront enfin compte qu’ils peuvent avoir une gestion beaucoup plus keynésienne de la zone euro dans son ensemble, qu’il faut retrouver du dynamisme pas seulement par la seule politique monétaire. Il reste seulement à trouver le moyen de dépenser plus en commun sans que personne ne se plaigne de son endettement croissant, sans que le contribuable national ne s’indigne trop. Le plus simple et le plus rapide serait de financer dans l’urgence  un réarmement commun de l’Union européenne contre un ennemi tout trouvé, la Russie de Vladimir Poutine, mais cette solution parait un peu risquée tout de même… On préférera sans doute des investissements plus civils et plus durables. 

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

 

 

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