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Petite douche froide à l’attention de tous ceux qui se sont réjouits un peu vite que la France soit redevenue la 5e puissance économique mondiale à la faveur du Brexit
©Reuters

Illusion nominale

Petite douche froide à l’attention de tous ceux qui se sont réjouits un peu vite que la France soit redevenue la 5e puissance économique mondiale à la faveur du Brexit

Dans le courant de la semaine, la chute de la Livre Sterling a permis à la France de repasser devant le Royaume Uni dans le classement des puissances économiques mondiales.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Suite à la baisse de la Livre Sterling au cours de ces derniers jours, la "valorisation" de l'économie du Royaume Uni est passée en deçà de celle de la France, ce qui a pu provoquer une vague de réactions critiques sur la situation du Royaume. Pour autant, ne peut-on pas parler d'illusion de cette méthode de comparaison ? 

Jean-Paul Betbeze : Il ne faut jamais comparer des PIB en fonction des taux de change courants ! L’image est évidemment faussée. D’autant plus que ce 7 octobre, pendant deux minutes, suite à un flash crash, la Livre Sterling a perdu 6,1% en Asie par rapport au dollar. On pourrait donc dire que pendant quelques secondes le PIB du Royaume Uni a baissé de presque 20% depuis le début du Brexit !

Pour autant, le Brexit a bien inauguré une dévaluation structurelle de la Livre Sterling et la crise du 7 octobre montre bien la nervosité des marchés vis à vis de ce qu’ils perçoivent être l’embarras du gouvernement du RU. En effet, la stratégie britannique n’est pas claire et les derniers propos de Theresa May, la Première Ministre, semblent conduire à un hard Brexit. 

Certes, la dévaluation de la Livre a soutenu un temps l’activité, notamment touristique. Puis l’inflation importée va venir, mettant en cause la politique monétaire. En effet, la Banque d’Angleterre a baissé ses taux et promis de continuer de le faire (mais ils sont très bas) et ses achats de bons du trésor pourraient ne pas suffire. Va-t-elle être coincée ?

Au total, comparer des PIB nominaux fausse la réalité. Il n’empêche que le RU vient de faire une dévaluation structurelle dont il entend bénéficier pour avoir, dans le temps, plus de croissance et d’emploi…pour lui.

Pourtant, au cours de cette semaine, l'INSEE a pu réviser à la baisse la croissance de la France, notamment en raison de l'éventuelle dégradation de la balance commerciale française. Alors que le Royaume Uni est un des seuls pays à afficher une balance commerciale déficitaire vis à vis de la France, n'est-il pas malheureux de se réjouir de cette situation ? 

Effectivement, la dévaluation de la Livre Sterling va soutenir ses exportations et, par rapport à la France, réduire son déficit commercial. Ce qui est plus problématique, c’est que la croissance du Royaume-Uni est en passe de fléchir fortement. Des prévisions de la Banque centrale d’Angleterre annoncent même une très faible croissance (mais pas de récession) en 2017. Le jeu de cette dévaluation est, pour le moment, assez négatif pour tous. Il est à souhaiter que la situation se stabilise, notamment que la stratégie de l’Union européenne, dans quelques mois, soit efficace et crédible. 

Comment faire la part des choses entre les chiffres actuels du Royaume Uni, plutôt positifs, et les éventuels dégâts qui pourront être causés lors des prochaines années ? A ce jour, est-il déjà possible d'anticiper les conséquences du Brexit sur le Royaume uni ? Et sur l'Europe ?

Le plus probable est que le Royaume-Uni va connaître une période de croissance faible, le temps de clarifier ses nouvelles relations avec l’Union européenne et de renforcer ses liens avec la Chine, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie… Sa stratégie d’internationalisation ne sera pas évidente à mener, au moment où le commerce international ralentit et où le protectionnisme monte. Le point le plus délicat à traiter sera celui de la City (impatriés notamment) de Londres. A ce jour, la question du "passeport financier” est entière. Les banques installées à Londres se demandent s’il ne serait pas bon de répartir leurs implantations, notamment au bénéfice de Francfort et de Paris. 

Dans ce contexte, on comprend que la zone euro peut bénéficier d'un renforcement comme place financière mondiale, pour autant qu’elle adopte certaines des mesures, notamment fiscales, qui ont permis le succès de la City. Sans aller jusqu’à l’aménité qu’elle a montré, une taxation plus souple des hauts revenus serait favorable, pour attirer des talents dans les banques et faire prospérer les services liés.

Plus profondément, le Brexit est un choc symétrique. Il met en cause le RU et sa stratégie, mais l’UE, pour avancer, ne peut que se renforcer. Il ne s’agit donc pas d’être hard ou soft vis à vis du RU mais de comprendre l’enjeu de cette crise avec ses avantages et ses risques, pour nous. L’occasion de soutenir rapidement la croissance de la zone euro ne se représentera pas de si tôt.

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