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Pire qu'une épreuve de Koh-Lanta ? Prendre le train entre Rouen et Paris tous les jours et faire face aux absurdités de la SNCF…
©Reuters

Bonnes feuilles

Pire qu'une épreuve de Koh-Lanta ? Prendre le train entre Rouen et Paris tous les jours et faire face aux absurdités de la SNCF…

Depuis dix ans, Valérie prend le train en gare de Rouen, à 7h59, direction la capitale ! Si tout va bien, elle arrive à 9h15 à la gare Saint-Lazare, rebaptisée Saint-Bazar par les habitués. Si tout va bien... car les épreuves en tout genre ne manquent pas ! Entre les retards, les suppressions de rames, les grèves, les incivilités et des usagers aussi fatigués que fatigants, les journées sont parfois longues... Les chroniques ferroviaires 100 % authentiques d'une femme appartenant aux millions d'usagers qui se rendent quotidiennement sur le lieu de travail en train, Transilien ou RER ! Extrait de "#SNCF mon amour !" de Valérie Duclos, aux éditions Michalon 1/2

Valérie Duclos

Valérie Duclos

Valérie Duclos est journaliste. Elle dirige le service Art de vivre de Version Femina et a publié de nombreux livres goumands et pratiques (First éditions, Mango, Hachette pratique...).

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#Train supprimé 

Il faut beaucoup de patience et de compassion pour entendre les absurdités diffusées par les gares. 

« Un train supprimé n’est pas en retard. » 

Oui, oui, vous avez bien lu ! 

Quand un train est en retard d’au moins 30 minutes par la faute de la SNCF (on enlève donc de la liste : la neige, la canicule, les suicidaires, les personnes qui jouent sur les voies – eh oui, parfois il y en a – et tout le reste), les gentils voyageurs ont droit à un billet de retard. Celui-ci nous permettra de toucher un « à-valoir » de 5 €. 

Tout ça ! 

Non, mais arrêtez, c’est trop, trop de gentillesse, comme disent mes filles. 

Reste que si un train ne part pas de Paris, comme fréquemment le 18.25 et que l’on nous invite à prendre le 18.30 (wagon à bestiaux, noir de monde, s’arrêtant à toutes les gares entre Paris et Rouen), nous n’avons pas droit au dit billet de compensation puisque le 18.25 n’est pas parti.

J’avoue que le jour où j’ai entendu « Un train qui ne part pas n’est pas retard ! », les bras m’en sont tombés.

Et un voyageur qui se fait couillonner est un couillon !

Des aberrations, il y en a légion. $

Un jeudi soir, je traverse le grand hall de la gare parisienne au galop pour tenter d’attraper le 18.25. En passant devant la voie 9, un troupeau humain et une voix pour annoncer : « Voie numéro 9. Le train en partance pour Mantes-la-Jolie est supprimé pour cause de… » Un long silence s’ensuit. La voix cherche une excuse, la plus valable, la moins ridicule en tous les cas, et n’y arrive pas puisqu’elle enchaîne avec : « pour cause… d’absence de conducteur. »

Il est où le monsieur ? Il est caché ?

Visiblement, ici personne ne le sait et c’est donc tout naturellement que l’on annule un train, que des pigeons parisiens vont poireauter jusqu’au prochain départ, que les nounous vont faire des heures sup’ qu’il faudra payer tant bien que mal parce que rares sont ceux qui ont été augmentés cette année !

Mais si moi, demain, je ne vais pas travailler, sans excuse valable, je me fais virer. En dix ans, j’ai été absente pour cause de lumbago corsé (dans ce cas, je ne peux même pas marcher), enfant hospitalisé (l’équitation est un sport dangereux et le trauma crânien n’est jamais loin – qui m’en voudra alors de rester aux côtés de ma jolie blonde sous contrôle médical ?), enterrement (c’est tellement plus fun que d’aller au bureau ☹).

Bref, chez moi, il faut bien fouiller mon dossier pour trouver des arrêts maladie. Et pourtant, combien de fois, mon cher docteur Bobo m’a lancé un « Vous voulez pas vous arrêter quelques jours ? », alors que je venais pour une des filles malades !

– Non, vraiment, ça va !

– Oui, bien sûr, avec vous, tout va toujours mais attention à trop tirer sur la corde…

Visiblement, le conducteur du train pour Mantes l’a trop tirée, la corde !

Parmi les autres absurdités du rail, il y a la pluie et le beau temps. Quand il neige quelques flocons, les trains ont du mal à circuler et quand il fait 40°, alors que tout le monde le savait (les JT en avaient fait leurs choux gras), les trains sont supprimés. Mais dans quel pays vit-on ? Au Pôle Nord ? Sous les tropiques ?

Et le pire, bien sûr, vient dans l’accompagnement du fait. Juillet dernier : un jeudi soir, après avoir fondu (juste dans ma tête  ; côté tour de taille, statu quo) dans mon bureau et le métro, j’arrive à Saint-Bazar. Le 18.25 est supprimé sans explication valable. Les voyageurs n’en valent sans doute pas la peine. Tout le monde embarque dans le 18.30. Double population. 50 minutes de retard dues aux trop grandes chaleurs qui rendent la circulation difficile. Pour cette raison, un train sur deux est supprimé. Pas une goutte d’eau à l’horizon. Une femme enceinte fait des siennes pour avoir une place. Que le contrôleur lui offre une place en première ! Ces jours-là, on est tous tentés de faire une grossesse nerveuse. Ma voisine me propose très gentiment plusieurs fois de l’eau, que je refuse. Elle a deux enfants en bas âge. Avec la SNCF, on ne sait jamais quand on part et encore moins quand on arrive. Je préfère qu’elle garde l’eau pour ses petits. Elle insiste. Je tiens le coup même si je pourrais vider son litre en un éclair.

Dans le même temps, le train en partance pour Caen sur la voie voisine a dix minutes de retard. Ce qui n’empêche pas un contrôle sur le quai de tous les titres de transport. Si je comprends tout à fait que la société en ait assez d’être arnaquée par les voyageurs sans titre de transport, est-ce le bon moment, le jour idéal pour cela ? Éviter que les contrôleurs ne soient embarqués écarte l’hypothèse d’une avalanche de reproches, somme toute normale, au regard des retards qui se sont accumulés ce jour-là.

Voyage surnaturel donc : pas de clim, deux fois plus de passagers que ce train ne peut en contenir et, cerise sur le gâteau, en arrivant à Rouen, une bouteille d’eau « tiède » est offerte aux participants du Koh-Lanta du jour.

Quand je rentre à la maison ces soirs-là, je voudrais changer de vie. Tout m’insupporte. Il faudrait trouver une soupape de décompression mais laquelle ? Vu mes horaires, les cours d’aquabiking sont fermés, la séance de yoga est entamée. Il ne me reste plus qu’à espérer des lendemains meilleurs.

Extrait de "#SNCF mon amour !" de Valérie Duclos, publié aux éditions Michalon, le 3 novembre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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