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©Olivier HOSLET / EPA / AFP

Sauvetage

Plan de relance européen : beaucoup d’argent, peu de plans concrets pour l’utiliser

Les plans nationaux européens pour relancer l'économie vont-ils pouvoir garantir une bonne répartition des milliards d'euros débloqués par la BCE ? Quels sont les pays européens ayant réussi à établir un plan de relance économique efficace et cohérent ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico.fr : Les plans nationaux européens pour relancer l'économie sont-ils suffisamment concrets afin de garantir une utilisation utile des milliards d'euros débloqués par la BCE ?

Jean-Paul Betbeze : D’abord, rien ne sera rapide. Le COVID-19 a atteint une économie française qui allait un peu mieux, mais qui n’était pas en forte reprise. Les preuves abondent de la faiblesse de la croissance française : pas simplement le déficit budgétaire ou le chômage permanent mais, fondamentalement, le fait que les entreprises françaises n’arrivent pas à exporter et ne sont pas suffisamment rentables. Les deux. Les salaires sont élevés par rapport à une productivité et une compétitivité insuffisantes. Tout ceci entraîne des pertes de parts de marché externes et internes, un sous-investissement permanent et une formation insuffisante des salariés. C’est dans ce contexte de « convalescence précaire » que le COVID-19 est arrivé, avec des effets très négatifs et violents.

Les plans européens auront des effets dans plus de deux ans. Avant, dans le trouble de la crise, rien n’aurait marché, faute de visibilité. En urgence il s’est ainsi agi d’arrêter la dégradation des trésoreries des entreprises, notamment des PME. Elles ont en effet réagi en allongeant leurs délais de paiement, remède individuel, catastrophe globale. Fort heureusement les banques ont joué le jeu de soutien aux entreprises, et la puissance publique a permis le financement du chômage partiel et aussi de différer diverses taxes et impôts. Bref, à court terme, le pire a été évité, même si la chute a été importante. Qu’est-ce que cela aurait été sans cela ?

Pour les mois qui suivent, les entreprises ne savent toujours pas trop ce qu’il va se passer, en France comme ailleurs. C’est bien pour cela qu’il est important, en France comme ailleurs, de prolonger, en les réduisant graduellement, les programmes d’aide et de soutien, en particulier le chômage partiel et de préparer aussi des plans sectoriels à moyen terme (aviation, automobile, culture...) pour montrer les ruptures obligatoires. En même temps, la Banque Centrale Européenne sera toujours là.

C’est à ce moment-là que l’on verra mieux la nature et le contenu des programmes européens. Pour le moment en effet, on parle de centaines de milliards de soutien à des écosystèmes. Tout ceci est évidemment très important mais vague, parce que le cadrage politique n’est pas encore là. Il faut en effet que les partenaires de l’Union Européenne acceptent, au-delà des milliards proposés, le principe d’une Union de transfert qui soutient la démarche d’ensemble. Ce n’est pas fait, et c’est bien pour cela que les prévisions de l’Union Européenne commencent en 2021/2022. Il s’agit donc d’un plan à moyen terme, complémentaire des actions monétaires et budgétaires, très largement commencées sur une base nationale.

Il faut donc éclairer l’avenir. On voit en effet que les entreprises ont immédiatement décidé d’arrêter les embauches et certaines de lancer des programmes de licenciement. On voit également que les programmes de soutien monétaire et budgétaire ont permis à des entreprises déjà très fragiles de continuer à exister, et personne ne sait combien de temps cela pourra durer, notamment si la reprise est lente.

Il faut donc ne pas considérer que l’excès d’épargne chez les ménages est la « garantie » de la reprise économique, par leur dépense. Cette épargne est la conséquence du confinement, à savoir l’impossibilité physique de dépenser et aussi des peurs sur l’emploi. Donc il faudra du temps pour que, au niveau européen, les choses deviennent plus claires – et plus sûres. Et, tout de suite, il faut expliquer et convaincre en France, des efforts à faire. Aujourd’hui, il faut se remettre à produire de manière plus efficace que jamais.

Quels pays européens ont réussi à établir un plan de relance économique efficace et cohérent ? 

L’Allemagne semble-t-il, en appui de ses entreprises (qui sont solides) et à l’aune des capacités de ses comptes publics (qui sont sains). Inutile de comparer : par temps de crise, l’Allemagne peut bénéficier de son sérieux (et en faire bénéficier les autres).

Ici, et partout, il s’agit en fait de relancer rapidement mais, surtout, bien. Rapidement, parce qu’il va y avoir une « concurrence à la sortie », pour montrer aux autres pays et aux marchés quelles sont les économies qui repartent. Bien, pour convaincre les marchés financiers dans « la concurrence à la sortie » qui va se jouer. Cette concurrence, quantitative et qualitative, n’est pas estimée à sa juste valeur. Il faut donc travailler d’ores et déjà à l’organisation des plans nationaux, avec nos voisins (espagnol, italien, allemand…), puis africains – et les lier aux programmes européens. C’est l’organisation de cet ensemble de projets qui fera la différence.
Ce sont donc aussi, obligatoirement, des projets dans lesquels les entreprises auront un rôle décisif, en précisant les secteurs fins et les domaines dans lesquels elles veulent investir, avec des formations obligatoires. Sans repartir en plus haut de gamme, en meilleure qualité, en mettant en avant un emploi mieux formé, nous ne réussirons pas.

En même temps ceci implique, pour éviter les effets d’une reprise déséquilibrée, inégalitaire, de prendre en compte le réservoir considérable d’emploi que représentent les services à la personne. C’est, là aussi, un réservoir d’emploi, local, qu’il faudra soutenir et former.

Comment la France peut-elle relancer rapidement son économie grâce à l'aide de l'Europe ?

En réfléchissant : la relance économique en France et en Europe ne pourra venir que des analyses précises sur ce qui nous est arrivé. Le mot clé sera celui de résilience, pour résister à un environnement qui sera sans doute de plus en plus perturbé. On ne veut pas croire non plus que les pays aujourd’hui moins touchés ne vont pas continuer à souffrir. En particulier, les pays émergents vont avoir des crises sanitaires, humaines, sociales, financières et politiques : les effets de la crise du COVID-19 seront multiples et étalés dans le temps. Rien n’est fini.

En s’unissant : c’est par une stratégie d’alliances et de renforcements des liens au sein même de l’Union Européenne et plus particulièrement de la zone euro et, avec nos voisins, en Afrique notamment, qu’il faut repartir. Il s’agit de résister à l’environnement plus compliqué plus instable des années qui viennent. Concrètement, cela voudra dire qu’il faudra revoir nos points de faiblesse : sanitaire, alimentaire, militaires, en recherche, en logistique… pour être moins sensibles à des chocs des chaînes de production internationales. Elles ont montré leurs limites. 

En agissant : fabriquer aujourd’hui une zone euro plus solide, plus intégrée et plus proche du Maroc ou de la Tunisie, avoir une politique de near shoring, et le dire, c’est la bonne réaction rapide. Après l’avoir dit, il faudra passer à l’acte.

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