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Petite philosophie de la vegetalisation des villes en général et de Paris en particulier
©LUDOVIC MARIN / AFP

Mauvaise idée

Petite philosophie de la vegetalisation des villes en général et de Paris en particulier

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé la végétalisation de 50 hectares entre le Trocadéro et la Tour Eiffel.

Didier Rykner

Didier Rykner

Didier Rykner est journaliste et historien de l'art. Il est le fondateur du magazine en ligne La Tribune de l'art.

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Atlantico : La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé la végétalisation de 50 hectares entre le Trocadéro et la Tour Eiffel. Quel regard portez-vous sur ce projet et dans quelle logique s'inscrit-t-il ?

Didier Rykner : Un regard très critique puisque la logique dans laquelle il s'inscrit est problématique. Il faut regarder plusieurs choses. D'abord, la politique actuelle de la mairie de Paris est une politique de destruction. Les serres d'Auteuil par exemple ont été en partie détruites pour faire un stade alors qu'il s'agissait d'un jardin classé. Quand on veut remettre du végétal dans la ville, on ne détruit pas un jardin classé. La municipalité a également détruit les squares de la place de la République qui demandaient juste à être restaurés et nettoyés. On les a remplacés par une grande dalle. Où est la logique de prétendre végétaliser quand on détruit en réalité des espaces verts ? Deuxième chose, son projet de densification de Paris, aboutit aux mêmes résultats - c'était le cas à Ménilmontant où elle a finalement reculé devant la mobilisation des résidents du quartier et des écologistes. Puisqu'elle a peur de ces derniers, elle recule sur certains projets. De fait, la densification de Paris ne pas peut pas aller de pair avec une pseudo-végétalisation. Cela relève d’un double langage.

Regardons le projet maintenant. Cela fait des années que le Champ-de-Mars est dans un état lamentable, ce que j’ai dénoncé dans plusieurs articles. Le jardin est sale, même les poubelles sont moches, les pelouses sont râpées… Et maintenant elle prétend faire un jardin qui va du Champ de Mars au Trocadéro alors qu'elle n'est pas capable d'entretenir les jardins existants. Aller voir le jardin au milieu de la place du Trocadéro, devant le palais de Chaillot, c'est sale et pas entretenu. Rajoutez à cela tous les marchands à la sauvette. Ces endroits sont des no man's land ! Ce projet, c’est un effet d'annonce dont les vues d'artistes sont d’ailleurs ridicules. Vous avez de grandes pelouses piétinées par des centaines, voire des milliers de personnes. Croyez moi, elles ne vont pas durer bien longtemps. Quant à mettre des arbres sur un pont, c’est tout simplement impossible, sauf s’ils sont en pots. Et cela va coûter 72 millions pour quelques arbres et quelques pelouses ?

Hidalgo croit qu'on peut mettre la ville à la campagne. Mais si les gens veulent habiter à la campagne, ils peuvent le faire. La ville est une ville. Il lui faut des jardins, mais des jardins conçus dans la ville et non pas sur la ville. Elle prétend végétaliser Paris alors qu'elle fait l'inverse. Elle se prétend écologiste alors qu'elle veut vider le réservoir de Grenelle – un réservoir d'eau utilisé par les oiseaux. C'est complètement contradictoire.

Dans quel état seront ces pelouses une fois qu'elles auront été piétinées par des milliers de visiteurs ? Sans entretien, elles seront très vite dans le même état que le Champ-de-Mars aujourd’hui. Il faut d'abord qu'elle le restaure et assure son entretien. Ensuite on se demandera comment faciliter la circulation. On prend tout à l'envers. Alors, si on relativise, ce n'est pas un projet dramatique comme d'autres. Ça ne détruira rien. Simplement, elle installe de l'herbe au milieu des rues et des arbres sur un pont. Elle ne comprend pas la ville.

Dès lors, la philosophie qui sous-entend souvent les projets de végétalisation comme un espace ludique plutôt qu'un lieu de vie n'est-t-elle pas problématique ?

Bien sûr ! Paris est une ville, une capitale, elle a besoin de ses rues. Les artisans ne veulent maintenant plus venir à Paris parce qu'ils ne peuvent plus circuler. Il faut penser aussi aux nombreux banlieusards qui ont besoin de la voiture pour se déplacer dans Paris car l’offre de transports en commun n’est pas suffisante. Elle ne libère pas Paris de la voiture, elle l’asphyxie. Et croyez-moi, je ne suis pas un partisan du tout voiture. Mais une politique de limitation des voitures doit être réfléchie, ce qui n’est pas son cas. Elle sort juste des idées de son chapeau.

Cette philosophie de la végétalisation est profondément malsaine en ce qu'elle ne comprend rien de ce qu'est une ville. Le vrai problème d'Anne Hidalgo est qu'elle n'aime pas Paris. On le voit tous les jours quand elle n'entretient plus le patrimoine, se débarrasse du patrimoine haussmannien ou des kiosques dans les squares. Même chose pour les kiosques à journaux : il faut bien comprendre que ces kiosques avaient un modèle spécifique remplacé par un modèle anodin. Alphonse Allais disait " : On devrait construire les villes à la campagne car l'air y est plus pur !". Et bien, Anne Hidalgo le fait. Sauf qu'elle n'a pas compris qu'Alphonse Allais est un humoriste.

Et concernant les permis végétalisés que la Mairie de Paris souhaite développer ?

C'est complètement grotesque ! Regardons à quoi ça ressemble. Au bas des arbres, vous avez souvent des petites barrières faites avec du matériel de récupération. Dedans vous avez des plantes, crevées la plupart du temps. Vous pouvez y rajouter les déchets qui y sont jetés, et jamais nettoyés ! Allez voir avenue de Breteuil, une belle avenue donnant sur les Invalides. Entre la station de métro Sèvres-Lecourbe et la place Breteuil vous verrez des exemples de végétalisation au pied des arbres. Et dans le même temps, place Breteuil, là où se trouve la grande statue de Pasteur d’Alexandre Falguière, la ville a supprimé les parterres de fleurs qui se trouvaient sur la pelouse. Où est la cohérence ? C'est une vision de la ville ridicule et absurde.

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