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©PATRICK KOVARIK / AFP

Bonnes feuilles

Philippe Bouvard : "Je me croyais intouchable"

Philippe Bouvard publie "Des grumeaux dans la passoire" aux éditions Plon. Dans cet ouvrage, il livre une cascade de souvenirs souvent indiscrets et établit une galerie de portraits hauts en couleurs. A 91 ans, le journaliste n'a rien oublié des rencontres providentielles offertes par un métier qui le passionne toujours. Extrait 2/2.

Philippe Bouvard

Philippe Bouvard

Présente-t-on Philippe Bouvard, l'écrivain tout en verve et mordant qui a déjà publié 66 livres, écrit plus de 50 000 articles, présenté 10 000 émissions à la télévision et près de 30 000 à la radio ? Journaliste de presse, de radio, de télévision, créateur des mythiques Grosses têtes, plume acerbe, acide et drôle, il est l'une des figures du panthéon journalistique français.

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Même lorsque je supportais mieux le soleil, je ne suis jamais resté longtemps sur le sable. On me confiait un remplacement d’une semaine et, dix ans après, j’étais toujours là, tellement incrusté qu’on avait quelque peine à me décoller.

J’ai cru longtemps que le succès protégeait les privilégiés qui l’ont obtenu. Je me trompais. Tout au plus permet-il de jouer les prolongations. Mais il peut hâter le terme d’une collaboration lorsque les patrons souhaitent « rajeunir les cadres ou faire plaisir à d’autres protégés ».

 

Mon départ du Figaro après vingt-deux ans d’avancements constants relevait de ma propre initiative. J’avais compris que Le Figaro dimanche que je préparais depuis plusieurs mois ne paraîtrait jamais. Le jour suivant, j’appelai Jean Méo, le patron de la FEP (France Édition et Publications) que j’avais rencontré dans un cocktail bien parisien. Court et fructueux dialogue :

— Je viens de démissionner du Figaro.

— Si vous acceptez de venir à France-Soir, je double vos émoluments.

 J’ai démissionné de France-Soir vingt-trois ans plus tard, parce que le nouveau propriétaire imposait, pour relancer le quotidien, des mesures que je jugeais inadaptées.

J’ai dû partir de Paris Match après seize années de portraits hebdomadaires et de la télévision après avoir lancé une vingtaine d’émissions ayant bénéficié d’une belle audience.

« RTL non-stop » s’arrête après sept années d’émissions quotidiennes en direct des berges de la Seine aux plages de Rio. J’enchaîne avec un « Journal de 13 à 14 heures » totalement improvisé puisque je mettais le feu aux notes des journalistes qui me rejoignaient devant le micro.

 

Accusé par l’Élysée d’être trop irrévérencieux à l’égard du pouvoir, je reviens aux divertissements avec « Les Grosses Têtes » qui deviennent très vite l’émission la plus écoutée.

À TF1, l’adaptation des « Grosses Têtes » avait rallié jusqu’à treize millions et demi de téléspectateurs. Il était normal qu’une nouvelle formule prenne le relais au bout de cinq ans. Je proposai alors un concept que la direction de la chaîne approuva. À l’issue de la réunion, Étienne Mougeotte me raccompagna jusqu’à l’ascenseur puis m’embrassa en me déclarant :

— Je suis très content que tu continues à travailler avec nous.

Après quoi, je n’ai plus jamais entendu parler de notre projet commun.

On me retire « Les Grosses Têtes » au bout d’un quart de siècle. Je rebondis sur des ondes concurrentes avant que Robin Leproux, nouveau boss de RTL, vienne me rechercher. Du jamais vu. À 70 ans passés, je réintègre les studios de la rue Bayard pour un sursis qui durera quatorze ans avant qu’on engage pour me remplacer l’animateur que je battais régulièrement depuis dix ans dans les sondages. Le jour de mon dernier enregistrement, des dizaines d’auditeurs m’attendaient dans la rue et m’ont fait fête. Je sévis encore sur RTL mais pour des billets d’humeur plus courts et moins rétribués.

J’ai enfin été dessaisi de mon billet quotidien de Nice-Matin – qui enregistrait depuis quatorze ans le meilleur score de lecture – quand le journal a été repris par le personnel.

 

En dépit de ces avatars, mon bilan est, comme disait le regretté Georges Marchais, globalement positif. Non seulement on m’a permis de jouer les prolongations jusqu’à un âge avancé, mais encore j’ai eu droit – dans toutes mes collaborations  – à une totale liberté. J’ai approché les contemporains les plus éminents et j’ai confortablement gagné ma vie. Tout au plus, travaillant d’abord deux fois plus que la normale puis trois fois plus quand les 35 heures ont été votées, ai-je moins vécu à titre privé que professionnel. Pour conclure, je paraphraserai la sagesse populaire en reconnaissant qu’on ne casse pas autant d’œufs sans que le lecteur recense quelques coquilles.

A lire aussi : Philippe Bouvard, ce fabricant de futures vedettes

Extrait du livre de Philippe Bouvard, "Des grumeaux dans la passoire, souvenirs d'un amnésique", aux éditions Plon. 

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