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Les recteurs terminent bien l'année 2014
Les recteurs terminent bien l'année 2014
©Reuters

Entre soi

Plus 40 % sur les primes des recteurs d’université : petites manipulations entre amis derrière le rideau officiel du gel des salaires

Les 30 recteurs de France, dont 25 ont été nommés par François Hollande, bénéficient d'une augmentation de 40 % des parts fixes de "l'indemnité de responsabilité", soit une hausse de 10 000 euros, en vertu d'un arrêté ministériel du 23 décembre 2014. Pour la ministre de l'Education nationale, rien d'anormal.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Le gouvernement vient de procéder à une augmentation sans coup férir de 40% des parts fixes des primes des recteurs d’académie. Ceux-ci bénéficient d’une augmentation de 10.000 euros par un arrêté ministériel promulgué dans l’ombre alcoolisée des fêtes de fin d’année. Au moment où le gouvernement annonce une "maîtrise des dépenses publiques", cette décision fait évidemment rire… jaune pour certains, notamment pour les syndicats d’enseignants qui pestent depuis trois ans contre le gel des salaires enseignants.

L’opération est toutefois riche d’enseignements, car elle permet d’apercevoir, derrière le rideau officiel du gel des salaires, les petites manipulations dans le dos du Parlement et de l’opinion publique qui permettent aux hauts fonctionnaires de se mettre à l’abri des problèmes et des efforts. Ah qu’il est doux d’expliquer aux subalternes tous les bienfaits de la rigueur quand soi-même on y échappe et quand soi-même on continue à se servir allègrement au milieu d’un pays qui reçoit chaque jour des leçons de rigueur.

Interrogé par les Echos, le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem a d’ailleurs fait cette réponse surréaliste : "Ce n'est ni une fleur ni un cadeau fait aux recteurs. On rectifie une anomalie, car les recteurs gagnaient moins que leurs subordonnés - inspecteurs d'académie et secrétaires généraux".

Certains esprits naïfs auraient pu penser que, face à une telle injustice, le gouvernement aurait entrepris de baisser les primes des secrétaires généraux et des inspecteurs d’académie. La logique est évidemment inverse : la haute administration continue sa course permanente au laxisme budgétaire dès qu’il s’agit de ses propres intérêts.

Au passage, la ministre oublie de préciser que si les recteurs sont (un peu) moins payés que leurs subordonnés directs, c’est aussi parce qu’ils ont quelques privilèges supplémentaires : celui d’être logés, blanchis et nourris par le contribuable, généralement dans des demeures tout à fait sympathiques (on recommandera ici la visite de la résidence du recteur de Versailles…) et d’être dotés d’une voiture de fonction avec un chauffeur attitré.

Mais cette augmentation de prime de 40% serait acceptable si elle correspondait à une récompense pour de bons et loyaux services. L’inconvénient est qu’aucune performance ne justifie cette mesure, si ce n’est du copinage et du gavage sur le dos de la bête. Partout, la performance éducative s’effondre. Enquête PISA après enquête PISA, le niveau des élèves français recule. La machine éducative est incapable de remplacer les enseignants de plus en plus absents, à tel point que des parents se mettent en grève pour exiger que les classes soient tenues.

La déliquescence de l’école publique est telle que le ministère ne parvient pas à recruter en pleine période de chômage cataclysmique.

Bref, l’école publique fait naufrage, mais les amiraux augmentent leur solde. Il est décidément temps que le régime disparaisse. 

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