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L'exploitation de l'affaire Cahuzac "risque de faire le jeu du Front de Gauche et du FN", prédit le députe Philippe Gosselin.
L'exploitation de l'affaire Cahuzac "risque de faire le jeu du Front de Gauche et du FN", prédit le députe Philippe Gosselin.
©Flickr / zigazou76

Bombe à fragmentation

Poison politique : l'UMP voit-elle que l'exploitation de l'affaire Cahuzac est aussi toxique que le scandale lui-même ?

Le scandale provoqué par l'affaire Cahuzac jette le discrédit sur l'ensemble des élus, de droite comme de gauche.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Pour l’ex-ministre du Budget, faute avouée, ne sera pas à moitié pardonnée, loin s’en faut. Et bien malin, celui ou celle qui peut prétendre détenir la réponse à cette lancinante question : jusqu’où ira l’affaire Cahuzac ? Va-t-elle susciter une vague populiste impossible à endiguer ? L’exécutif « choqué », parviendra-t-il à circonscrire l’incendie provoqué par les aveux de l’ex-ministre et à éviter une explosion politique dans un contexte de nervosité aiguisée  par la crise économique et sociale ? L’opposition parlementaire  (UMP et UDI), scandalisée par cet énorme mensonge, peut-elle espérer retrouver les faveurs d’une opinion déçue par la Gauche mais qui ne regrette pas pour autant les battus de 2012 ?

Dans un premier temps, les aveux de Jérôme Cahuzac qui, après avoir nié pendant des semaines détenir un compte à l’étranger, et menti avec un aplomb hors du commun  sur toutes les antennes de radio et de télévision, mais surtout à l’Assemblée Nationale, alors que « la parole prononcée dans l’hémicycle est sacrée » (Claude Bartolone ) ,ont littéralement sidéré le monde politique, avant de le mettre en ébullition. De l’Elysée François Hollande, qui ne pourra pas s’en tenir là, prononçait une première sentence par voie de communiqué : « Pour un responsable politique, deux vertus s’imposent : l’exemplarité et la vérité », rappelle le Chef de l’Etat avant de condamner « une impardonnable faute morale ».

 « Faillite morale de la Gauche », « fin de la gauche morale et donneuse de leçons » alors que  « François Hollande nous annonçait une « République exemplaire » jugeaient en écho, mais séparément François Fillon et Jean-François Copé depuis l’UMP, tandis que l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer réclame des excuses du Premier  Ministre. A défaut d’excuses, il a déjà eu droit à des explications : devant la gravité de la situation, Jean-Marc Ayrault s’est précipité au 20H de France 2 pour affirmer qu’il « ne savait rien … » car « quand il (Jérôme Cahuzac) dit devant l’Assemblée nationale qu’il n’a jamais eu  de compte à l’étranger, il y a quand même quelque chose de solennel, » a déclaré le Premier ministre qui s’est senti «  trahi » par son ancien ministre.  « Le mode de défense choisi par Jérôme Cahuzac laissait peu de place au doute », souligne un de ses proches .Eh oui, c’est tout le drame : Jérôme Cahuzac a menti avec solennité, a imposé «  sa » rigueur  avec son tempérament, c’est-à-dire une certaine morgue et beaucoup d’arrogance. Aussi est-il impensable pour les socialistes de revoir à l’Assemblée celui qui les a « plantés ». Le Premier ministre lui a vivement conseillé de se retirer de la vie publique. Il faut préciser que si Jérôme Cahuzac  ne fait pas cette démarche de renoncer à son mandat parlementaire, il pourra automatiquement retrouver son siège de député d’ici quinze jours, soit un mois après sa démission. C’est une des innovations de la réforme constitutionnelle de 2008. Même si Jérome Cahuzac devait se faire discret, cette perspective  parait aujourd’hui inconcevable à ses anciens collègues. S’il renonce, une élection législative partielle sera alors organisée dans la circonscription de Villefranche-sur-Lot dont il est l’élu. Aujourd’hui les socialistes   cherchent à tout prix à se débarrasser de celui qui est devenu un encombrant boulet. L’un d’eux parlait hier de « chemin de Croix : on espère que chaque station sera la dernière , et ce n’est pas le cas ». Pour l’heure, leurs efforts pour rappeler que le cas de l’ancien ministre du Budget avait été réglé de manière exemplaire en trois heures, après l’ouverture de l’information judiciaire le concernant, sont couverts pour le flot de protestations indignées, voire d’appels à la démission isolés, émanant de la droite, mais aussi de l’extrême gauche. Au Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon rivalise de formules assassines avec le Parti communiste, qui parle de « scandale d’Etat » pour crier au scandale : «  Du balai ! », réclame l’ancien candidat à la présidentielle qui revendique « le parler dru »  et s’en prend « aux ennemis de l'amnistie sociale (qui)  pratiquaient donc l'amnistie de caste ». Mêmes termes choisis par le Front National qui évoque le « mépris d’une caste envers le peuple de France…et enfonce le clou : « Devant un tel mensonge, comment ne pas penser aux mesures d’austérité et aux efforts toujours plus pénibles demandés à nos concitoyens ? avant de ressortir son argument favori  : « Le partage du pouvoir entre la gauche et la droite depuis plus de trente ans a conduit à tous les excès et à un sentiment d’impunité général inqualifiable . » Autrement dit, Droite-Gauche, (républicaine) même combat ! Les plus lucides à l’UMP le soulignent :  « Jérôme Cahuzac  jette le discrédit sur l’ensemble des élus ; cela risque de faire le jeu du Front de Gauche et du FN, » notait Philippe Gosselin.

