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PLFR4 : le gouvernement ne semble pas mesurer l’euthanasie économique qu’il impose au pays
©ludovic MARIN / AFP / POOL

Mauvais stratège

PLFR4 : le gouvernement ne semble pas mesurer l’euthanasie économique qu’il impose au pays

La crise puissante et dévastatrice commence à faire ressentir ses effets. Tant sur le nombre de chômeurs que sur l'essor des défaillances d'entreprises. Le tsunami des faillites se profile chaque jour davantage et ce n'est pas l'affaire Bridgestone qui vient nous apporter la moindre once de réconfort.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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L'État soi-disant stratège est au point mort.

Pour ma part, je ne parviens pas à être convaincu par les explications laborieuses du Gouvernement qui cherche absolument à nous convaincre du bien-fondé du " lock-down " des commerçants piètrement et injustement qualifiés de non-essentiels.

Nous assistons à une forme d'euthanasie économique sans précédent qui n'est nullement réclamée par les mandarins de notre médecine moderne.

Noyés par le principe de précaution, les hommes et femmes de l'État s'éloignent du rationnel au détriment de milliers de personnes attachées à leur travail et souvent cautions solidaires de leur outil de travail.

Des compensations financières sont prévues mais elles sont bien loin des besoins. Pour reprendre une phrase fameuse d'un ancien leader de la CGT, Henri Krasucki : " Le compte n'y est pas ".

C'est à ce stade qu'il convient de porter une analyse sur le PLFR4 : autrement dit, sur le quatrième projet de Loi de finances rectificatif qui comporte des changements significatifs du scénario macroéconomique privilégié par le Gouvernement Castex.

Loin des prévisions de l'OCDE qui chiffre à – 14% le recul du PIB en 2020, le Gouvernement maintient son hypothèse optimiste de – 11%. Pris de largesse intellectuelle, Bruno Le Maire a accepté de lâcher son chiffre fétiche initial de – 10%. Encore un effort et la vérité collera au discours…

Le Haut-Conseil des Finances Publiques ( HCFP ) est, quant à lui, parfaitement limpide :  " Néanmoins,la dégradation de la situation sanitaire depuis la publication du PLF pour 2021 et le net durcissement des restrictions sanitaires à partir du 30 Octobre laissent désormais attendre un recul de l'activité au quatrième trimestre plus important que celui retenu par le Gouvernement dans le scénario du PLF pour 2021 ". 

Toujours aussi loyalement, le HCFP – dans son Avis du 2 Novembre relatif au PLFR4 – ajoute : " La survenance de la deuxième vague épidémique de Covid-19 conduit en revanche à réviser les dépenses publiques à la hausse du fait de l'accroissement important du soutien apporté aux différents acteurs économiques ".  En Mars, si nous avions eu des masques en nombre, le premier confinement eût été moins violent pour notre économie. Idem, si nous avions eu un dispositif de test et d'isolement approprié, l'actuel confinement aurait eu un moindre impact sur notre appareil productif.

L'imprévoyance étatique avérée est liée, en prise directe, aux souffrances présentes du corps social.

L'estimation par le Gouvernement des mesures de soutien affectant le déficit public passe de 64,5 Mds ( 2,9% du PIB ) à 85,4 Mds ( 3,9% du PIB ) tandis que les recettes sont en retrait de 50 Mds. Passant ainsi de 306 Mds ( recettes nettes fiscales initialement prévues par le PLF 2020 ) à 250 Mds.

Moins de recettes, plus de dépenses : l'étau pour 2021 est ici constitué.

En synthèse, on se doit de relever les chiffres-clefs :

Déficit public de – 2,2 % du PIB pour le PLF 2020, de -3,9% pour le PLFR1, de -9,0 % pour le PLFR2, de -11,4% pour le PLFR3, de – 10,2% pour le PLF 2021, et enfin de – 11,3% pour le PLFR4 qui demeure, selon nous, une quantification optimiste.

Corrélativement, la dette publique passe de 98,7% en PLF 2020 à 119,8% en PLFR4. Là encore, une sous-estimation est envisageable du fait des mesures additionnelles de soutien à l'économie.

Nous n'avions pas de choix crédible que de soutenir l'économie, menacée " d'effondrement " pour reprendre le terme du Premier ministre d'alors, Édouard Philippe. Plongé dans une logique de soutien budgétaire keynésien, le futur rétablissement de la trajectoire des Finances publiques sera rude pour les épargnants et dans un deuxième temps pour les contribuables.

Laissons la conclusion provisoire de ce jeu de massacre au HCFP :  " Ainsi qu'il l'a déjà relevé dans son Avis sur le PLF 2021, le Haut Conseil considère que, dans un contexte où un affaiblissement vraisemblable de la croissance potentielle à la suite de la crise sanitaire risque de rendre plus difficile laréduction du déficit, la soutenabilité à moyen terme des Finances publiques constitue un enjeu central de la stratégie financière de la France et appelle laplus grande vigilance ". Décidément, limpide et clairvoyant.  Dont acte.

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