Voilà pourquoi il ne sera pas facile pour l’UMP d’en rajouter en posant ces questions : depuis quand Jean-Marc Ayrault  et François Hollande savaient-ils que Jérôme Cahuzac avait bel et bien placé de l’argent à l’étranger ? Ont-ils découvert le pot aux roses avec les aveux de l’ancien ministre ? Ont-ils attendu trop longtemps pour sévir ?Une rumeur dit que « le coupable » aurait avoué sa faute au président de la République avant le week end de Pâques, c’est–à-dire juste avant de rendre ses aveux publics . En tous cas des juristes avisés estiment que le chef de l’Etat aurait dû être alerté par des spécialistes, qui s’étonnaient que, pendant sa période de dénégation, Jérôme Cahuzac, ne porte pas plainte pour « faux », ce qui aurait accrédité sa sincérité. Et puis, d’où vient cet argent ?, questionnent ceux qui soupçonnent une provenance douteuse, concernant des autorisations de mise sur le marché de médicaments, à l’époque où Jérôme Cahuzac conseillait des laboratoires pharmaceutiques. Voilà qui alimente les allégations de ceux, qui, à l’instar d’Olivier Besancenot pratiquent l’amalgame pour parler d’ « une crise de régime où argent et pouvoir ne font qu’un ».

Comment éviter que de tels scandales se reproduisent ? Pour étayer son ignorance de l’affaire Jean-Marc Ayrault a rappelé que tous les ministres ont signé une Charte de déontologie en entrant au Gouvernement. Mais il s’agit, comme pour les parlementaires d’une déclaration sur l’Honneur. Il n'a pas procédé à des vérifications, comme cela se pratique de manière pointilleuse aux Etats-Unis. A ceux qui se livrent à des protestations indignées, il faut aussi rappeler que le rapport sur les conflits d’intérêts en politique commandé par Nicolas Sarkozy de Jean-Marc Sauvé, le vice président du Conseil d’Etat, n’a pas, -ou pratiquement pas, été suivi de mesures concrètes sous le précédent quinquennat. Comment tout cela se terminera-t-il ? En démocratie il existe des recettes ; à l’Assemblée on en cite volontiers une, la dissolution.

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